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Pour une journée mondiale de l’alimentation en soutien à l’agriculture familiale

Zoom d’actualité

, par CEDIDELP , GERGAUD Sophie

Le thème de la Journée internationale de l’alimentation 2014, « Nourrir le monde, préserver la planète », a été choisi pour accroître la visibilité de l’agriculture familiale et des petits exploitants, rappelant ainsi leur rôle crucial pour la lutte contre la faim et la pauvreté, le renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l’amélioration des moyens d’existence, la gestion des ressources naturelles, la protection de l’environnement...

2014 : Année de l’agriculture familiale

L’Assemblée générale des Nations Unies a fait de 2014 l’année internationale de l’agriculture familiale - caractérisée par des exploitations gérées par une famille et qui dépendent essentiellement d’une main-d’œuvre non salariée - reconnaissant ainsi l’importante contribution des petits exploitants à la sécurité alimentaire mondiale.

  • Dans un entretien pour l’Agence française de développement, Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, explique pourquoi l’agriculture familiale est aujourd’hui plus nécessaire que jamais pour réduire la pauvreté rurale et faire reculer la faim, ainsi que pour gérer les écosystèmes, en pratiquant une agriculture diversifiée qui préserve la santé des sols. Il rappelle que les gouvernements et les institutions internationales ont jusqu’à présent très peu investi dans l’agriculture familiale, misant essentiellement sur l’agriculture d’exportation, sur les cultures de rentes et sur les plus grandes plantations.

  • Le numéro spécial d’Alternatives Economiques, réalisé en partenariat avec le CFSI, montre que l’agriculture familiale assure 70 % de la production agricole mondiale. C’est donc d’abord sur elle qu’il faut compter pour nourrir durablement la planète.
  • Le dernier numéro d’Alternatives Sud, Agro-écologie, enjeux et perspectives montre que l’agriculture productiviste est loin d’avoir tenu ses promesses, qu’elle est au contraire l’un des premiers contributeurs au changement climatique. L’agro-écologie, quant à elle, entend rompre avec cette logique mortifère. Souvent considérée comme une régression passéiste, elle devient un puissant instrument de transformation sociale dans les campagnes du Sud. Et, rejetant l’emploi massif d’intrants, elle s’affirme comme l’un des derniers espaces de résistance qui échappe à la mainmise des multinationales sur le système alimentaire.

Faim et sous-alimentation mondiale

L’édition 2014 de L’État de l’insécurité alimentaire dans le monde présente les dernières estimations des niveaux de la sous-alimentation dans le monde. Environ 805 millions de personnes étaient en situation de sous-alimentation chronique en 2012-2014, soit une diminution de plus de 100 millions de personnes sur la dernière décennie. Même si, globalement, la situation s’est améliorée, des écarts importants persistent entre les régions. C’est la région de l’Amérique latine et des Caraïbes qui a le plus progressé en matière de sécurité alimentaire, tandis que l’Afrique subsaharienne et l’Asie de l’Ouest, touchées de plein fouet par des catastrophes naturelles et des conflits, ont obtenu des résultats plus modestes.
Le rapport rappelle que pour éradiquer la faim, il est indispensable d’obtenir un engagement politique soutenu au plus haut niveau et de placer la sécurité alimentaire et la nutrition parmi les priorités absolues :
télécharger le rapport (en anglais).

Démasquer « l’agriculture intelligente » face au climat

Chaque année, la Vía Campesina organise le 16 octobre une journée de solidarité, de résistance et de mobilisation afin d’informer la société civile sur l’importance de la souveraineté alimentaire des peuples. Aujourd’hui, le modèle de l’agriculture intensive bénéficie d’une large promotion, affirmant qu’elle est très productive et qu’elle peut mettre fin à la crise alimentaire. Or plus d’un milliard de personnes dans le monde souffrent de la faim et de la malnutrition alors que les sociétés transnationales continuent à spéculer sur l’alimentation, ayant pour seul objectif le profit, et que l’industrie agroalimentaire expulse des millions de paysannes et paysans de leurs terres, entrainant la concentration des ressources naturelles et la destruction de la biodiversité.

Le 23 septembre, à l’occasion du Sommet sur le climat organisé par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon, Via Campesina a publié un communiqué visant à dénoncer « l’agriculture intelligente », présentée comme une solution au changement climatique et un mécanisme de développement durable. Mais derrière une prétention à lutter contre la pauvreté rurale et le changement climatique, il s’agirait avant tout de continuer les projets de réduction de la pauvreté via une agriculture industrielle et productiviste qui a pourtant décimé de nombreuses économies paysannes, en particulier au Sud. C’est ainsi que de nombreux pays qui étaient autosuffisants en production alimentaire, comme par exemple le Mexique, sont devenus en l’espace de deux décennies dépendants du Nord pour nourrir leurs populations.

Selon Via Campesina, les acteurs à l’origine de « l’agriculture intelligente » ne sont autres que la Banque Mondiale et ceux qui souhaitent créer de nouveaux marchés pour la Révolution Verte et voient dans l’agriculture et les terres agricoles de nouvelles possibilités d’investissements financiers spéculatifs.
Au final, l’agriculture intelligente face au climat tente de dissimuler la nécessité d’une véritable réforme agraire et agricole et, à l’instar du programme de Réduction des émissions liées à la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD), elle va étendre le marché du carbone et son utilisation pour la spéculation financière.

Dans son article paru sur le blog de Mediapart, Maxime Combes, membre d’ATTAC France, décortique le document cadre auxquels devront souscrire ceux qui souhaiteraient devenir membre de « l’Alliance mondiale pour une agriculture intelligente face au climat », lancée par Ban-Ki Moon, à l’initiative de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de la Banque Mondiale.
Selon ce document fondateur, l’agriculture intelligente face au climat repose sur trois piliers : 1) une augmentation durable et équitable de la productivité agricole et des revenus ; 2) une plus grande résilience des systèmes alimentaires et des moyens de subsistance tirés de l’agriculture ; 3) la réduction et/ou l’élimination des émissions de gaz à effet de serre liés à l’agriculture. Or, comme le met en évidence Maxime Combes, parmi les dix réussites mises en avant par la FAO, on ne trouve aucun projet d’agro-écologie. Par contre, on y trouve plusieurs projets connectés aux marchés de la compensation et de la finance carbone. De plus, l’usage d’intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides...) et d’organismes génétiquement modifiés n’est pas exclu, pas plus que la production d’agrocarburants industriels.

Des mobilisations pour s’engager

Quelques initiatives pour sensibiliser l’opinion sur le problème de la faim dans le monde et l’importance d’une agriculture durable :

  • #ClapDeFaim : mobilisation générale pour la Journée Mondiale de l’Alimentation

8 ONG, spécialistes de la question de l’alimentation et de la lutte contre la faim, membres de la campagne Génération Nutrition, s’associent pour faire bouger les choses en lançant le #ClapDeFaim sur les réseaux sociaux. Tout au long du mois d’octobre, les internautes sont invités à se prendre en photo avec un clap de cinéma en symbolisant l’objet ou en le téléchargeant pour faire passer un message fort : « la fin de la faim, ça n’a rien d’une fiction ». Chacun peut ainsi jouer un rôle en postant sa photo sur les réseaux sociaux, suivie de la mention #ClapDeFaim. L’objectif ? Demander ensemble au gouvernement français de s’engager davantage dans la lutte contre la sous-nutrition des enfants dans le monde qui est responsable de 45 % des décès d’enfants..
En savoir plus : http://www.generation-nutrition.fr

  • Festival Alimenterre

Du 15 octobre au 30 novembre, en France, en Europe, en Afrique, et au Canada, le Festival AlimenTERRE invite à des débats avec des spécialistes sur les enjeux agricoles et alimentaires Nord - Sud, à partir d’une sélection de films documentaires.
Pour découvrir la programmation 2014 et connaître les projections près de chez vous : www.festival-alimenterre.org
Voir la bande annonce : http://vimeo.com/105121566

  • Un projet de film à soutenir : Si se puede

Cuba, modèle agro-écologique ? En 1991, au lendemain de l’éclatement de l’URSS, dans un contexte de pénurie de pétrole et de nourriture, des milliers de Cubains paysans ou non-paysans, s’organisent pour cultiver sans intrants chimiques. Retour de pratiques ancestrales, développement de l’agriculture urbaine, innovations technique et, surtout, mise en œuvre d’une méthode de transmission de « paysan à paysan ». Un mouvement social et agro-écologique d’ampleur nationale et sans précédent se met en place.

http://www.kisskissbankbank.com/si-se-puede

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