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Dossier L’économie verte, la pauvreté et l’inégalité globale

Les impacts sur la planète du capitalisme mondial

, par MAHARAJH Rasigan , Rio+20 Portal

Ce texte a été traduit par Christine Correcher (traductrice bénévole pour Ritimo).

L’idée que la planète Terre est un système naturel complexe aux multiples interactions trouve un large écho dans la littérature. James Lovelock (1979) démontre clairement que tous les organismes biologiques et leur environnement organique sont étroitement liés pour former un système auto-régulé et complexe, nécessaire au maintien des conditions de vie sur Terre. Le concept s’est fait connaître sous le nom « d’Hypothèse Gaïa ». Cette théorie stipule que lorsque l’on porte atteinte à l’un des éléments du système, les autres réagissent en compensation et s’adaptent pour créer un nouvel équilibre. Alors que l’espèce humaine a en effet accumulé des compétences considérables grâce à la recherche, la science, la technologie, notre connaissance globale demeure incertaine et incomplète. L’humanité manque encore d’une grande théorie unifiée qui prenne en compte la totalité du système complexe de la vie sur Terre et au-delà.

S’inspirant de cet humble constat, la conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement de 1992, tenue à Rio de Janeiro et connue sous le nom de « Sommet de la Terre », a formulé son article 15 sous la forme d’un principe de précaution. Alors que l’humanité dispose de l’immense pouvoir d’altérer matériellement les réalités de la planète, ce potentiel est lui-même restreint par les limites de sa connaissance, ses capacités technologiques et sa compétence. Cette faiblesse s’oppose à la brutalité grandissante avec laquelle les machines d’Etat des élites nationalistes imposent leur propre agenda, à la poursuite de stratégies d’accumulation à court terme limitées, aux dépens d’une soutenabilité globale, et dans le cadre de relations de type « comprador » avec le capitalisme mondial.

Actuellement, la planète doit faire face à de multiples points critiques qui pourraient signer la fin de plusieurs écosystèmes du monde, avec des conséquences menaçantes pour la survie de tous. Selon une équipe internationale de scientifiques ayant examiné de nombreuses études interdisciplinaires sur les systèmes physiques et biologiques, neuf processus environnementaux ont été déterminés comme pouvant compromettre la vie humaine sur la planète (Stockholm Resilience Centre, 2009). Ces processus comprennent : la couche d’ozone stratosphérique, la biodiversité, la diffusion de produits chimiques, le changement climatique, l’acidification des océans, la consommation d’eau potable et le cycle hydrologique global, le changement d’utilisation des terres, les apports d’azote et de phosphore à la biosphère et aux océans, les émissions d’aérosols dans l’atmosphère.

Les limites de ces processus sont celles dans lesquelles l’humanité peut évoluer sans danger et sont indiquées par la partie verte dans le schéma 2. Sept de ces processus, bien que soumis au principe d’incertitude, ont leurs limites clairement établies par la science. Trois de ces limites – celles du changement climatique, de l’acidification des océans et de l’épuisement de l’ozone stratosphérique – représentent des points critiques, et les quatre autres marquent le début d’une dégradation irréversible. Les deux derniers processus, comprenant la pollution atmosphérique par les aérosols et la pollution chimique globale, n’ont pas de limites clairement identifiées, étant donné leur apparition récente et le manque de données à long terme.

Les changements actuels du climat et le changement climatique potentiellement irréversible impliquent la perte de terres cultivables, des conditions climatiques extrêmes, l’élévation du niveau des mers, le déplacement en masse de populations, la désertification et des bouleversements économiques et sociaux considérables. Des pénuries de ressources telles que l’eau potable, les forêts, les terres agricoles et la biodiversité se font lourdement ressentir. L’épuisement des réserves de pétrole et de gaz ont un impact direct sur la vie de milliards de personnes dans le monde et sur la fragile biosphère. Le paradigme de production actuel reste verrouillé à la dépendance aux combustibles fossiles, qui comprend le transport de longue distance, les systèmes de production industrielle et bien d’autres systèmes et marchandises. Ce système deviendra de plus en plus problématique et sera source de conflits face à la reconnaissance de la planète comme un système fini. L’extraction des richesses minières accumulées depuis des milliards d’années s’accélère avec les progrès de la science et de la technologie. Le résultat est que le stock des ressources planétaires s’épuise trop vite par rapport au temps nécessaire à la nature pour les produire, et tout cela sans considération pour les générations futures.

Les scientifiques s’accordent pour considérer que le réchauffement global est, en grande partie, le résultat de la concentration en hausse du dioxyde de carbone et d’ autres émissions de gaz à effet de serre. L’augmentation de ces émissions est causée par les activités humaines, principalement la combustion d’énergies fossiles et des changements dans l’utilisation des sols, comme l’agriculture et la déforestation. Le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat prévoit une augmentation de la température moyenne de surface située entre 1.1° et 6.4° d’ici 2100. Ce réchauffement, avec les effets associés en matière de précipitations, sécheresses, vagues de chaleur, et élévation du niveau de la mer, auront des conséquences incalculables sur les écosystèmes de la planète, la politique économique globale, la gouvernance et les relations sociales.

Selon l’Initiative Financière du PNUE (2011c), le coût environnemental annuel de l’activité humaine mondiale était de 6.6000 milliards de dollars en 2008, soit l’équivalent de 11% du PIB mondial. Il apparaît également que le coût des atteintes à l’environnement causées par les 3000 plus grandes entreprises dans le monde cotées en bourse avoisine les 2.15 000 milliards de dollars. Se basant sur ces chiffres surprenants, les experts estiment que plus de la moitié des bénéfices des sociétés pourraient être menacés par les coûts environnementaux dans un portefeuille d’actions calculé en fonction de l’indice MSCI All-country World.

Bill McKibben a défendu l’idée selon laquelle plus le dioxyde de carbone et autre gaz à effets de serre se dispersent dans l’atmosphère, plus les systèmes climatiques naturels portent atteinte à d’autres ressources naturelles vitales que sont les océans, les forêts et glaciers. Et comme tous ces éléments sont des composants de l’ensemble de la planète, toute atteinte à l’un d’entre eux entraîne des mécanismes de défense tels que l’augmentation des températures, l’instabilité pluviométrique, et l’ élévation du niveau de la mer, entre autres (2010). Il a été raisonnablement établi que l’atmosphère qui entoure notre Terre a une capacité d’absorption d’environ 5 milliards de tonnes ou gigatonnes (GT) de dioxyde de carbone (CO2). Sur cette base, il a été suggéré de contraindre les besoins de développement global à des contrôles d’émissions, à partir d’approximations calquées sur la réalité.

Dans une étude récente, Campanale et Legget estiment qu’en 2011, le monde a déjà utilisé plus d’un tiers de son budget carbone de 50 ans qui est de 886GtCO2, ce qui laisse 565GtCO2 (2011). Leur recherche a aussi calculé que les réserves prouvées détenues par des sociétés privées et publiques ainsi que les gouvernements sont équivalentes à 2795 GtCO2.Les réserves de combustibles fossiles appartenant aux 1008 plus importantes compagnies de charbon, du pétrole et du gaz représentent un total d’émissions de 745GtCO2. Cela implique donc que seulement 20% des réserves totales peuvent être brûlées sans relâche, laissant jusqu’à 80% de ressources techniquement « non-combustibles ». Ces résultats empiriques, confirment le besoin d’un changement radical, tout comme les propos du militant Bill McKibben qui a affirmé que les émissions de carbone issues de toutes les formes d’énergie ont déjà atteint 21.2GT en 1990 (2010). McKibben prévoit que les émissions vont augmenter de façon inquiétante jusqu’à atteindre 42.4Gt d’ici 2035, ce qui représente une augmentation de 100% en moins d’un demi-siècle (op cité).

En résumé, alors que l’humanité commence à prendre conscience des limites de la planète à l’abriter, notre espèce continue son expansion à la fois en termes de population et de besoins de développement. Le système du capitalisme global s’étend sur toute la planète et est marqué par un modèle de développement inégal et combiné. Les inégalités qui en résultent, marginalisation et exclusion, exigent une réévaluation radicale de certains aspects de notre vie caractérisant nos paradigmes sociaux, économiques et politiques, alors que nous sommes à la veille d’une catastrophe écologique que nous avons provoquée. Faire converger les niveaux de vie entre les pays les plus développés et ceux des zones du monde se développant rapidement (OCDE & BRICS/G20) va exercer une pression supplémentaire sur les seuils planétaires, alors que la grande majorité des pays reste à l’écart du champ des bénéfices. Des changements significatifs sont nécessaires même si cette demande sera encore considérée comme impossible. Une économie verte progressive pourrait toutefois représenter une voie transitoire, éloignée de la logique d’accumulation du capitalisme mondial.

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