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Dossier L’économie verte, la pauvreté et l’inégalité globale

Une nouvelle économie exige une nouvelle théorie économique

Programme pour une pluralité et une économie politique non-conformiste

, par MAHARAJH Rasigan , Rio+20 Portal

Ce texte a été traduit par Sophie Michel (traductrice bénévole pour Ritimo).

« L’ancien monde se meurt, et le nouveau se bat pour naître : voici venu le temps des monstres » - Attribué à Antonio Gramsci

Alors qu’à n’importe quel moment clé de l’histoire, une définition précise de l’équilibre des forces contraires est généralement difficile et sujette à contestation, les conditions spécifiques et objectives qui sous-tendent la phase actuelle du capitalisme mondial exigent la proposition de réponses subjectives qui cherchent à construire des solutions globales ainsi qu’une coopération et une solidarité internationales. Ainsi, alors que la création d’une nouvelle communauté mondiale unifiée et organisée semble être une réponse logique de survie en réaction à la dégradation environnementale croissante, la plupart des avancées demeurent fondées sur la construction d’une résilience locale face aux catastrophes écologiques imminentes. Les organisations progressistes engagées dans la lutte pour une justice sociale et les individus mobilisés dans ces combats font le lien entre les organismes indépendants autour d’une conception claire de future communauté mondiale, qui peut se développer hors des conditions et luttes actuelles.

Cette nouvelle tâche est comparable à la transition de la féodalité au capitalisme et est donc dépendante des forces motrices faisant face aux contradictions du malaise actuel. Ce paragraphe de conclusion met en lumière quelques pistes de recherche à explorer davantage. En fin de compte, c’est grâce à l’expérience pratique que l’Humanité s’émancipera des contraintes d’un mode de production de plus en plus anachronique. La réaffirmation que le développement mondial doit être un pré-requis des stratégies nationales peut être difficile à défendre dans des circonstances de développement inégal et combiné. C’est un effort qu’il faudra cependant faire si nous ne voulons pas succomber et reproduire les avarices qui ont été caractéristiques du dernier millénaire marqué par un développement économique rapide mais inégal réalisé sous le capitalisme mondial. De quelle « économie verte » avons-nous besoin pour vaincre la pauvreté et la distribution inégale mondiale des richesses ?

Le monde du 21ème siècle est le résultat de développements sociaux, économiques et politiques évolutifs et de transitions parfois accélérées par des transformations révolutionnaires. La force du changement rapide et profond a cependant retardé les ajustements les plus progressifs qui ont largement caractérisés le capitalisme mondial contemporain. Beaucoup estiment que le monde ne souscrit pas à un capitalisme unique et hégémonique mais qu’il co-existerait plutôt des variations dans le cadre d’un mode de production général. Ceci expliquerait pourquoi le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (BRIC) suivent tous des approches et des modèles d’expansion économique différents sans suivre les dogmes ni les prescriptions des institutions multilatérales ou de l’OCDE.

Une approche qui reconnaît les variantes constitutives du capitalisme mondial rend également possible une vision d’ « économie verte ». Une telle perspective prend en compte le fait que des siècles de développement inégal et combiné accumulés a en effet créé une communauté d’unités politiques massivement inégale et différenciée. Le processus de mondialisation a accéléré l’intégration des marchés et des finances. Il a largement ignoré les effets contradictoires sur la mobilité humaine et la cohésion sociale. Pour qu’une « économie verte » transcende les frontières actuelles de notre époque, il faudra que les efforts mis en place pour construire une coopération et solidarité internationales s’intensifient. Les efforts d’intégration, intra-nationaux et régionaux doivent être encouragés. Déplacer le centre d’attention des actuelles 194 unités politiques (pays) vers les biomes et régions écologiques offre aussi à l’humanité et à la planète un meilleur cadre de planification.

Un accord mondial socialement légitime et soutenu par les institutions politiques devra effectivement faire en sorte que la tyrannie de la concurrence capitaliste sur la valeur arbitraire des marchandises soit maîtrisée. Une telle approche devra avoir des préjugés favorables envers l’utilité et les limites environnementales. Elle doit également rendre possible le transfert des excédents vers les activités nécessaires à l’amélioration de l’ensemble des connaissances de l’humanité et de la planète. La construction d’un tel savoir collectif peut se révéler facile à réaliser puisque les individus et les institutions de ce secteur sont également ceux qui sont à la base de l’affrontement de la catastrophe imminente de l’ère anthropocène.

Le PNUE estime que l’ « économie verte » sera le résultat de deux facteurs. Leur analyse identifie le besoin d’augmenter les investissements dans la soutenabilité de services éco-systémiques dont la plupart des populations pauvres du monde dépendent, et ainsi s’assurer que l’environnement puisse encore être utilisé pour le bénéfice des générations actuelles et futures. Il souligne également que les stratégies pour la croissance économique à partir de l’utilisation durable des ressources naturelles et de l’environnement doit produire des emplois et des richesses à long terme comme moyen d’éradiquer la pauvreté (2011). Ces sentiments sont effectivement louables et doivent être soutenus. Il ne faut cependant pas oublier les mises en garde politiques fondées sur des données factuelles. En exprimant cette préoccupation, il faut reconnaître que les approches « du ruissellement » adoptées après la seconde guerre mondiale ont toutes eu tendance à accroître plutôt qu’à redresser les inégalités, à aggraver la pauvreté et à augmenter la marginalisation. Les succès des 60 dernières années ont largement été le résultat de luttes continues avec comme point culminant le modèle de protection sociale nordique qui produit de meilleurs résultats que les autres variantes du capitalisme.

Cela semble indiquer que pour construire progressivement une « économie verte , il est important de s’assurer que les entreprises et la main d’œuvre syndiquée participent activement à l’élaboration des politiques et des stratégies. Les accords consensuels résultants garantiraient également qu’un certain arbitrage entre en vigueur pour modérer les excès des rémunérations actuelles du secteur financier (sic : fictionnel) de l’économie tout en limitant les rémunérations patronales excessives. Mesurer la performance des chefs d’entreprises exige de s’appuyer sur la multiplicité des éléments clés déjà considérés comme les résultats du Sommet Mondial pour le Développement Durable et de la Déclaration de Johannesburg.

Rendre la recherche et développement international favoriserait la construction de compétences à travers les territoires du monde. D’excellents exemples de tels efforts ont déjà été mis en place avec des scientifiques et des ingénieurs sans frontières. De telles collaborations progressistes offrent aussi les possibilités de développer un régime mondial de planification avec l’autorité et la légitimité pour contrôler la prolifération des activités nuisibles à l’environnement tout en incitant à un changement positif. Malheureusement, aucun de ces résultats positifs n’est possible dans le cadre d’un monde universitaire assujetti à l’orthodoxie fondamentale de l’économie néo-classique, dominée par la fraction financière/fictionnelle et renforcé par la puissance militaire des idéologies néo-libérales. Pour nous autoriser à survivre, prospérer et à construire « l’économie verte » progressiste, il faut encourager le pluralisme et faire en sorte que le non-conformisme occupe une place centrale dans la redéfiniton du monde universitaire. Façonner une théorie à partir de faits doit conduire à de nouvelles recherches et contribuer à la renaissance de la discipline de l’économie politique. L’avenir même de la planète, des bactéries, des protozoaires, des chromistes, des plantes, des champignons et des animaux a besoin que nous faisions la transition. Pour que « l’économie verte » se développe et transcende les avarices du capitalisme mondial, nous avons besoin d’une économie politique évolutive qui guide la transformation révolutionnaire.

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