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Dossier Namibie : une transition démocratique pour un pays plus égalitaire

Une économie peu diversifiée : la dépendance aux ressources minières

, par CRIDEV

L’extraction du diamant constitue historiquement la première ressource économique

La première découverte de diamants remonte à 1908 sur la propriété d’une société allemande, la Deutsche Koloniale Gesselschaft (DKG). La Namibie était une colonie allemande et s’appelait Afrique du Sud-Ouest (ASO). Moins d’une année plus tard, presque tous les gisements de diamants étaient exploités et le gouvernement allemand déclarait « zone à accès restreint » une bande côtière désolée et sous-peuplée s’étendant sur quelques 350 kilomètres au nord de la rivière Orange. C’est ainsi que fut formé le Sperrgebiet ou « Territoire interdit ». Encore aujourd’hui, les intrus sont passibles de peines d’emprisonnement ou de lourdes amendes. En 1919, le groupe De Beers, sous le nom de sa filiale Consolidated Diamonds Mines of South West Africa (CDM) avait racheté toutes les exploitations et obtenu les droits exclusifs d’exploitation pour 50 ans, droits qui ont par la suite été étendus à l’ensemble du Sperrgebiet. Ainsi dès 1920, De Beers avait pris le contrôle de toutes les régions et sociétés d’extraction de diamants de la Namibie. Après l’indépendance de la Namibie, en 1990, le Sperrgebiet est demeurée la réserve exclusive De Beers CDM [1]. En 1994, le gouvernement de la Namibie et De Beers ont formé la Namdeb, une société privée pour l’extraction des diamants en Namibie, propriété à parts égales du gouvernement de la Namibie et de De Beers Centenary AG. L’année 2000 voit la création De Beers Marine Namibia (DBMN). Namdeb a une participation de 30 % dans DBMN, et DBMN effectuera l’exploitation des diamants en mer au nom de la Namdeb. Cependant la position de monopole de la Namdeb semble remise en cause notamment par la Namibian Minerals Corporation (Namco), centrée sur l’extraction offshore.

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La mine de diamants Consolidated, détenue par De Beers, est réputée pour avoir la plus grande flotte de terrassement privée dans le monde. Photo : SOSIJ, 14 novembre 2006.

En 2000, la Namdeb choisit la ville rurale d’Okahandja située dans une des régions connaissant un des plus fort taux de chômage du pays pour ouvrir la première usine de taille de diamants du pays, la NamGem Diamond Manufacturing Company. L’ouverture de la première usine de taille et de polissage représente une rupture avec le passé quand on ne se fiait qu’à l’extraction des ressources sans autre valeur ajoutée.

Pour l’heure, la Namibie se place au six (en valeur) ou septième (en quantité) rang mondial des producteurs de diamants. La Namdeb est le plus important contribuable et la plus grande source de devises étrangères du pays. En dépit du déclin relatif de la contribution du secteur minier dans la formation du PIB ces dernières années, l’extraction et le traitement des minéraux, dont le diamant, à des fins d’exportation sont les principaux moteurs de la croissance en Namibie. En 2012, le secteur minier a généré 12.1 milliards NAD (1.2 milliard USD) de valeur ajoutée et représentait 37 % des recettes d’exportation totales et environ 10 % des recettes publiques totales. Bien qu’il représente 12.6 % du PIB, il emploie moins de 2 % de la population active. Première ressource minérale de la Namibie, les diamants constituent près de la moitié du total des exportations, suivis de l’uranium [2].

L’histoire de l’uranium, plus récente, montre la fragilité d’une économie basée sur l’exploitation de ressources naturelles destinées à l’exportation

Une des plus grande mine d’uranium au monde se trouve à 60 km à l’est de Swakopmund. Cette mine exploitée à ciel ouvert est gigantesque : 3 x 1,2 km et 300 m de profondeur.
La principale mine, Rossing est détenue à 68,6% par le géant australien Rio, la seconde, Langer Heinrich, étant une filiale de l’Australien Paladin Energy. A noter également la présence du géant nucléaire français Areva. (Données de 2009).

En 2006-2007, les cours de l’uranium sur le marché mondial (marché « spot ») flambent sous l’effet de la spéculation. Cette envolée et les perspectives euphoriques du développement de l’énergie nucléaire dans le monde boostent les activités des producteurs d’uranium. Dans cette situation, Areva, comme ses concurrents, tente de diversifier ses permis miniers, notamment en Afrique.
Areva fait ainsi l’acquisition de la société Uramin en 2007, une « junior » canadienne immatriculée dans le paradis fiscal des îles Vierges, qui possède des permis miniers notamment en Namibie, à un prix jugé élevé et laissant planer des soupçons de délits d’initiés [3]. Uramin devient Areva Resources Southern Africa.

Areva présente le site d’exploitation à ciel ouvert de Trekkopje, 70 km au nord-est de Swakopmund, comme « l’un des projets phares du groupe », et se lance rapidement dans la construction d’une usine de dessalement d’eau de mer pour le fonctionnement de la mine. Mais depuis les cours de l’uranium ont chuté et les réserves d’uranium du gisement namibien ont été revus à la baisse, presque de moitié. Malgré l’investissement de plus de 700 millions d’euros, Areva décide en 2012 de suspendre les travaux de construction à venir sur le site et de reporter le lancement de l’exploitation du gisement namibien. Toutes les installations existantes sont donc mises en attente. Toutefois, Areva signe un accord avec la compagnie nationale NamWater en 2013 permettant l’approvisionnement en eau des mines d’uranium concurrentes, Rio Tinto’s Rössing, Paladin Energy’s Langer Heinrich et Swakop Uranium’s Husab mines.
Pour l’heure, la Namibie se place au 5ème rang mondial des producteurs d’uranium.

Notes

[1Le groupe De Beers doit endosser une large part de responsabilité pour le manque significatif de développement social et économique en Namibie. Le groupe a aidé à perfectionner le système du travail sous contrat, a entravé le développement social, a soumis les ouvriers à des conditions de vie inhumaines et a contribué au commerce des diamants de guerre de l’Angola et d’ailleurs, jusqu’à la fin des années 1990. Même si la famille Oppenheimer, dirigeante du groupe De Beers, a dénoncé l’apartheid, elle a su pour autant faire prospecter son entreprise en traitant avec les régimes d’apartheid de l’Afrique du Sud et de la Namibie, puis faisant preuve de beaucoup d’habileté, avec l’ANC et la SWAPO.

[2note OCDE, 2014

[3Voir Billets d’Afrique n° 204- juillet-août 2011

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