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Maïdan 2013 : les différentes facettes de la résistance (vue de la gauche)

, par BUZGALIN Aleksandr

L’article a été traduit de l’anglais au français par Laurence Besselievre traductrice à Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de Mebal, Maidan 2013 : A Multi-Dimensional Dialectic of Resistance (A View from the Left)

Au moment de l’écriture de ce texte, les suites de la résistance restent incertaines mais l’auteur est sûr que d’une manière ou d’une autre, les autorités ukrainiennes se rapprocheront de l’Union Européenne. Une chose est claire : les problèmes profonds de l’Ukraine et les relations avec la Russie ne seront pas, pour autant, résolus par la suite.

Place Maïdan le 1er décembre 2013

Une tragédie qui tourne à la farce ? ou une farce qui tourne à la tragédie ?

L’Ukraine est vue au travers de ses contradictions. Pour la seconde fois en dix ans, Kiev est devenue la scène de protestations de masse et de confrontations avec les autorités. Mais les évènements de la fin de l’automne 2013 sont similaires à ceux de 2004 que de façon superficielle. La situation est devenue plus complexe.

En 2004, la plus grande force sur la place Maidan (Square de l’indépendance) était représentée par une population ébranlée par le comportement arbitraire et méprisant de l’élite politico-économique dirigeante. Les groupes nationalistes et autres n’étaient peut-être pas moins forts en 2004 qu’en 2013 mais, le sujet principal était l’indignation massive de la population. Les décisions de 2004 n’étaient pas seulement géopolitique (se joindre à l’Europe ou s’aligner à la Russie) mais aussi socio-politique entre nous, les citoyens, et eux, les « parasites ».

Aujourd’hui, la situation sur la place Maidan est différente sur bien des points. Le mécontentement général et les autorités « parasites » sont toujours là. Mais, ce qui prend de plus en plus de place, ce sont les conséquences d’une organisation tenue par des élites économiques et politiques pro-occidentales. Alors qu’en 2004, les opérateurs officieux étaient encore réticents à se montrer. Sans complexe, ils sont montés au front. S’y ajoute un autre aspect très important : en 2013, les organisations nationalistes et pro-fascistes ont prouvé à Maidan qu’ils sont devenus la principale force de « protestations » efficace.

La situation est à présent multidimensionnelle et son analyse est d’autant plus importante. Les contradictions qui divisent l’Ukraine doivent être comprises, non seulement d’un point de vue (aujourd’hui à la mode) géopolitique ; mais aussi en termes socio-économiques, politico-idéologiques et dans ses dimensions culturelles et historiques.

Ainsi, ce texte soutient la thèse suivante : comme par le passé, l’Ukraine contemporaine représente le point de rencontre de profondes contradictions, pas seulement des contradictions qui concernent l’Ukraine elle-même.

L’Ukraine est composée de sidérurgistes et de « cols blancs », de professeurs et de paysans, d’entrepreneurs et d’oligarques ; ces derniers sont divisés en plusieurs « clans ». Le pays compte des Pro-Europe, des Pro-Russie, des syndicats indépendants et des organisations publiques. Ces dernières sont composées de parlementaires cyniquement pragmatiques pour qui la question de l’intégration à l’Union Européenne est vue depuis le prisme des challenges électoraux auxquels ils font face.

L’Ukraine, c’est aussi une population dont la langue maternelle est l’ukrainien et une autre partie de la population pour qui le russe est la langue principale. Enfin, l’Ukraine représente des siècles de guerres avec son intégration à la Pologne et à la Lituanie. Ce sont 450 années d’union avec la Russie et des siècles d’oppression par l’Empire russe. C’est également l’héroïsme de partisans anti-fascistes et les crimes de partisans bandéristes [1] face au fascisme.

Ainsi, les contradictions profondes et fondamentales de la société ukrainienne ont été déterminées historiquement par des facteurs sociaux. Les contradictions sont multlidimensionnelles : historico-culturelles, politico-idéologiques, pragmatiques, économiques, géopolitiques et de dimensions sociales. Elles se retrouvent une fois de plus sur la place Maidan.

Il ne faut pas oublier que l’Ukraine est aussi l’unité, autant concrète qu’universelle, de part son peuple, son histoire et sa culture. « L’Ukraine » présente une certaine intégrité, un ensemble avec un intérêt national de paix.

C’est par le prisme de ces problèmes que nous devrions analyser la question de l’intégration de l’Ukraine dans l’Europe.

Il nous faut revenir, tout d’abord, sur le contexte international, sur la Russie et l’Union Européenne.

La Russie : des traditions d’amitié entre les peuples et un chauvinisme croissant, les objectifs de la libération sociale et l’avidité du capital oligarque …

Reprenons depuis le début : Kharkov, Kiev et Lvov, la région du Dnepr, les Carpates et la Crimée sont des parties inséparables de mon pays natal, l’Union Soviétique. J’ai grandi et j’ai vécu sur ce territoire sur lequel j’avais des amis partout. Cependant, j’ai aussi grandi avec la compréhension du fait que mon pays natal, l’URSS, était rempli de profondes contradictions capables de le détruire et, c’est finalement ce qu’il s’est passé. Je peux aussi dire la même chose de la Russie contemporaine : c’est mon pays, la plus grande partie de mon pays natal. Je l’aime sincèrement et, c’est précisément pour cette raison que je ne veux pas fermer les yeux sur le fait qu’en Russie, aujourd’hui, des forces politiques et économiques qui sont pour la plupart réactionnaires ont toujours cours.

Plus précisément, la Russie moderne conserve toujours un potentiel historique énorme en termes de culture, de science et d’éducation. Dans ce pays, de nombreuses études sociologiques indiquent que la majorité des citoyens continuent à adopter les valeurs de justice sociale et de pouvoir populaire.

Jusqu’à maintenant, et en dépit de profondes contradictions internes et d’un nationalisme grandissant, la population dans sa majorité a garder son goût pour l’amitié et les relations équitables avec les peuples d’autres pays. Cela s’applique particulièrement à des pays tels que l’Ukraine puisque les parents et les enfants se sont battus ensemble contre le fascisme et que nos peuples se sont unis durant des siècles pour la construction d’un espace socio-culturel unifié dans lequel personne ne se posait de question sur l’autre, par exemple, l’écrivain Nicolas Gogol devrait-il être considéré comme un ukrainien ou comme un russe ?

Mais, la forte tendance à l’intégration des peuples d’Ukraine et de Russie a été stoppée. Je m’explique, non seulement composés d’ukrainiens et de russes, nos pays sont muti-nationaux et le fait de le comprendre est d’une importance fondamentale. C’est le caractère progressif et productif de notre collaboration grandissante et de notre intégration culturelle proche qui a permis à chacun des pays de se développer et d’étendre sa culture plus largement, non seulement sur son propre territoire mais aussi chez ses voisins.

Il est important de noter que la Russie vivrait mal et avec des difficultés sans l’héritage culturel de l’Ukraine, qui inclut l’héritage européen raffiné de l’Ukraine de l’ouest. La langue ukrainienne, les poèmes et les pièces de Lesya Ukrainka, les veillées du village de Dikanka de Gogol, les falaises escarpées qui surplombent le Dnepr, la Vielle ville de Lvov et les avenues de Kharkov font tous partie de notre patrimoine culturel commun.

Cependant, la Russie moderne est aussi la grande puissance qui encourage le chauvinisme par le biais d’un pays au capitalisme barbare et dont l’élite russe est toujours dominante.
Tout est bien plus complexe et difficile et en fait, bien pire. Pour les oligarques russes, l’Ukraine représente avant tout un nouveau territoire sur lequel ils peuvent installer les mêmes politiques de « parasites » naturellement riches et de force de travail à bas coût, comme en Russie. Pour les peuples d’Ukraine, le monde des affaires russe « insensé et impitoyable » amènera un mélange de rude exploitation capitaliste et une dictature semi-féodale.

On peut dire la même chose de notre « classe politique » dominante. Aujourd’hui, la Russie est dirigée par une bureaucratie corrompue qui entremêle les matières premières et les oligarques financiers auxquels il faut ajouter les patrons de complexes militaro-industriels. Les véritables droits sociaux et civiques des russes sont éloignés de ce qui correspond aux normes d’un État démocratique pendant que les droits des syndicats indépendants et des mouvements sociaux sont extrêmement restreints. Un facteur important de la vie politique russe est le grand pouvoir des aspirations nationalistes.

Cela fait de la classe dirigeante de l’actuelle Russie un partenaire extrêmement problématique pour l’intégration, pour dire les choses avec légèreté. Une intégration économique et politique avec cette Russie ne serait rien d’autre qu’une base de renforcement pour les oligarques pro-russes et les élites politiques pro-russes d’Ukraine. La population ukrainienne ne pourrait pas acquérir des ressources économiques pour les citoyens du pays, et ne conserverait pas une industrie lourde et une industrie prolétaire avec des marchés étendus des pays clients de l’union. Ils pourraient aussi en découler la préservation et le renforcement des formes d’exploitation capitalistes primitives et l’exploitation semi-féodale des travailleurs ainsi que les tendances bureaucratiques paternalistes dans l’appareil d’État et le danger d’une domination géopolitique par le bureaucratie russe. Le résultat qui apparait est que peu de choses changeraient pour le plupart des citoyens ukrainiens.

Quant à l’Union Européenne ?

L’Union Européenne : réussites et crimes ou quels seraient les apports de l’Intégration à l’UE à l’Ukraine ?

Le premier point qui est l’un des plus évidents : les réussites de l’Union européenne sont réelles et connues de tout le monde. Si tant est que l’on parle du « centre » de l’Europe. Ici, en dépit des difficultés actuelles, il reste de grands aspects positifs. L’Europe du nord qui est porté par le modèle « scandinave » a de réels avantages comparé aux systèmes qui prévalent en Russie et en Ukraine. La caractéristique de ces pays est un impôt progressif sur le revenu, des dispositions générales de protection sociale, en particulier l’accès gratuit à l’éducation, à la santé et à la culture et des syndicats actifs. Ils ont des niveaux d’inégalité sociale peu élevés (avec un fossé de 6 à 7 points entre les plus riches et les plus pauvres au sein de la population, c’est moins de la moitié du chiffre de nos pays), et de véritables droits pour les organisations de la société civile.

En mélangeant ce « baril de miel » socio-démocratique, il n’en sort pas moins une pleine « cuillère de goudron ». Les résultats sociaux impressionnants de ces pays ont tout d’abord été réalisés il y a plusieurs décennies, après quoi le processus s’est arrêté. Une tendance socio-démocratique doit continuer à aller de l’avant. Si on tente de l’arrêter à un endroit particulier, la société finit par se retrouver dans des conditions de stagnation, d’inertie sociale et spirituelle.

Le second point - les crimes de l’UE - peuvent semblés être une insinuation idéologique tirée par les cheveux et née de l’esprit des ennemis de l’intégration européenne et de la démocratie.
Cependant.
Comme dans le cas de l’élite dirigeante en Russie, nous devons distinguer les réussites des citoyens des pays européens d’un côté et les politiques mises en place par les entreprises transnationales européennes et les gouvernements membres de l’OTAN d’autre part. Dans les réussites des citoyens, nous avons surtout en tête les réussites des travailleurs, de leurs syndicats, des parties de gauche et de centre-gauche, des mouvements sociaux et des organisations non-gouvernementales dont la lutte active pour les droits civiques et sociaux pendant plus d’un siècle a produit des effets indéniables. Lorsque la question est posée de cette façon, il devient immédiatement clair que les gouvernements de l’OTAN, en tant qu’« acteurs » de l’Union européenne, sont responsables de la mort de milliers de citoyens pacifiques de l’ancienne Yougoslavie. Ils sont aussi responsables de la crise financière qui, depuis 2008, bloque le monde entier ainsi que du chômage de masse dans les pays d’Europe du sud, etc.

L’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne ne signifie pas que, dans un futur proche, les citoyens ukrainiens vivront de la même façon que les habitants de l’Allemagne ou de l’Autriche. L’Union européenne est divisée en régions riches et pauvres. D’un côté, il y a les foyers des transnationales européennes, les pays qui concentrent dans leurs mains la majorité des capitaux et la plupart de technologies innovantes auxquelles sont liés des simulacres précieux allant de produits de toute sorte en matière de culture de masse et de média « poubelle ». De l’autre côté, il y a les pays où une main d’œuvre peu chère (selon les standards européens) se concentre, ainsi que les ressources industrielles, les processus polluants, les usines d’assemblage et des populations prêtes à travailler 12 à 14 heures d’affilée sans jour de repos afin de participer au « mode de vie européen ». Quand nous comparons le décile le plus riche à celui qui est le plus pauvre dans les pays de la communauté, l’inégalité sociale à l’intérieur de l’UE tourne autour du même chiffre qu’en Russie et en Ukraine …

Dans ce contexte, il est important de reconnaitre que si l’Ukraine suit le chemin de l’intégration à l’Union européenne, elle tombera dans la catégorie du groupe pauvre. Personne n’en débat. Les cercles pro-européens en Ukraine « l’oublie » ou plutôt refuse d’en parler.

Dans ces circonstances, que se passera t-il pour nos frères et sœurs ukrainiens ? Que ce soit, la Russie ou l’Union européenne, le résultat sera extrêmement contradictoire.

Le peuple ukrainien pourraient attendre un tournant vers une certaine forme de parlementarisme et des droits pour plusieurs minorités (et même des droits pour les syndicats et la gauche). L’élite ukrainienne pourrait aussi espérer un dialogue plus simple avec l’ouest et une participation à l’establishment de l’UE ainsi que de nouvelles opportunités d’étendre l’activité de la petite et de la moyenne bourgeoisie dans les domaines du commerce, du tourisme etc. L’intégration à l’UE serait significatif d’une victoire des factions de l’oligarchie pro-européenne dans la lutte acharnée pour les ressources et marchés de l’État.
Mais, cela renforcerait la migration, déjà significative, des ukrainiens vers l’UE, principalement par le biais de l’externalisation de travailleurs peu payés. Il faut ajouter à ce tableau qu’il est envisageable que cela induise un processus de désindustrialisation et une croissance du nationalisme ukrainien ainsi que des problèmes socio-culturels substantiels pour la population dont la langue est le russe.

Alors que devrait faire l’Ukraine ?

Qu’est ce qui est le mieux pour l’Ukraine ? Devenir une autre zone périphérique de l’UE, s’intégrer à la Russie ou être un pays indépendant du Tiers-Monde ?

Personnellement, je formulerais ma réponse en trois points.

En premier lieu, cette question doit être tranchée par les citoyens ukrainiens eux-mêmes. Pour les émissaires de l’Union européenne ou pour les États-Unis, le fait d’exercer une pression citoyenne est aussi inacceptable que pour les russes.

Deuxièmement, différentes strates de la société ukrainienne ont des intérêts différents voire divergents. Bien sûr, je ne clame pas être capable de prononcer une quelconque vérité ultime mais, en tant que chercheur et citoyen, je suis réticent à prendre la position d’un observateur neutre. De mon point de vue, la situation peut donc être présentée (sous une forme extrêmement brève) comme suit :

Pour la plupart des paysans et des ouvriers de l’industrie de l’Ukraine de l’est, la collaboration avec la Russie (j’appuie sur ce fait : comme une question de principe, nous ne parlons pas d’intégrer l’Ukraine à la Russie) apporterait une plus grande stabilité et ne créerait pas de nouveaux problèmes de langue ou de culture. C’est en effet le cas, malgré les vices évidents du monde des affaires russes et de la bureaucratie. On pourrait appliquer la même chose au plus gros des professions intellectuelles comme les professeurs, le personnel médical et d’autres employés hautement qualifiés des institutions d’État. Tous ces gens trouveraient une stabilité relative en échange d’une tutelle paternaliste de la part de la bureaucratie ukrainienne et de restrictions sur leurs droits civiques et sociaux.

Pour la plupart des travailleurs en professions libérales, pour la petite et la moyenne bourgeoisie du secteur commercial, pour les oligarques dont les activités sont étroitement liées aux entreprises transnationales de l’ouest et aussi pour les forces politiques pro-ouest, une orientation vers l’Union européenne serait à court terme avantageuse.

Tout au long du processus, ces groupes se trouveront pour la plupart subordonnés aux corporations du « centre » de l’UE, comme cela s’est passé pour les pays d’Europe central et de l’est. Paradoxalement, une intégration européenne pourrait représenter une victoire temporaire pour les syndicats indépendants et diverses organisations non-gouvernementales (en particulier pour ceux qui ont pris une certaine distance avec les problèmes socio-économiques actuels, comme pour les militants des droits en faveur des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels). Ces groupes pourraient être libérés de certaines restrictions imposées par la bureaucratie actuelle.

Quoiqu’il en soit, ces avancées démocratiques seraient guère importantes ou pérennes, même si elles devaient se produire. Dans ces pays à la périphérie de l’UE, les normes des droits civiques et sociaux sont violées très facilement. La bureaucratie de Bruxelles montre une cécité stupéfiante au regard de « l’échec des obligations » face aux violations des droits, à moins que ceux-ci n’affectent les intérêts des transnationales européennes ou de leurs voisins de Bruxelles dans les quartiers généraux de l’OTAN.

Contrairement à ce qui s’est passé lors des évènements de 2004 (auxquels l’auteur a participé en personne-NDLR), les nationalistes et les fascistes sont proche de devenir la force la plus grande et la plus organisée, en théorie aussi bien qu’en pratique pendant les actions menées sur la place Maidan en 2013. Cela doit être dit : la force grandissante de l’aile droite nationaliste et des organisations pro-fascistes en Ukraine, comme dans les pays baltes, est non seulement la faute directe des autorités de ces pays mais aussi, et je mets l’accent là-dessus, des structures législatives de l’Union européenne. Les démocrates libéraux d’Europe ont déjà essayé à l’occasion, et avec des résultats désastreux, d’atteindre leurs buts en jouant la carte du fascisme (on peut rappeler les Accords de Munich de 1938 pour ne citer qu’un exemple). L’utilisation actuelle des nationalistes et des fascistes en tant que force clé des protestations de la place Maidan est, en substance, un crime commis par les « opposants » à l’Union européenne.

Troisièmement, même une brève analyse de la situation en Ukraine, découlant d’une perspective marxiste nous en dit beaucoup : nous tous, et plus particulièrement en Ukraine, devons échapper au cercle fermé qui consiste à choisir le moins mauvais à deux alternatives futiles.
Nous pouvons, et nous devons trouver une réponse parallèle. Cela repose tout d’abord sur la résolution des problèmes au plan socio-économique, politique et culturel. Il ne s’agit pas du plan géopolitique tout simplement pragmatique (du genre, comme on le dit maintenant « à qui devrions nous nous vendre ? ») mais de réformes économiques et politiques radicales à l’intérieur (au moins) de l’Ukraine elle-même. Il importe de faire une critique de la lutte de la gauche démocratique européenne et de notre expérience partagée, hautement contradictoire mais d’une importance fondamentale, des transformations qui se sont produites à l’intérieur de l’Union Soviétique.

Nous devons garder en tête qu’une politique de gauche basée essentiellement sur le social ne peut pas, et ne doit pas, ignorer la présence de l’intérêt populaire ukrainien en tant qu’unité concrète et universelle des groupes ethniques en matière d’histoire, de culture et de géographie. Cet intérêt est marqué par des contradictions qui traversent plusieurs dimensions. Seuls les habitants de l’Ukraine (ni les « politiciens » russes ou ni les européens), peuvent, et doivent, déterminer une stratégie, conditionnée par cet intérêt, pour le développement du pays.

En tant que chercheur marxiste, en tant que personne ayant grandi au centre d’un dialogue entre nos peuples et nos cultures, je ne peux pas rester un simple observateur. Je tiens à rappeler que le critère le plus élevé de progrès porte sur le développement libre de l’individu malgré l’objectif post-moderne qui consiste à « déconstruire les grands discours ». Cela ne signifie pas seulement la croissance économique mais aussi l’avancée des qualités et des capacités de l’humain, et la solution aux problème sociaux, environnementaux et humanitaires.

Comme je l’ai affirmé maintes fois dans le passé, une telle alternative pour les peuples russe, ukrainien ou d’un autre pays ne réside pas dans la voie de la transformation en périphérie d’un quelconque « empire de la foi », comme il en est de l’Union Européenne ou de l’Amérique du nord.
Elle ne peut pas être trouvée non plus dans une union d’oligarques et de bureaucrates de pays semi-périphériques. Dans un sens large, trouver une telle solution implique le rejet d’un choix entre « le moins mauvais » et plutôt chercher une réponse parallèle. Cette réponse peut seulement consister à progresser vers la démocratie et le socialisme. Seule cette route peut permettre une réelle participation dans une collaboration globale (une collaboration des peuples et des cultures) ainsi que le progrès de la culture nationale. Une culture authentique est toujours à la fois nationale et mondiale.

Il ne s’agit pas d’une recommandation abstraite. Entrer dans cette course est déjà possible, même pour des pays qui ne sont pas parmi les les plus grands ou les plus développés au monde. Des exemples prouvent que c’est possible comme certains États en Amérique latine où les populations ont rejeté la tutelle des États-Unis et ont commence à mettre en place un modèle démocratique, orienté vers le social. Ces pays ont fait une priorité du fait de na pas poursuivre les intrigues géopolitiques mais de choisir une stratégie socio-économique et politico-idéologique qui présente une alternative à l’hégémonie mondiale du capital.

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