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Dossier Baloutchistan : Région pakistanaise insoumise

Politiques gouvernementales et conséquences humaines

, par CIIP

Les politiques du gouvernement pakistanais depuis 1947, à l’égard de la province du Baloutchistan, tentant de soumettre plutôt que de développer, sont responsables de tensions qui se traduisent par une crise majeure à propos de laquelle les ONG tentent régulièrement de prévenir la communauté internationale.

Enlèvements, tortures, assassinats

Le 10 mars 2014 s’est tenue à Genève une conférence organisée par l’UNPO (Unrepresented Nations and Peoples Organization), association internationale de représentation des peuples qui ne disposent pas de reconnaissance institutionnelle. Elle s’intitulait "Human Rights and Security Perspectives for Balochistan and Pakistan Post-2014". Les principales inquiétudes des intervenants concernaient les enlèvements, tortures, et assassinats des opposants politiques.
Le climat qui résulte au Baloutchistan de telles tensions à l’égard d’Islamabad se symbolise par l’augmentation de la stratégie répressive des forces de sécurité pakistanaises. Pervez Musharraf tentera d’étouffer les revendications par la peur. Enlèvements des militants, tortures, arrestations arbitraires et abandons des corps à la vue de tous ont été rapportés par les ONG et les activistes baloutches. En juillet 2011, Human Rights Watch publie un rapport de 140 pages concernant ces disparitions : “We Can Torture, Kill, or Keep You for Years” Enforced Disappearances by Pakistan Security Forces in Balochistan ("Nous pouvons vous torturer, vous tuer, ou vous garder durant des années", enlèvements des forces de sécurité pakistanaises au Baloutchistan). Recueillant des témoignages de plus d’une centaine de personnes, le rapport fait état des méthodes des paramilitaires ("Frontier corps"). Au moins soixante-dix corps auraient été retrouvés entre juillet 2010 et juin 2011, selon les médias locaux. Les victimes sont généralement des hommes entre 25 et 50 ans, membres d’organisations militantes, militants des droits de l’Homme, avocats ou journalistes. En 2008, le gouvernement pakistanais aurait admis l’existence de plus d’un millier de cas d’enlèvements, tandis que les organisations hostiles au gouvernement déclarent parfois dix-huit mille disparus. Les promesses faites d’enquêter sur ces disparitions restent à ce jour lettre morte. Dernier cas en date, selon une dépêche d’Amnesty International datant du 19 mai 2014 : "Zahid Baloch, président de BSOA (Organisation des étudiants baloutches- Azad), a été enlevé à Quetta, au Baloutchistan, le 18 mars. Sa famille ignore ce qui lui est arrivé et où il se trouve. Il risque d’être maltraité, torturé, voire tué. Depuis quelques années, des centaines de militants ont subi le même sort dans cette province".
Considéré par Reporters Sans Frontières comme un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, le Pakistan fait régulièrement parler de lui pour le harcèlement dont il fait preuve à l’égard des médias, dont de nombreux cas sont liés au Baloutchistan.
Un exemple est celui de Munir Mengal, récemment arrivé en tant que réfugié politique en France, et qui tenta en 2006 de mettre en place une chaîne de télévision en langue baloutche. Il fut capturé par les forces de sécurité pakistanaises à l’aéroport de Karachi, puis détenu durant vingt-deux mois, avant de se voir libéré sous la pression des ONG. Son cas est loin d’être isolé.

Persécutions dans les écoles

Si les enlèvements et assassinats de la part des "Frontier Corps" sont la préoccupation majeure des ONG, d’autres problématiques émergent.
L’augmentation graduelle des tensions, sous la politique répressive de Musharraf, a eu pour résultante l’attaque d’enseignants, notamment d’origine Pendjab. Un autre rapport de Human Rights Watch, datant de 2010, fait état du meurtre de vingt-deux enseignants et autres personnels d’éducation depuis 2008. À cela s’ajoutent de nombreux attentats à la bombe et sabotages d’écoles, entraînant morts et mutilations de certains élèves. Nul n’a revendiqué ces attaques, mais certains groupes nationalistes ont été accusés d’avoir menacé les écoles de représailles si les enseignants n’arrêtaient pas d’enseigner l’histoire du Pakistan, de faire flotter le drapeau pakistanais, et de faire chanter aux élèves l’hymne national. Certaines attaques sont suspectées d’être d’origine non politique, mais religieuse-fondamentaliste. Il aurait alors été intimé de séparer filles et garçons, ou de s’habiller de manière plus traditionnelle, que ce soit les enseignants ou les élèves.
Beaucoup de ces enseignants demandent leur mutation, vers Quetta (capitale de la province, relativement moins isolée) ou d’autres provinces, voire n’osent plus enseigner, privant ainsi les enfants d’un système éducatif déjà lourd de lacunes.

Développement

La présence d’infrastructures et de personnel de l’administration étatique est très réduite, autant par désintérêt gouvernemental que par hostilité des indépendantistes locaux. Avoir des indicateurs fiables sur le développement de la région est donc extrêmement délicat. Le dernier recensement de la population pakistanaise date de 1998. L’accès à l’eau, comme dans le reste du Pakistan, est un problème constant, et Médecins Sans Frontières fait également état du manque d’accès aux soins de la majorité de la population pakistanaise en général. L’ONG rappelle, à l’occasion du séisme qui a touché la région en 2013, que la province du Baloutchistan détient "quelques-uns des pires indicateurs de santé du pays", et que la malnutrition touche de nombreux enfants, les rendant particulièrement vulnérables aux maladies.

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