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Dossier Introduction

Malawi : « révolution verte » et souveraineté alimentaire, quel avenir ?

, par CRISLA

L’agriculture au Malawi fait vivre directement plus de 80% de la population. Ce pays est une grande puissance d’exportation pour le tabac. Pour autant, le Malawi n’a guère fait parler de lui depuis la vague de démocratisation africaine du début des années 1990 si ce n’est pour évoquer son niveau de pauvreté et de malnutrition ainsi que la prévalence du virus du VIH-SIDA.
La dégradation importante des ressources naturelles dans un pays très densément peuplé, combiné à la déforestation, à l’érosion et à l’appauvrissement des sols ont contribué à des crises alimentaires majeures notamment au début des années 2000.

Face à cette situation le gouvernement malawien a mis en œuvre –et médiatisé– un programme de subvention aux intrants et semences à partir de 2005, qui a contribué à atteindre une meilleure sécurité alimentaire.

Depuis, le Malawi revient sur le devant de la scène internationale jusqu’à prendre officiellement la présidence de l’Union Africaine en 2010. Cette récente célébrité est généralement attribuée à ce que plusieurs auteurs ont appelé « révolution verte » malawienne. Ce concept, pour lequel le Malawi est montré en exemple dans de nombreux pays d’Afrique, peut être illustré par la déclaration du président malawien Bingu wa Mutharika en juin 2008 : « Cela suffit. Je ne me mettrai pas à genoux pour mendier de la nourriture. La nourriture, nous allons la produire nous-mêmes. » (Gov. Report, Oct. 2008). Ou encore « Après une grave famine, le Malawi a décidé de subventionner son agriculture contre l’avis des bailleurs de fonds internationaux. Aujourd’hui, ce petit pays d’Afrique australe est autosuffisant. » (Courrier International, 30 août 2008).

Atteindre l’autosuffisance alimentaire, faire s’éloigner le spectre de la malnutrition et de la famine, contribuer à un mode de développement centré sur l’agriculture familiale ; autant de concepts séduisants auxquels semble correspondre l’idée de révolution verte suggérée ci-dessus. Ainsi, d’une situation de famine chronique, le Malawi est parvenu, notamment grâce à son programme de subvention, à une situation d’autosuffisance voire d’excédent.

Néanmoins sur le long terme et vu sous l’angle de la souveraineté alimentaire, la révolution verte malawienne ne va pas sans poser certains problèmes : introduction de semences hybrides stériles, nécessité d’application d’engrais et pesticides minéraux, création de dépendance des petits paysans envers le programme de subvention et les firmes de l’agrochimie, non enrichissement voire appauvrissement accru des sols, sans compter l’accaparement des terres… Le succès du programme de subvention initié par le président malawien Bingu wa Mutharika pourrait risquer d’être de courte durée si une redistribution n’était pas mise en place afin que les petits paysans disposent de surfaces suffisantes pour produire des excédents. Le gouvernement pourrait aussi avoir à élargir sa vision de l’agriculture et ne pas se limiter aux engrais minéraux et semences hybrides. Dans le même temps, l’expérience montre que les approches pragmatiques impliquant les initiatives et structures communautaires peuvent contribuer à la bonne gestion des ressources naturelles. Autant de questions qu’il est nécessaire de prendre en compte pour analyser l’évolution récente de l’agriculture paysanne au Malawi.

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