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Sciences et démocratie

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
François Rabelais (1494-1553)

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Nucléaire
Grangemouth, Ecosse, Royaume-Uni, 2007.

Sciences et citoyens : les raisons de la rupture

Les recherches scientifiques et technologiques ont permis de réaliser d’énormes progrès pour l’Humanité : hausse de l’espérance de vie grâce aux découvertes médicales, apparition de l’électricité, développement des techniques agricoles, multiplication des technologies d’information et de communication pour communiquer d’un bout à l’autre de la planète…

Pourtant, la notion même de « progrès » technique ou scientifique est aujourd’hui remise en cause et les citoyens deviennent suspicieux à l’égard des scientifiques et de leurs innovations. Le principe de précaution, qui consiste pour les États à adopter des mesures de prévention de dommages humains et environnementaux en cas d’incertitude scientifique, est accusé d’être parfois appliqué de manière excessive ou inversement pas appliqué du tout. L’affaire du sang contaminé, de l’amiante, la vache folle, les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et Fukushima, le scandale sanitaire du Médiator, les nanotechnologies, la question de la brevetabilité du vivant… ont démontré les risques d’une recherche incontrôlée, qui s’exerce en toute opacité.

Alors que la science a longtemps été associée au progrès social, le décalage est d’autant plus important qu’elle répond, de plus en plus, aux seuls objectifs d’efficacité et de profits. Par exemple, le concept de brevetabilité permet aux laboratoires et aux entreprises d’avoir le monopole commercial sur leur invention mettant en péril leur diffusion là où il y a des besoins. Le brevet, censé favoriser la recherche par la rente qu’il propose à l’entreprise qui le détient, est souvent dévoyé pour servir à éliminer la concurrence. À cause du système des brevets, les pays du Sud sont considérés comme de simples acheteurs de technologies qu’ils n’ont pas les moyens d’acquérir et ils ne peuvent pas adapter les technologies à leurs réalités.

Les choix technologiques actuels induisent donc un nouveau mode de domination : au lieu de servir la démocratie, ils rendent les citoyens dépendants, sans qu’ils n’en comprennent les enjeux et alors même qu’ils les perçoivent avec méfiance, redoutant leurs conséquences sur l’Homme et son environnement…

Comment faire rimer sciences avec démocratie ?

Face à ces constats alarmants, il est urgent de rassembler la communauté scientifique autour des mobilisations sociales. Les citoyens et les mouvements sociaux ont pris la mesure de l’évolution des pratiques et sont devenus une force d’initiatives. Leurs mobilisations autour de la recherche portent déjà leurs fruits : renforcement de l’expertise citoyenne sur les questions économiques, sociales, scientifiques, écologiques ; développement des logiciels libres, emblèmes de la production collective de savoirs ; mobilisations victorieuses contre les brevets abusifs des multinationales ou des laboratoires pharmaceutiques ; actions des petits paysans pour préserver les semences et la biodiversité…

De même, les veilles citoyennes d’information et les lanceurs d’alerte renforcent le contrôle démocratique des citoyens sur les nouvelles orientations scientifiques.
S’il devient difficile aujourd’hui d’implanter un incinérateur de déchets en France, c’est en grande partie grâce au CNIID (Centre national d’information indépendante sur les déchets). Si la législation évolue défavorablement à la culture d’OGM, on le doit à des organismes de veille tels que le CRII-GEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique) ou Inf’OGM. Si le nucléaire n’est plus perçu comme une énergie « propre » et sûre et si certains sites d’enfouissement sont stoppés, l’action de Sortir du Nucléaire y est pour quelque chose…

Au Sud, les bastions de résistance se multiplient : au Kenya, les habitants du village de Kathulumbi construisent une banque de semences pour sauvegarder la biodiversité et l’accès à des variétés non contaminées. Au Pérou, la Commission nationale de lutte contre la biopiraterie a obtenu un rejet pour la demande de brevet de la multinationale Naturex sur la maca, plante cultivée, depuis des temps très reculés, comme aliment et pour ses vertus médicinales…

Autant d’exemples qui prouvent que ces espaces de concertation et d’action citoyens empêchent efficacement certains territoires d’être envahis par les technologies du Nord, irrespectueuses des modes de vie et des traditions locales.

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Publié dans l’Agenda de la solidarité internationale, 2012

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