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Les leçons de 2011 : trois thèses sur l’organisation

, par NUNES Rodrigo

Cette article a été traduit de l’anglais au français par Cendrine Lindman, traductrice bénévole pour Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de Mute : The Lessons of 2011 : Three Theses on Organisation

La pensée de Rodrigo Nunes bouscule celle des partis politiques avant-gardistes soudés ainsi que celle des réseaux virtuels désinvoltes qui ont tendance à réfléchir de façon conceptuelle, et il passe au crible ce que la vague de révoltes de l’année dernière a laissé derrière elle, afin de montrer une image plus nuancée des dynamiques organisationnelles à l’âge du Web 2.0.

2011 a été une année exceptionnelle et on espère pouvoir s’en souvenir aussi bien que les années 1968 et 1848. Ce sera possible à condition que les engagements pris soient tenus dans les prochaines années, et qu’ils fassent paraître rétrospectivement l’année 2011 comme le début de quelque chose. Pour maintenir des promesses, il faut en comprendre la nature et les moyens. Le principal enjeu revient donc à distinguer, autant que possible, les évènements de 2011 des fausses représentations, négatives ou positives, engendrées par une couverture médiatique et les remarques parfois trompeuses des protestataires. En d’autres termes, il faut essayer de rester aussi proche que possible de ce que les gens faisaient et font, plutôt que de ce qu’ils disent faire ou de ce que l’on dit qu’ils font.

La maxime de Negri sur Lénine - « l’organisation représente la spontanéité réfléchissant sur elle-même » - suggère qu’il ne peut y avoir de spontanéité dans la confusion, mais que la spontanéité donne d’abord toujours le démenti à un type d’organisation [1]. C’est une erreur de longue date que le débat sur l’« organisation » ait lieu comme si l’on devait choisir entre l’absence absolue de toute forme (le mouvement « spontané ») et la forme elle-même (le parti). De la même façon qu’un parti toutefois bien contrôlé atteindra toujours un certain degré de porosité jusqu’à être anormalement dévié ; ce qui est informe, même si on peut le transformer et le rendre tolérant, garde toujours sa propre forme. Les trois thèses suivantes visent à tirer certaines leçons déjà implicites dans les luttes au cours de la dernière année et demie, ainsi qu’à se rapprocher de ce qui caractérise leurs formes sous-jacentes.

1. Il est possible d’avoir un mouvement de masse sans organisations de masse

Cette leçon n’est pas particulièrement nouvelle ; elle est connue depuis au moins 1968, ou depuis la fin des années 90, sans mentionner les références classiques. Mais c’est intéressant de la répéter et de la faire, car tenter de traduire les questions soulevées aujourd’hui dans la même langue que celle utilisée pour les débats d’antan, favoriserait leur compréhension, mais sans pour autant insister sur leur nouveauté absolue.

Ce qui importe maintenant, c’est de comprendre non seulement dans quelle mesure les organisations de masse (partis, syndicats - les exceptions notables étant les grèves en Égypte, et l’appui local des syndicats en Tunisie) ont été considérées comme étant « une partie du problème », ou n’étaient tout simplement pas les bienvenues, mais également dans quelle mesure elles ont été examinées en tant qu’organisations de masse. Face à un large et hétérogène mouvement qui s’amplifie et s’agite, leur capacité de mobilisation paraissait insuffisante par comparaison - et la qualité de leur protestation s’en est ressentie : trop stérile, trop indifférente et ayant trop l’air d’une représentation pour avoir de l’importance. Lorsque des révoltes populaires de masse ont eu lieu contre le régime représentatif et à cause du manque d’options sûres dont il disposait, les syndicats et les partis ont été largement considérés comme représentatifs de ce même système, plutôt que de ceux qu’ils sont censés représenter.

Cela dit, cela ne nous indique bien sûr rien quant à la résistance des mouvements apparus en 2011 ; ou si le choix de ne pas mettre en place des organisations de masse peut entraîner un ralentissement progressif, ou si le fait de les fonder peut simplement donner lieu à diviser sans rien apporter ; ou enfin si les organisations de masse en tant que telles représentent une solution dépassée [2]. Cependant, cela révèle bien quelque chose sur l’état des organisations de masse existantes, ainsi que sur les possibilités qui reposent sur la rencontre entre un mécontentement très répandu et l’accès aux outils technologiques qui permettent une communication de masse à l’échelle mondiale. Ce qui est manifestement une bonne nouvelle : les organisations de masse sont partout en crise (et ceci inclut l’Amérique latine, d’où j’écris actuellement) ; il est bon de savoir qu’il est possible de les éviter afin d’engendrer des conséquences politiques.

Cela montre également quelque chose sur le phénomène des manifestations, et que celles-ci sont encore loin d’être réglées. Certaines personnes ont rapidement annoncé l’« échec » des mouvements en Tunisie, en Égypte et en Espagne, dans le sens où les forces qui ont finalement pris le pouvoir ne valaient guère mieux que celles qui ont été destituées. Cela dévoile véritablement une logique surprenante : si ces mouvements ont commencé par dénigrer le fait que toutes les décisions essentielles n’étaient pas à la portée de la démocratie représentative et que toutes les options disponibles ont changé de forme, mais pas de fond, vouloir leur donner tort en faisant remarquer qu’ils ont en fin de compte obtenu que la forme change, mais pas le fond, sert avant tout à confirmer leur revendication. Cet argument reste logique seulement à condition d’avoir déjà accepté les prémisses mêmes que ces mouvements rejettent, c’est-à-dire le fait qu’il n’y ait aucune alternative au propos : « il n’y a aucune alternative », auquel ils s’opposent. On oublie d’admettre qu’ils ont, dès le début, misé sur un jeu beaucoup plus long que celui du cycle électoral (lequel va exiger beaucoup plus) [3].

En ce qui concerne le système politique dans l’ensemble, ces mouvements s’aguerrissent - et c’est peut-être tout ce qu’ils sont actuellement en mesure de faire - sur ce que Colectivo Situaciones a appelé poder destituyente, le pouvoir dit « désinstituant » [4] . De même, ils s’approprient indubitablement un pouvoir constituant dont il est encore difficile d’anticiper le futur et la gestion. Ce qui risque d’entraîner de nouvelles formes d’action politique, de nouveaux mécanismes de la représentation du pouvoir, de nouvelles institutions ou, tout au moins, de nouvelles organisations. Il serait possible que tout cela se fasse en même temps, comme cela a été le cas en Bolivie au lendemain de la crise néolibérale. Mais en ce moment, leur seul but réalisable est probablement celui de faire éclater le système ; et non seulement cela ne peut pas se faire en une seule nuit, mais l’accumulation des contradictions à court terme - en Espagne, un gouvernement de droite a été élu par 30 % des voix de la population, alors que les sondages indiquent qu’environ 70 % de la population était d’accord avec le mouvement des Indignés, avec qui le nouveau gouvernement est officiellement en conflit - mènera peut-être bien à cela à plus long terme.

2. L’organisation n’a pas disparu, mais seulement changé

Beaucoup de personnes ont constaté que le commentateurs internationaux n’ont pas attiré l’attention sur les points communs pourtant incontestables entre 2011 et le moment altermondialiste [5]. En ce qui concerne l’organisation, ce manque de visibilité est doublement ironique. D’un côté, l’époque de l’altermondialisation a marqué la première tentative de développement pour adapter la pratique de l’organisation à l’arrivée des nouvelles technologies de communication, Internet en particulier. De l’autre côté, on a déjà aussi fait table rase sur cette époque, une nouvelle attitude alternative que certaines personnes adoptent aujourd’hui : les nouvelles technologies ont pour toujours changé la manière de nous organiser, il est maintenant seulement question de personnes connectées, le temps des structures organisationnelles hiérarchiques est révolu. Ce qui devient bien sûr triplement ironique : puisque ceux qui adoptent une attitude moderne parlent souvent d’une rupture forte entre le présent et le passé, cette époque paraît rétrospectivement être dans l’attente de quelque chose. Les « nouvelles technologies » d’il y a dix ans - les listes de messagerie, les téléphones sans appareil photo, et Indymedia ! - sont insignifiantes par rapport à l’accès aux moyens de diffusion de l’information dont nous bénéficions aujourd’hui ; réciproquement, une « forte rupture » s’est déjà produite d’une certaine façon depuis dix ans.

L’inconvénient est que des idées contraires mêlées au débat, et que des pratiques activistes associées à des structures organisationnelles plus anciennes - telles que des organismes communautaires dont les membres se retrouvent dans des « ateliers » ou effectuent du « porte-à-porte » - sont mises dans la même catégorie que la structure organisationnelle même. Par conséquent, l’argument manque de pertinence puisque certaines structures organisationnelles ne sont plus nécessaires et certaines formes d’activisme sont devenues inutiles, projetant ainsi une image erronée de la façon dont les politiciens se servent des médias sociaux.

Dans un article de la fin des années 2010, qui a suscité beaucoup d’intérêt jusqu’à ce qu’il soit apparemment complètement discrédité par les événements suivants, Malcolm Gladwell soutenait la théorie révolutionnaire de Mark Granovetter à propos des réseaux sociaux et laissait supposer qu’il s’agit d’outils indispensables à la diffusion de l’information et qui permettent de ne pas avoir à s’investir dans de grandes formes d’action (partager, j’aime, retweet, faire un don), mais qu’ils sont peu satisfaisants lorsqu’il s’agit d’établir des relations solides, de s’engager et de mettre en œuvre ce qui est parfois nécessaire pour mener à bien une action ou une campagne. L’une des conclusions les plus évidentes du texte est que « l’activisme sur Facebook réussit non pas en poussant les gens à faire un sacrifice considérable, mais en les motivant à faire le nécessaire même s’ils ne sont pas prêts à se sacrifier énormément » [6]. En d’autres termes, les médias sociaux restent un excellent moyen pour entretenir des liens faibles, mais il faut une meilleure cohérence organisationnelle que le "clictivisme" pour que des liens forts unissent les individus [7]. Toute personne ayant déjà organisé quelque chose le sait, ce n’est malheureusement pas aussi simple que de taper le message « tweetez-le, ils viendront » [8].

Mon hypothèse est la suivante : plutôt que de contredire cette conclusion, l’utilisation des médias sociaux à des fins politiques en 2011 met en relief la possibilité, sous-estimée par Gladwell, que sous certaines conditions la quantité même des relations établies grâce aux réseaux sociaux soit à même d’en améliorer la qualité - un effet marginal qui permet toujours d’entretenir des liens faibles, s’intensifie selon les circonstances, et que nous pourrions expliquer par une baisse générale des niveaux de participation des citoyens.

Si l’on prête attention à la façon dont se déroulent les événements, le mythe véhiculé par les personnes isolées se rencontrant au hasard d’une date fixée par un événement organisé sur Facebook se dissipe. Même lorsque l’on prend l’exemple de la Tunisie, qui illustre apparemment bien un « soulèvement spontané », on peut soutenir qu’il a été déclenché par des individus qui entretiennent des liens forts. L’acte choquant de Mohamed Bouazizi qui s’est immolé par le feu a d’abord poussé un petit cercle d’amis et la famille à agir en essayant de s’assurer que les causes de sa mort et les protestations qui ont suivi soient connues en dehors de la ville de Sidi Bouzid. À partir de ce moment-là, Al Jazeera a diffusé l’affaire, une section syndicale et des groupes d’étudiants locaux ont apporté leur soutien, des activistes de longue date et des journalistes critiques du gouvernement ont commencé à parler franchement (et à passer à l’acte) [9].

Autrement dit, il ne s’agissait pas simplement d’un mouvement établi grâce à des individus qui sont passés de liens faibles à des liens forts, de l’isolation à l’engagement et d’Internet à la rue ; mais d’un mouvement (à petite échelle) d’individus entretenant des liens forts qui se sont unis avec des individus entretenant des liens faibles (plus de personnes apprenant ce qui s’est passé), afin de renforcer les liens forts (des groupes et des personnes activistes s’impliquant à plus grande échelle) jusqu’à ce que les liens faibles évoluent pour la plupart vers des liens forts au fur et à mesure que les choses s’accélérèrent. C’est ce que le déploiement géographique a illustré ; de la campagne à Al Jazeera, puis des réseaux sociaux et de YouTube à la capitale et à l’étranger, où chaque relais a, non seulement permis à un plus grand nombre de personnes de s’informer, mais également d’agir ; et on peut franchement supposer que la communication entre individus s’est réalisée grâce aux médias, sociaux ou autres, mais aussi grâce à des réunions et à des organisations nouvelles ou préexistantes de toutes sortes.

Il est bien connu que, pendant des années, des groupes activistes en Égypte ont fait des tentatives pour canaliser l’opposition de masse, frustrée et réprimée par le régime de Mubarak. Ensuite, les événements en Tunisie, le fait que l’information se soit répandue comme une traînée de poudre et l’accessibilité aux outils de mobilisation en ligne leur ont permis de ne pas laisser passer l’occasion. Il est vrai que quelqu’un a créé un événement Facebook appelant à faire du 25 janvier une « Journée de la colère » ; cette personne n’était cependant pas un « citoyen engagé » choisi par hasard, mais l’administrateur d’une page Facebook (We are all Khaled Said - nous sommes tous des Khaled Saïd) qui comptait plus de 400 000 abonnés et existait depuis six mois. Cet administrateur maintenant célèbre, Wael Ghonim, a soumis l’idée à son collaborateur AbdelRahman Mansour et une décision finale a été prise lors d’une session de brainstorming au moins un mois plus tôt avec Ahmed Maher du Mouvement de la jeunesse du 6 avril, celle d’utiliser la page Facebook comme fer-de-lance de l’appel, pendant que le groupe d’activistes se chargerait de la logistique [10] (le 6 avril a déjà marqué un jour de mobilisation - la journée de la police - dans le temps). Et comme l’idée d’une manifestation à cette date et d’autres encore est devenue populaire, elle a été mise au point et rendue opérationnelle par plusieurs autres organisations déjà existantes ayant déjà connu un essor, ainsi que par des groupes d’affinité.

La communication de données qui a déclenché les évènements du Printemps arabe (ou le Mouvement 15-M et le mouvement Occupy) ne s’est pas simplement faite en passant d’une personne à l’autre par l’intermédiaire des réseaux sociaux ; dans chacun des cas, il était toujours question d’un relais beaucoup plus complexe entre des centres de discussion déjà établis - soit des groupes sociaux avec des individus entretenant des « liens forts », soit des nœuds de communication à forte crédibilité et avec de nombreux abonnés - et une chaîne migratoire de liens classés par ordre décroissant d’intensité, comme une sorte de migration ou d’effet d’entraînement avec plusieurs épicentres. Si des mouvements de masse sont capables de voir le jour sans organisations de masse, c’est grâce aux médias sociaux qui amplifient exponentiellement les effets d’initiatives relativement isolées. Mais qu’il en soit ainsi ne relève ni du miracle ni d’un phénomène magique capable d’éluder des problèmes relatifs à la qualité en produisant en quantité à partir de rien ; il faut que le relais passe par les centres de discussion et les groupes sociaux d’individus qui entretiennent des liens forts ainsi que d’autres groupes qui soient capables de traduire de façon opérationnelle « chateur » par action. En même temps, si les circonstances le permettent, la diffusion de l’information facilite aussi à passer toutes les étapes afin d’établir des liens forts : une fois qu’un ami ou qu’un membre de la famille participe à une manifestation, ou que l’on en voit des images émouvantes, la tentation d’y prendre part est plus forte, et ainsi de suite. De ce fait, il nous appartient de parler de « spontanéité » à condition seulement de comprendre que les nouveaux moyens de circulation de l’information et les prises de décision sont également forcément déviés par des réseaux et des organisations déjà existants ainsi que par des affinités encore plus fortes, et donc, par les structures à caractère hiérarchique déjà mises en place, mais qui ont du coup certainement été dissoutes ; évidemment pas dans le sens d’une « association de personnes » idéale dont les individus auraient auparavant existé seulement en tant que tels. Ce qui se manifeste clairement dans des cas comme ceux du mouvement 15-M et du mouvement Occupy, où il y a eu un processus d’organisation en surface qui a commencé avant le début des évènements [11].

Finalement, il est intéressant de faire des suppositions sur la façon dont le commencement des révolutions tunisiennes et égyptiennes est lié à la mort et au sacrifice, et surtout à ceux de Mohamed Bouzizi et de Khaled Saïd. Il n’y a pas de preuve d’engagement plus vraie, ou de véritable épreuve pour évaluer la force des liens que d’être prêt à mourir. La corrélation entre les années durant lesquelles il y a eu des abus de pouvoir et des violences de la part de la police ainsi que la détermination inflexible manifestée dans les mouvements protestataires dans ces pays semble clair - c’est le simple fait d’agir, représentant alors un risque considérable, qui a en fin de compte permis de « créer des liens » de façon fondamentale : être prêt à mourir ensemble si nécessaire, et l’élan de solidarité que cela implique.

3. Le rassemblement ne faisait pas partie des principales structures organisationnelles de 2011

De façon évidente, le campement représentait la principale structure organisationnelle formée par les mouvements de 2011. La Place Tahrir a montré l’exemple de façon exceptionnelle, puis l’État du Wisconsin, l’Israël et l’Espagne (où il y a cependant eu des conséquences imprévues suite aux manifestations du 15 mai) l’ont pris pour modèle ; ensuite, après le mouvement Occupy Wall Street (son mode d’action était initialement le campement) ainsi que les manifestations du 15 octobre, c’est le reste du monde qui s’en est inspiré. Il s’agissait du plus important phénomène de mimétisme, ce qui n’est pas surprenant puisqu’il offrait des images très inhabituelles et, avec l’Égypte, une victoire extrêmement fascinante.

Il est néanmoins important de ne pas oublier qu’il y a un rapport direct organisation-objectif, qui a permis à la Place Tahrir de devenir un symbole de victoire. Ce comportement mimétique était avant tout une tactique qui consistait à concentrer le mouvement dans un seul lieu pour exprimer une revendication très concrète, mais présentant un aspect négatif : que Mubarak se retire. Même à ce moment-là, il apparaissait clairement que le mouvement avait réussi à atteindre son objectif, grâce au fait que le régime se soit rendu compte qu’il perdait la maîtrise de la situation dans plusieurs autres parties du pays.

Ce rapport organisation-objectif s’est effacé lorsque les campements se sont confrontés au phénomène mimétique. Il faut considérer que le premier tweet de @acampadasol - le premier compte Twitter pour annoncer le campement « spontané » (c’est-à-dire se baser sur des liens forts pour en établir davantage en faisant appel à la chaîne migratoire de liens à plus faible intensité) en Espagne, sur la place Puerta del Sol à Madrid - a déclaré « nous ne partirons pas d’ici tant qu’un accord ne sera pas conclu ». La syntaxe particulière du message sur le site de microblogage n’a pas révélé qui était le « nous », et avec qui l’accord devait être négocié. Avant qu’il ne parvienne jusqu’aux divers mouvements d’occupation qui ont éclaté dans le monde entier après le 15 octobre, ce lien avait disparu. On peut dire la même chose au sujet d’autres phénomènes de mimétisme connexes, tels que le « microphone humain », méthode adoptée comme étant une solution pratique pour contourner l’interdiction d’utilisation des amplificateurs de voix dans le parc Zucotti à New York, et qui est devenue l’une des caractéristiques des mouvements d’occupation et une certaine façon de faire de la politique, même là où cette même interdiction n’a pas été prononcée.

Ce n’est pas pour dire que les répétitions consécutives du phénomène mimétique qui se sont manifestées avec les campements n’étaient nullement tactiques ; elles l’étaient, sauf qu’il s’agissait d’une tactique nouvelle. En l’absence de revendications négatives précises comme celles qui ont été émises en Égypte et dans l’État du Wisconsin, ces manifestations n’essayaient pas de faire valoir une volonté commune, mais tentaient de créer un espace politique dans lequel il serait possible de l’exprimer, afin qu’une force sociale soit en mesure de faire adopter des réformes malgré le fait qu’il y ait « propagation » et/ou que leurs revendications soient appliquées. De ce fait, si ces « répétitions tactiques en baisse » ressemblent à ce qui est arrivé durant la période des contre-sommets du mouvement altermondialiste, les critiquer sans reconnaître l’autre fonction cruciale qu’elles exercent - à l’exemple de Badiou en 2003 pour les contre-sommets - revient à manquer ce que certaines personnes font vraiment pour se concentrer sur ce qu’elles (ou les médias) disent faire [12]..

La force des campements, comme ceux qu’on a pu voir en Espagne, en Israël et sur plusieurs sites du mouvement Occupy, repose sur les dispositions de leurs centres de liaison à diffuser les opinions divergentes générales. Il y a eu des moments où des réseaux sociaux virtuels et non virtuels sont entrés en conflit les uns contre les autres, et il a fallu les remanier ainsi que les rendre plus cohérents au moyen d’un contact direct et d’une co-présence. Plus que cela, ils ont créé un espace en principe accessible à tous, sans regarder aucune expérience antérieure liée à des formes d’activisme ou d’insertion au sein des réseaux sociaux, dans lequel le processus a été mis en œuvre. C’est finalement ce qu’ils ont fait, tout en permettant également aux gens de découvrir les espaces d’échanges virtuels et leur fonctionnement, lesquels, s’ils sont en mesure d’être suffisamment mis à l’essai, sont capables d’unir les individus avec des liens plus forts. En d’autres termes, ces derniers campements ont permis d’agir sur les conditions de possibilité de l’activité politique : dans le contexte d’une profonde perte d’autonomie et d’une grave crise ayant des conséquences sur les sociétés fortement divisées, ils ont servi d’espace où le tissu relationnel, que l’on appelle « politique », était habilité, au moins pour ceux qui étaient là, à être partiellement (re)constitué.

Toute la difficulté réside dans le fait que, pendant ce temps, les novices comme les initiés attendaient aussi de leur part une entente politique et une prise de position claire. Ils ont dû se développer en public. Tout ceci alors que la situation, dont les coordonnées tactiques n’étaient pas limitées dans le temps, ne prétendait à aucune idée à propos de ce que ce conservatisme entraîne toujours, et ce face à un travail de Titan (peut-être face à une tâche sisyphéenne) pour en décider sur place avec beaucoup de personnes très diverses.

Beaucoup de choses se sont réalisées dans les assemblées générales, ce qui n’est pas surprenant si l’on considère qu’elles paraissaient à la fois impressionnantes et étranges (c’est en toute rigueur journalistique qu’une remarque sur la gestuelle des mains a été relevée), mais également qu’elles semblaient présenter l’ensemble des connaissances du déficit démocratique. L’un des commentaires les plus caractéristiques émis par les participants mentionne le contentement apparent de chacun d’être en droit de s’exprimer devant les autres. Et si les réseaux virtuels représentent un moyen idéal pour mettre en œuvre de manière effective une plateforme de diffusion influençable, il n’est pas possible de sous-estimer le « remaniement » permis grâce aux espaces munis de microphones mains libres où les gens peuvent échanger des points de vue, commencer de nouvelles relations et faire partie de différents réseaux - sans parler des possibilités infinies de découvrir des groupes de personnes que l’on n’aurait jamais rencontrés autrement.

Toutefois, il existe une grande différence de force d’action en passant d’« Internet à la rue », capable de produire une surévaluation de l’assemblée face à tout ce qui l’entoure. Durant les évènements du Printemps arabe, Christian Marazzi a dressé une comparaison entre deux cas : le raisonnement de la contagion propre aux marchés financiers et les événements survenus dans le Maghreb [13]. Dans le premier, il indique que le manque d’information provoque un comportement mimétique qui, dans la course effrénée d’une bulle spéculative pour atteindre des sommets, devient entièrement autoréférent et incapable d’observer les dynamiques en dehors des siennes ; au lieu de cela, il présume qu’un Autre (gros marché) sait quelque chose que « nous ne savons pas ». Dans le second, il révèle qu’un excès d’information pousse à « s’imiter soi-même » avec pour référence le corps social même. Dans ces conditions, on est en mesure de décrire le risque pris par les assemblées comme une obsession pour l’acte de présence - limiter l’imitation de « soi-même » à l’assemblée elle-même, perdre de vue les influences sans présence ainsi que les « autres » faisant partie de cette expérience, ce qui est assimilé successivement à quelque chose de moins accablant et moins contraignant que la supposition « vous n’aviez qu’a être là ». On confond ainsi l’ensemble du mouvement visible et présent pour ce qu’il est vraiment - c’est-à-dire à la fois modéré et direct, virtuel et réel – un moteur de la dispersion et du rassemblement, changeant et constant, et dépendant en permanence d’un mélange complexe d’organismes, d’interfaces technologiques, de mots, d’influences et d’idées.

Ces dynamiques sont en état de s’intensifier par la tendance même des médias à représenter les assemblées en tant que noyau du mouvement. Cependant, en prenant du recul par rapport à ce qui est le plus évident, pour comprendre tout le processus qui l’a permis et l’a maintenu actif, on constate indéniablement que la structure organisationnelle principale de ce mouvement, alors qu’elle est aussi à sa façon ouverte et horizontale, n’est pas l’assemblée.

Il est possible de l’appeler leadership partagé : le moyen, même pour des individus et des groupes n’ayant pas déjà « figurés dans les palmarès », pour être temporairement chargés de faire avancer les choses en raison de proposer des plans d’action qui fournissent des références provisoires pour l’activité. (J’ai auparavant fait référence à cela en tant que « comportement avant-gardiste diffus », le définissant comme une puissance « pour engendrer des effets à grande échelle sans aucune [déjà existant ou proportionnellement à grande échelle] prise de décision » [14]). Cela s’applique aux premiers cas particuliers, ainsi qu’aux groupes ou aux individus qui ont établi un réseau de contacts en vue d’actions de masse qui ont à ce moment-là été mises en œuvre sous forme de campements et d’assemblées. Mais également à tous ceux dont les initiatives, par exemple, plus par persuasion et par propagation que par argumentation, sont parvenues à les sortir des impasses du processus décisionnel qui a progressivement été réduit sous forme d’assemblée.

Ce qui rend cette forme de leadership différente repose sur le fait qu’elle n’exige pas d’avoir un statut antérieur de « dirigeant » ou d’avoir été « haut placé » (numéros d’adhérent, parcours politique, réputation...). En fait, l’une des circonstances principales qui semblent fonctionner avec l’ambiance actuelle en faveur d’une initiative est précisément le fait d’être « anonyme » ou (en terme sportif) « non classé ». Puisque la crise actuelle est dans une grande mesure une crise de représentation, il est tout à fait normal de mettre en doute les personnages « représentatifs ».

En même temps, afin de susciter une initiative qui fasse écho et qui puisse séduire d’autres personnes, il faut habituellement faire plus que simplement « émettre une idée ». Cela implique de montrer l’exemple à suivre, et par conséquent cela dépend s’il s’agit d’un groupe de personnes qui « la réalise ». Tel semble être le cas avec l’événement incontestablement le plus important à avoir eu lieu après les campements - l’intensification des actions contre l’éviction et des actions d’occupation dans l’intention de fournir un logement aux victimes de forclusion. Encore une fois, une médiation se met en place entre les individus entretenant des liens forts et ceux entretenant des liens faibles, ce qui provoque une hausse de liens forts. Mais, même au moment où le seuil de participation est au plus bas, de nouvelles et fructueuses initiatives sont probablement celles qui offrent des niveaux d’entrée relativement faibles, qui renforceront peut-être ultérieurement leur engagement et leur militantisme [15].

La logique du leadership partagé, caractéristique des luttes de 2011, est celle du « chef de bande » comme Deleuze et Guattari l’ont expliquée dans Mille plateaux ; néanmoins, l’œuvre d’Hegel sans sa téléologie (ainsi disponible aujourd’hui), ressemble à l’histoire du monde vu par Werkzeuge et à ses « individus du monde historique ». Dans l’expression très à propos de Catherine Malabou, ce que nous avons ici est le mouvement d’un ensemble et/ou d’une limite en évolution, précipités en l’occurrence par des initiatives singulières « l’excès et/ou le dépassement révolutionnaires (comme bord de débordement) » [16]. Il serait intéressant de noter que des lectures plus optimistes sur les mouvements d’aujourd’hui, bien qu’elles nourrissent apparemment quelque chose comme l’« intelligence collective » plutôt que l’histoire (ou l’Esprit), semblent se fonder sur une téléologie subreptice selon laquelle cette intelligence, plutôt que de répondre aux problèmes conjoncturels par des moyens toujours disponibles, permet à la longue « de trouver » des solutions à toutes les crises à affronter actuellement [17]. Dans un cas quelque peu extrême tel que celui de l’obsession de la présence, des assemblées et des groupes de travail apparaissent comme étant des substituts de l’humanité dans son ensemble.

Mais il serait naïf de penser qu’on soit capable d’exercer de façon aussi égale un tel leadership, même partagé. Les représentations mentales des réseaux et médias sociaux comme celles qu’on se fait des mouvements Occupy et 15-M [18] expliquent que ces réseaux s’organisent en structures dites sans échelle [19]. C’est-à-dire que leur diffusion se caractérise par un grand nombre (ou « chaîne migratoire ») de nœuds dont les connexions sont limitées et par un petit nombre de concentrateurs utilisés pour connecter plus de nœuds et à plus grande distance. A proprement parler, une simple conceptualisation de « nivellement » de l’approche horizontale en tant qu’égalité absolue est contredite par toutes les connaissances disponibles, mathématiques et intuitives, sur la structure de ce genre de réseau. (Est-ce qu’il ne s’agissait pas de toute façon d’une interprétation divergente sur le thème libéral proposée par une association d’individus forcément juste et libre ?)

Ce qui ne rend cependant pas ces mouvements « non démocratiques ». Premièrement, il faut remarquer que la majorité des comptes Twitter, qui ont joué le plus grand rôle dans ces manifestations visuelles, n’existaient pas il y a tout juste un an. Ils suscitent tant d’intérêt aujourd’hui parce qu’ils ont su tirer profit de l’opportunité du développement des connexions modernes et d’un type de trafic spécifique. On peut sans doute appliquer ce raisonnement aux médias sociaux. Deuxièmement, il est évident que faire partie d’un concentrateur marque une certaine assurance - ceux qui entretiennent plus de relations seront automatiquement plus entendus —, mais il s’agit d’un cercle vicieux de l’estime de soi qui entraîne une dépendance à l’égard d’un processus continu de légitimation. C’est-à-dire que le leadership partagé n’est pas un « marché libre » idéal de l’information, de l’analyse et de l’initiative, mais la cause de l’attachement préférentiel, et les « actions » d’un concentrateur fluctuent aussi selon la qualité de l’acheminement du trafic et selon les offres et le financement [20]. Par ailleurs, que l’acheminement soit effectué par une source « forte » ne lui permet pas nécessairement de « devenir populaire » ; pour chaque initiative réussie, il en existe des centaines qui n’arrivent pas à « décoller ». En même temps, ce qui permet à une source d’être forte est le fait qu’elle soit capable d’attirer l’attention sur des nœuds dont le scope de disponibilité est limité et qui sont peu connectés, et ainsi de contribuer à augmenter leur visibilité et connectivité. En conclusion, plus le « corps machine » d’un mouvement en réseau est connecté et concis, du moins à l’apogée de la mobilisation de masse, des réseaux d’influence et des relations virtuelles - et plus le trafic vers les nœuds qui sont peu connectés s’amplifiera, les liens faibles se renforceront plus vite et facilement, ce qui est nécessaire pour prendre des initiatives, et l’acheminement du trafic se fera en général plus rapidement [21].

Par conséquent, de manière quelque peu intuitive, il est possible de dire qu’il s’agit de mouvements d’« avant-garde », à condition d’entendre par là un avant-gardisme intrinsèque, doté d’un pouvoir de commande immanent. Leur aptitude de « meneur » doit être à chaque fois prouvée, ou plus exactement, leur statut change beaucoup trop rapidement. Il s’agit d’un statut avant-gardiste uniquement dans la mesure où il « fonctionne » - et quand il ne fonctionne pas, cela peut même, d’une certaine façon, atteindre son « fonctionnement » futur [22]. C’est une cause qui a des caractéristiques inhérentes par rapport à ses effets. Maintenant, on a le droit d’affirmer que c’était la seule raison pour laquelle les avant-gardistes ont en fait vraiment existé historiquement parlant. Mais soulever cette question équivaut à suggérer que le statut avant-gardiste n’a pas d’objectif de constance - en identifier un a longtemps été une chimère sous la pression du marxisme - sauf en ce qui concerne le succès de son « leadership » (provisoire, évolutif, quoique potentiellement beaucoup plus vaste que dans son contexte initial).

Notes

[1NEGRI, Antonio. Trentatre lezioni su Lenin, Roma, Manifestolibri, 2004, 42 p. (Negri poursuit : « Sinon, ce serait admettre impuissance et défaite que d’essayer de se justifier »).

[2Tout récemment, en fait, les membres fondateurs d’un groupe émergeant de l’organisation citoyenne La vraie démocratie maintenant ! ont pris la décision de démarrer une association sans but lucratif du même nom, censée éviter la stagnation que les prises de décisions engendrent afin d’exercer « des pressions coordonnées » sur les institutions. Voir l’article « Democracia Real Ya se constituye como asociación », El País, [en ligne], 22 avril 2012. [http://politica.elpais.com/politica/2012/04/22/actualidad/1335113954_554411.html]. La démarche a été dénoncée dans un communiqué officiel qui insistait sur la conception initiale d’un « réseau social dépourvu de chef qui ne peut ni ne devrait se conformer à un cadre juridique ». Voir l’article « La "Asociación Democracia Real Ya" no es Democracia Real Ya », [en ligne], 22 avril 2012. [http://www.democraciarealya.es/blog/2012/04/22/la-asociacion-democracia-real-ya-no-es-democracia-real-ya/].

[3On peut dire la même chose de l’éternel débat sur le manque de revendications : faire valoir des revendications qui puissent aboutir signifie précisément que quelqu’un soit sous le coup du système actuel ; ainsi, toutes revendications « réelles », c’est-à-dire celles portant sur les choix essentiels imposés par le système, paraitront inévitablement impossibles ou absurdes. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il ne puisse pas y avoir de revendications locales concrètes, défensives ou offensives, ce qui serait une référence utile, en provoquant des controverses qui sont toujours à l’origine de mouvements - par exemple les mesures législatives anti-forclusion. Il faut systématiquement faire attention à ne pas confondre le « "refus" subjectif » des institutions avec leur « destruction réelle ». Voir : LENINE, Vladimir Illitch. La maladie infantile du communisme (« Le gauchisme ») (1920), Paris, éd. Le Monde en 10-18, 1962, 188 p. Au sujet des revendications, voir : BUTLER, Judith. So what are the Demands ?, Tidal : Occupy Theory, Occupy Strategy, Issue 2, [online], March 2012, pp. 8-11. [http://tidalmag.org/pdf/tidal2_spring-is-coming.pdf].

[4Voir : COLECTIVO SITUACIONES. Disquiet in the impasse, Turbulence, nº5, [online], December 2009. [http://turbulence.org.uk/turbulence-5/disquiet-in-the-impasse/]. COLECTIVO SITUACIONES. HOLDREN Nate and TOUZA Sebastián (translation). 19 & 20, Notes for a New Social Protagonism, New York/Wivenhoe, Minor Compositions, 2011.

[5Pour comprendre pourquoi j’ai choisi de mentionner « moment » plutôt que « mouvement », voir mon observation : NUNES, Rodrigo. The Global Moment : Seattle, Ten Years On, Radical Philosophy, Philosophical Journal of the Independent Left, [online], RP 159, Jan-Feb 2010. [http://www.radicalphilosophy.com/wp-content/files_mf/rp159_commentary1_globalmoment_nunes.pdf].

[6 GLADWELL, Malcolm. Small Change : Why the Revolution Will Not Be Tweeted, New Yorker, [online], October 4, 2010. [http://www.newyorker.com/magazine/2010/10/04/small-change-malcolm-gladwell].

[7Granovetter définit ainsi la force du lien social : « une combinaison (probablement linéaire) du temps passé ensemble, de l’intensité émotionnelle, de l’intimité (confiance mutuelle) et de la réciprocité des services qui caractérisent le lien. GRANOVETTER, Mark. The Strength of Weak Ties, American Journal of Sociology, 78 (6), 1973, 1361 p.

[8Bien que largement répandues, ces connaissances intuitives n’ont pas empêché Kurt Andersen de faire cette déduction. Voir : ANDERSEN, Kurt. The Protester, Time, [online], 14 December 2011. [http://content.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,2101745_2102132,00.htm].

[9Voir, par exemple, dans les récits suivants comment la « Révolution de jasmin » (Révolution tunisienne) s’est déroulée : RYAN, Yasmine. How Tunisia’s Revolution Began, Aljazeera, [online], 2011. [http://www.aljazeera.com/indepth/features/2011/01/2011126121815985483.html]. HOWARD, Philip N. and others. Opening Closed Regimes : What Was the Role of Social Media in the Arab Spring ?, Pitpi : Project on Information Technology & Political Islam, [online], 2011. [https://www.library.cornell.edu/colldev/mideast/Role%20of%20Social%20Media%20During%20the%20Arab%20Spring.pdf].

[10GHONIM, Wael. Revolution 2.0 : The Power of the People is Greater Than the People in Power : A Memoir, London, Fourth Estate, 2012, 320 p.

[11Une explication détaillée du processus d’organisation du mouvement 15-M entre février et mai 2011 a été publiée : RODRIGUEZ, Pablo. ¿Cómo se gestó el movimiento15-M ?, [en línea], 2011. [https://storify.com/pablobuentes/que-es-y-como-se-gesto-el-movimiento-15m]. Plusieurs récits complets rendent compte du commencement du mouvement Occupy Wall Street dans le parc Zuccotti : SLEDGE, Matt. Reawakening the Radical Imagination : the Origins of Occupy Wall Street, Huffington Post, [online], October 11, 2011. [http://www.huffingtonpost.com/2011/11/10/occupy-wall-street-origins_n_1083977.html]. KROLL, Andy. How Occupy Wall Street Really Got Started, Mother Jones, [online], October 17, 2011. [http://www.motherjones.com/politics/2011/10/occupy-wall-street-international-origins]. Comme le premier le résume, « le mouvement n’a pas pris une telle ampleur simplement parce qu’Adbusters […] a envoyé un message électronique, ou parce que les pirates informatiques du collectif Anonymous ont fait passer quelques tweets. Mais c’est parce qu’ il a fallut 47 jours à un groupe de 200 militants pour exposer les grandes lignes des règles de base, ce qui a donné à la manifestation toute son importance ».

[12BADIOU, Alain. Beyond Formalization. An Interview, BOSTEELS, B. and TOSCANO, A., Angelaki:Journal of the Theoretical Humanities, Volume 8, Issue 2, 2003, 120 p

[13MARAZZI, Christian. Maghreb e mercati finanziari : la logica del contagio, UniNomade, 2011. [http://www.uninomade.org/maghreb-e-mercati-finanziari-la-logica-del-contagio/].

[14Voir mon dictionnaire : NUNES, Rodrigo. Dictionary of Received Ideas (in the Interest of Passing Them On), Znet, A community of people committed to social change, [online], August 11, 2009. [https://zcomm.org/znetarticle/dictionary-of-received-ideas-in-the-interest-of-passing-them-on-by-rodrigo-nunes/].

[15À ce propos, voir : On Fairy Dust and Rupture, The Free Association, [online], May 2011. [http://freelyassociating.org/on-fairy-dust-and-rupture/].

[16MALABOU, Catherine. Who’s Afraid of Deleuzian Wolves ?, in PATTON, Paul. Deleuze : A Critical Reader, Oxford, Blackwell, 1996, pp. 114–138. Malabou et Juliette Simont ont affirmé qu’il n’y a pas grand-chose qui sépare Deleuze (et Guattari) de Hegel, bien moins que ce premier souhaiterait. Voir : SIMONT, Juliette. Essai sur la quantité, la qualité, la relation chez Kant, Hegel, Deleuze, Paris, Éd. de l’Harmattan, 1997, 426 p.

[17PÓR, Georges. How Revolution Carries Itself Forward by the Working Groups of Occupy, The Future of Occupy, [online], 2012. [http://thefutureofoccupy.org/members/coevolvingwithyou/].

[18LUCAS, Manuela. ¿A quién seguir esta primavera ? Un estudio en Twitter sobre la Spanish Revolución, Manuela Lucas, [en ligne], 2012. [http://www.manuelalucas.com/?p=53]. MARÍN MIRÓ, Óscar et al. 15 Octubre 2011 : mapas de la revolución global en Twitter, Paradigma, [en línea] , 2011. [https://www.paradigmadigital.com/dev/15-octubre-2011-mapas-de-la-revolucion-global-en-twitter/].

[19Ce modèle sans échelle a été introduit par le physicien Lázlo-Albert Barabási, pour n’en citer qu’un, en référence à la distribution de la loi de puissance des nœuds (et de la structure mandrin/longue traîne conséquente) caractéristique des réseaux les plus complexes que nous connaissons. Voir : BARABÁSI, Albert-László and Albert RÉKA. Emergence of Scaling in Random Networks, www.sciencemag.org, [online], Science, Vol. 286, 1999, p. 509-512. [http://barabasi.com/f/67.pdf].

[20La croissance (l’addition de nouveaux nœuds avec le temps) et l’accessoire préférentiel (la tendance de plus de nœuds connectés pour attirer encore plus de nœuds)sont les deux lois de base qui gouvernent la formation des réseaux sans échelle suivant le modèle préconisé par Barabási et son équipe.

[21SANCHÉZ CEDILLO, Raúl. El 15M como insurreción del cuerpo-máquina, Universidad Nómada, [en línea], 2012. [http://www.rebelion.org/noticia.php?id=145402].

[22DELEUZE, Gilles et Félix GUATTARI. Mille plateaux, Paris, Éd. de Minuit, 1980, p. 46-47 : « Sans doute n’y a-t-il pas plus d’égalité, pas moins de hiérarchie dans les meutes que dans les masses, mais ce ne sont pas les mêmes. Le chef de meute ou de bande joue coup par coup, il doit tout remettre en jeu à chaque coup, tandis que le chef de groupe ou de masse consolide et capitalise des acquis. »

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