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Un tango entre le climat et le commerce

, par Down to earth , NARAIN Sunita

L’article a été traduit de l’anglais au français par Laure Cortinchi traductrice pour Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de Down to Earth, The climate and trade tango

L’Inde s’est révélée être un porte-parole dans les négociations commerciales et du changement climatique. Lors des négociations commerciales récemment conclues à Bali [1], le gouvernement Indien s’est battu pour les droits des paysans pauvres, pendant qu’il soulevait le problème du partage équitable de l’espace atmosphérique mondial pendant les négociations-climat.

Les pays déjà industrialisés affirment que l’Inde est obstinée et véhémente dans les débats internationaux décisifs. Le problème n’est pas que l’Inde est « bruyante » – c’est nécessaire, mais qu’il existe une faille fondamentale dans les règles qui régissent la mondialisation écologique et économique. En d’autres termes, la mondialisation est fragilisée et compromise par l’égoïsme des pays influents. Le problème, de mon point de vue, c’est que l’Inde se fait entendre mais n’est pas claire. Par conséquent, elle fait du bruit, mais ne remplit pas son objectif déclaré : protéger l’intérêt des plus pauvres dans le monde.

Mais d’abord, essayons de comprendre les deux processus. C’est au début des années 1990 qu’a d’abord été finalisé l’accord sur le climat. La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été signée en 1992 à la Conférence de Rio. L’accord sur le climat était alors nécessaire car la croissance économique avait dépassé les limites écologiques de la planète. La quantité de gaz à effet de serre dépassait les quantités que la terre pouvait absorber (grâce aux océans, à l’atmosphère, aux forêts et aux sols). Le monde avait besoin d’un accord pour réduire les émissions qui résultaient de la croissance économique. Mais plus important encore, ces émissions n’étaient plus le problème d’un seul pays. En fait, il était évident que les niveaux de production et de consommation avaient atteint un tel degré que les actions d’un pays à l’intérieur de ses propres frontières avaient des conséquences majeures et dévastatrices sur les autres pays.

Songez à ceci : un simple réfrigérateur maison, qui utilise un produit chimique appelé chlorofluorocarbone, peut littéralement faire un trou dans la couche d’ozone et générer des cancers de la peau. Puis des traces de composés organiques persistants comme le DDT – un pesticide utilisé pour pratiquement tout, à ce moment-là – a été trouvé dans le lait maternel des femmes vivants dans les régions lointaines de l’Arctique. Les courants marins et d’air ne connaissent pas de frontières et ont diffusé ces produits chimiques à travers le globe.

Le monde est interconnecté, uni par les excès de la croissance économique. Il n’était donc pas suffisant de mettre en place des réglementations pays par pays pour réduire les dégâts environnementaux. Il était temps de créer de nouvelles règles pour un système de gouvernance environnementale mondiale. Depuis lors, le monde a pansé ses plaies à l’aide de nombreux accords ; de ceux sur la protection de la couche d’ozone et du changement climatique jusqu’à ceux sur la gestion dangereuse des déchets, l’élimination des polluants organiques persistants, comme le DDT, et, en 2013, l’utilisation du mercure. Ces accords réunis forment l’architecture de la mondialisation écologique.

Dans les années 1990, un autre processus mondial était en marche – la mise en place du système commercial multilatéral dans le cadre de l’OMC. Cette mondialisation économique a créé de nouveaux lieux et de nouveaux niveaux de production et de consommation. Alors qu’il n’est désormais plus possible de vivre dans les limites planétaires, le système d’échange international a poussé tous les pays à suivre le même schéma de croissance, avec les retombées toxiques que l’on connaît.

C’est là où nous en sommes aujourd’hui. Le monde a changé sans que rien ne change. D’un côté, la production s’est déplacée dans de nouveaux pays, avec les émissions de gaz à effet de serre. En 1990, les pays industrialisés représentaient 70 % des émissions mondiales annuelles. En 2010, ils en représentaient 43 %. En 1990, la Chine, qui compte plus d’un quart de la population mondiale, représentait seulement 10 % des émissions annuelles. En 2012, elle y contribuait à 27 %.
D’un autre côté, il n’y a eu aucun changement dans la façon dont le monde commerce. Les pays occidentaux n’ont pas réduit les subventions indécentes versées à leurs agriculteurs. Lors des négociations commerciales mondiales, ils les ont simplement changées de case, les renommant et les remodelant. Les paysans des pays en développement continuent à être énormément désavantagés. De la même manière, lors des négociations climatiques, les pays occidentaux n’ont pas réduit leurs émissions, les pays tels que la Chine occupent le plus petit espace écologique disponible en terme d’émissions. Maintenant, le monde manque d’espace atmosphérique et certainement de temps.

Le combat est maintenant encore plus contesté et tendu. Lors des négociations pour le changement climatique, l’Ouest industrialisé veut contourner l’accord de 1992 qui le contraint à réduire ses émissions et à partager l’espace atmosphérique avec les pays en développement. Il affirme que le monde a changé – les pays émergents sont désormais leurs concurrents commerciaux et leurs concurrents pollueurs, et ils ne peuvent pas faire de concessions. En ce qui concerne l’agriculture, ils veulent des restrictions sur les subventions des pays en développement. La rencontre de l’OMC à Bali est un indicateur des enjeux en cours. Durant cette rencontre, les subventions versées aux paysans pauvres ont été considérées comme une distorsion faîte au commerce mondial. L’Inde s’y est opposée vigoureusement. Mais l’accord final à Bali sur l’agriculture est ambigüe et pourrait entrer en contradiction avec l’aide apportée aux paysans pauvres. La question est donc : l’Inde a-t-elle remporté son combat pour les droits des plus pauvres ou a-t-elle seulement fait beaucoup de bruit pour rien ? Et pourquoi ?

Notes

[1Du 3 au 7 décembre 2013 s’est déroulée la 9ème Conférence ministérielle de l’OMC à Bali en Indonésie-NDLR

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