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Dossier Élections municipales, européennes, départementales et régionales 2014-2015 : l’immigration au cœur du débat politique

Les élections européennes

, par ASIAD , M’BODJE Mamadou

Il y a presque trente ans, le 17 juin 1984, à l’occasion des européennes, le Front national de Jean-Marie Le Pen faisait une entrée fracassante sur la scène électorale française : 10,95% ! On parlait à l’époque d’un séisme. Aujourd’hui, le FN, désormais conduit par Marine Le Pen, obtiendrait 20% des voix dans un scrutin de même nature, selon un sondage réalisé par l’Ifop pour « le Nouvel Observateur ». C’est un événement de première importance.

Dans les intentions de vote, jamais -ou presque- le parti d’extrême droite n’avait été aussi haut. Il multiplie par quatre sa performance des européennes de 2009. Surtout, on estime partout qu’il s’impose désormais comme le premier parti de France, nettement devant l’UMP et le PS. Ce qui n’était avant qu’un slogan est entrain de devenir une réalité. Les grands partis de gouvernement sont en crise. La dynamique est du côté du FN, et l’on voit mal ce qui, d’ici les élections pourraient venir la freiner. Un sondage d’intentions de vote n’est pas une prévision. Il donne le rapport de forces sur la ligne de départ. Il ne prend pas en compte les phénomènes de mobilisation des différents électorats. Il dit toutefois la tendance qui n’est d’ailleurs pas propre à la France. A droite toute, hors des cadres habituels de la politique !

Reste une grande confusion dans les débats pendant la campagne ; ils se ressemblaient et portaient sur les mêmes thématiques : immigration, islam, communautarisme, identité, …

Une vague de fond extrémiste portait les deux campagnes sur la peur de l’immigration, la crise identitaire et la récession. Jamais le terrain n’avait été aussi propice à l’idéologie ultra-nationaliste et anti-européenne. Où était la société civile : associations, syndicats, etc ? Où était le peuple de gauche ? Où étaient les partis de gauche ?

Dans cette inertie face à la progression du FN, un autre élément était ajouté par le sondage pour la compréhension de la percée frontiste. En fait, le parti de Marine Le Pen n’avait pas attendu l’arrivée de François Hollande à l’Élysée pour grimper au sommet. Durant cinq ans, Nicolas Sarkozy l’y avait considérablement aidé. Reste tout de même que l’alternance de 2012 offrait au FN un statut que ni le Front de gauche, ni Europe écologie les verts, n’étaient en mesure de lui discuter. En devenant l’unique force démagogue de contestation radicale et crédible sur la scène politique française, le parti d’extrême droite cessait d’être un simple élément de perturbation. Le FN ne brouillait plus les cartes comme aimait tant le faire Jean-Marie Le Pen, il les redistribuait.

Cela joue d’abord sur l’électorat. Quand l’Ifop avait réalisé sa précédente enquête en mai 2013, l’essentiel de la progression Lepéniste venait de la droite classique. Aujourd’hui le FN obtient ses principaux gains dans trois catégories : les personnes âgées, où il était jusqu’ici assez faible, les ouvriers, qui sont désormais presque un sur deux à le choisir, et enfin, les anciens électeurs de François Hollande. Ce dernier apport n’était pas considérable (11% des hollandais du premier tour de la présidentielle voulaient voter FN aux prochaines européennes), mais il était en nette progression (3% en mai 2013). Il serait donc faux de dire que le nouveau succès du FN devait tout à la gauche, il fallait bien constater que son pouvoir d’attraction était désormais sans limite. Puisque la crise perdure en dépit de l’alternance, le Front national était capable de convaincre, bien au-delà de ses clientèles habituelles, que le clivage gauche-droite était à présent dépassé. Fallait-il s’étonner que cet argument-là trouve autant d’écho lorsqu’il s’appliquait à la politique européenne ?

Le FN maître du jeu

La pression frontiste n’était encore que sondagiste. Cela suffisait toutefois à faire « turbuler le système », comme disait autrefois Jean-Pierre Chevènement, sans mesurer alors que ladite turbulence était celle du 21 avril 2002… C’est à cette aune qu’il fallait comprendre les saillies de Fillon sur « les sectaires » et celles de Valls sur les Roms en mal d’intégration. A droite comme à gauche, il y avait de l’affolement dans l’air. On bougeait, on testait, on expérimentait. A l’UMP, c’était la question des alliances qui dominait le débat. Au PS, c’était davantage celle de la ligne gouvernementale. Dans ces deux grands partis de gouvernement, le réel se vengeait, faute de clarté sur la ligne suivie depuis la dernière alternance. Fillon, après avoir enterré définitivement le front républicain, avait fini par reconnaître « une maladresse » d’expression tandis que Valls avouait « un regret ». Tout cela montrait un immense embarras et un brin d’impuissance. Le FN était sorti de son pré carré.

Comme le disait souvent Manuel Valls (à l’époque ministre de l’Intérieur) en privé, il opérait une séduction nouvelle sur ces classes moyennes qui faisaient le gros des troupes du PS et de l’UMP. Le cocktail de l’insécurité et de l’overdose fiscale était d’abord celui d’une crise qui imposait sa rigueur et rejaillissait à présent sur un système politique contesté dans sa légitimité même.

Cependant, même si l’abstention est forte, les européennes conservent une force symbolique qui explique la puissance de leur impact. Celles de 2014 avaient d’ores et déjà valeur de test grandeur nature, au milieu d’un mandat que Hollande avait d’ailleurs partagé en deux : d’abord la reconstruction, ensuite la reconquête. Le score du FN aux européennes, la nature de sa domination sur le jeu politique hexagonal ne relèveraient donc pas de la seule expérimentation. Le sondage de l’Ifop était un avertissement qui disait la possibilité d’un grand basculement de la démocratie française. Si le FN arrivait en tête, il ne se contenterait plus d’irriguer le débat public de ses thèmes délétères. La recomposition des forces politiques, immanquablement, se ferait à partir de lui, et il serait alors impossible de ne pas se poser la question légitime d’un système représentatif qui n’accorderait que peu de parlementaires à un parti devenu le premier de France.

En attendant le scrutin des européennes, il se déroulait dans le Var (Brignoles), une cantonale partielle (dimanche 13 octobre 2013) que le FN remportait avec 53,9% de voix, infligeant un camouflet au PS et à l’UMP. Le scrutin local, sonnait comme un message national car la gauche était éliminée au premier tour et la droite battue au second. A qui la faute ? Il est plus facile d’accuser les autres que de s’accuser soi-même. Mais, à gauche comme à droite, il ne serait pas inutile de méditer le message adressé par les électeurs varois. Une explication rassurante consistait à mettre la victoire du FN sur le compte de l’abstention. Peut-être, mais le fait que les électeurs PS et UMP se soient dispensés d’aller voter tandis que l’électorat FN accomplissait son « devoir citoyen » était un signe en soi. Ceux qui prenaient le temps de se rendre aux urnes pour élire un conseiller général, jugeaient qu’on pouvait encore changer les choses. Les autre exprimaient peut-être leur lassitude et leur désarroi.

A cette aune, on comprend les électeurs de gauche. François Hollande leur avaient fait miroiter de grands bonheurs, ce qu’ils découvraient n’était apparemment pas à la hauteur des promesses. Pas de baguette magique, pas de miracles, comme si le président était rattrapé par une sorte de réalité, condamné à promettre que la descente aux enfers, un jour peut-être, cesserait. Mais que ce n’était pas sûr. On connaît meilleurs arguments électoraux.

Les leçons du scrutin de Brignolles n’épargneront pas la droite non plus. Qu’un candidat FN soit élu au second tour face à un candidat UMP, lequel bénéficiait de l’appel au « front républicain » ne laissera pantois que ceux qui ne mesurent pas assez l’exaspération d’une partie de l’opinion publique. Le FN se trompait ? Peut-être, mais il gagnait. Et ses électeurs reprochaient à la droite d’avoir sans cesse honte d’elle même et de vivre sous le magistère de la gauche. Ce simple constat devrait suffire au PS et à l’UMP pour qu’ils engagent l’un et l’autre leur grande révolution culturelle. On imagine mal les socialistes trouver en eux-mêmes l’audace politique nécessaire. Reste l’UMP, dont les électeurs attendent qu’il parle haut et fort. Ils ne lui reprocheront pas ; à Brignoles comme ailleurs.

Les socialistes et l’immigration

Pendant la campagne (pour les deux élections d’ailleurs), nous avons vu comment l’affaire Léonarda, qui divisait les socialistes, avait révélé aussi leur manque de réflexion en matière de politique migratoire. La séquence a été dévastatrice pour le président de la République et sa majorité. Cette affaire, attisée par une frange du bureau national du PS, amplifiée par les querelles gouvernementales et agitée dans la rue par les lycéens, avait mis au jour les divisions profondes qui traversaient la gauche sur la question de l’immigration. Car, plus que l’histoire de la jeune Kosovar et de sa famille -au dossier administratif très complexe- et plus que la guerre froide entre les membres du gouvernement, c’était l’impensé socialiste devant un sujet de société majeur qui était frappant. Un vide illustré par la déclaration de François Hollande s’essayant à une nouvelle synthèse entre les humanistes et les chantres de la fermeté sur le seul cas de Léonarda et sans esquisser une politique migratoire.

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Manifestation contre les expulsions forcées, Journée internationale des Roms, 6 avril 2013. Photo : Erwan Deverre.

Certes, le chef de l’Etat avait sanctuarisé l’école. Il avait également conforté la ligne de son ministre de l’Intérieur. Mais l’application de la loi de la République, même avec humanité et cœur, ne pouvait suffire. Faute d’avoir élaboré une réflexion, malgré dix ans d’opposition, la gauche de gouvernement était restée enfermée dans le débat caricatural régularisation-expulsion. Ainsi, la question de la régularisation des enfants scolarisés et de leurs familles sans-papiers restait entière, comme celle du statut de résident ou de l’accès à la nationalité des jeunes arrivés tôt en France ; ne parlons même plus du droit de vote des étrangers extra-communautaires.

La gauche et notamment le PS, subissaient pendant ces élections les années de carence et de flottement, qui sont les résultats de leur manque de réflexion en matière de politique migratoire.

En effet, à cette absence de réflexion s’était ajouté un immense fossé entre le PS, les autres composantes de la gauche et la plupart des associations de défense des étrangers : beaucoup de hiérarques socialistes avaient gardé un souvenir amer du bras de fer qui avait amené Lionel Jospin à régulariser 80.000 sans-papiers en 1997 sous la pression de militants associatifs ; chez ces derniers s’était installée la conviction que les leaders du PS avaient régularisés sans être convaincus. Ce climat de défiance prospère depuis dix ans, sur fond de gestion par Nicolas Sarkozy de l’immigration par le seul prisme comptable. Un débat binaire expulsion-régularisation s’était imposé sous le regard souriant et moqueur du FN. Il était simplement ridicule d’enfermer un sujet aussi complexe sur cette opposition. On voyait là un des leviers de l’affaire Léonarda, où les conditions de l’éloignement l’ont emporté sur les raisons du rejet de son droit au séjour. Si la symbolique de l’environnement scolaire « violé » avait joué à plein, l’expulsion avait elle réveillé cette amertume de la fin des années 90, des voix s’élevant pour défendre l’idée d’une régularisation plus large que celle annoncée par le gouvernement, environ 30.000 en 2013.

Des associations comme Réseau Education Sans Frontières (RESF) avaient souhaité à l’époque que les critères de la circulaire Valls soient moins sévères pour les sans-papiers ayant des enfants à l’école : deux ans de scolarisation au lieu des trois exigés. C’était déjà pour cette raison que les opposants de gauche à Valls avaient ferraillé lors de sa nomination à l’Intérieur, demandant que l’immigration ne rentre pas dans ses attributions, par crainte d’une approche trop sécuritaire et chiffrée. Les fantômes que Léonarda avait réveillés.

Mais tous les spécialistes de l’immigration le disent : les flux migratoires de clandestins sont globalement stables en France, sous la gauche comme sous la droite -hors régularisations exceptionnelles sous Mitterrand en 1981 ou Jospin en 1997-. Même un Sarkozy se glorifiant d’expulser à tour de bras régularisait discrètement. A l’inverse, Valls, redoutant un procès en laxisme, se félicitait de sa « fermeté » en matière d’expulsions alors que son bilan 2013 (environ 20.000 reconduites) serait plus faible qu’en 2012, et semblable à ceux des trois ou quatre années précédentes. Prendre l’immigration par le biais du binôme régularisations-expulsions, c’est donc sauter à pieds joints dans l’instrumentalisation politique, ce qu’avait fait une partie du PS d’une façon un peu datée.

On remarquera que cette absence de travail sur l’immigration s’était aussi traduite dans la campagne présidentielle de Hollande, dont la seule promesse concernait les régularisations « au cas par cas », « sur des critères clairs ». Il s’est retrouvé depuis, à se justifier sur un cas individuel sans développer le moindre discours sur l’immigration, sinon à l’associer seulement à « la fermeté de la loi » et à « la sécurité ». Pas une fois pendant la campagne, il n’a prononcé le mot « intégration » -ou « politique sociale de l’immigration », tant on sait que les immigrés sont regroupés dans des quartiers abandonnés par l’État- et n’avait que brièvement évoqué le droit d’asile. Il n’imaginait cependant pas que la réforme de l’asile, lancée début septembre 2013, ne sera pas mise en œuvre avant longtemps, puisque, comme l’importante réforme des titres de séjour (entre 160.000 et 180.000 étrangers viennent légalement s’installer en France chaque année), la première loi socialiste sur le sujet ne sera pas votée avant les élections, et même pas en 2014. Le droit de vote des étrangers avait, lui, été remisé aux oubliettes en début de quinquennat. Seuls les progrès en matière de naturalisation sont déjà notables : + 14% en un an. Mais faute d’avoir réfléchi à ces dossiers, il était beaucoup plus facile de défendre Léonarda.

Tous les débats ont tourné autour de l’immigration pendant les deux élections, alors que la question méritait d’être abordée dans la sérénité. Mais l’a-t-elle jamais été ? Elle revient à chaque élection, sous la pression d’événements dramatiques ou d’histoires particulières : les drames de Lampedusa ou le sort de Léonarda. Les débats s’enflamment, le FN s’obstinant à souffler sur les braises, sans qu’aucun parti politique ne soit capable d’amener les débats vers une réflexion sur une politique migratoire claire, évitant les amalgames et les à peu près approximatifs. En clair, ce sur quoi le PS faisait des promesses, en proposant d’agir sur tous les leviers d’une véritable politique migratoire : aider au développement des pays du Sud à partir d’un cadre partenariat concerté, travailler à la paix dans les régions de départ, lutte contre les trafiquants d’êtres humains, accompagner les migrants installés en France par le logement, l’éducation, l’emploi… Dresser un état des lieux permettant de mesurer l’apport positif des migrants dans la vie sociale, économique, culturelle de la France, etc.

Aussi, les débats sur l’immigration ne devraient pas minimiser l’inquiétude des français « de souche », comme diraient certains, qui voient autour d’eux la société changer, l’étranger lointain devenir très proche, les cultures se côtoyer, se heurter parfois. Il importerait d’entendre leurs interrogations, de répondre à leurs peurs, sans se laisser prendre dans le piège des discours imposés par l’extrême droite portant sur des chiffres de l’immigration qui ne correspondent à aucune étude respectable. D’autant qu’engager les débats sur les chiffres de l’immigration reste une erreur à ne pas commettre. Trop souvent les personnes qui s’expriment sur le sujet dans la classe politique et les médias sont rarement des spécialistes de la démographie et ne maîtrisent pas les données qu’ils utilisent. Quant aux chercheurs compétents, ils sont peu nombreux et interviennent peu par peur d’être associés à une ligne politique.

Mais le plus gros problème, c’est qu’il n’y a tout simplement pas de chiffres ! Calculer le solde migratoire de la France est impossible. Ce chiffre est issu théoriquement de la combinaison de trois éléments : le solde migratoire des personnes extra-européennes, le solde migratoire des Européens et le solde migratoire des Français. Le solde migratoire des extra-Européens est déjà impossible à mesurer. Il est le fruit de trois composants : les séjours légaux longs, les séjours légaux courts et les séjours illégaux. Pour les premiers, c’est-à-dire les migrations relevant de la procédure des permis de séjour, nous ne disposons que d’une seule donnée, les entrées légales… pas les sorties. Pour les séjours légaux courts, le solde migratoire doit être nul. Dans les faits, ce n’est pas le cas. Il reste enfin le solde migratoire des personnes entrées illégalement sur le territoire français, que par définition, on ne connaît pas.

Concernant le solde migratoire des Européens, le flou est encore plus grand. Il n’y a aucune donnée sur les entrées sur le territoire. Et le solde migratoire des Français est tout aussi flou, n’étant pas tenus de se déclarer lorsqu’ils quittent le territoire ou lorsqu’ils reviennent. Cela permet à n’importe qui de dire n’importe quoi, pendant et hors campagnes électorales. Pourtant le sujet continue de partager les socialistes entre les tenants d’une ligne de fermeté et ceux d’une ligne plus souple, alors qu’un tour d’horizon sur l’immigration en France, permet de voir que la politique en la matière et les politiques menées pour la réguler ont peu évolué ces dernières années.

La stabilité des flux et la variabilité des origines

On nous présente, surtout au moment des élections, l’immigration de manière statique avec un nombre d’entrants sur le territoire, plus précisément par le nombre de premiers titres de séjour délivrés (193.000 en 2012, 191.346 en 2011, 189.360 en 2010…). Or, le phénomène migratoire est un flux à deux sens, avec des arrivées, mais aussi des départs. S’il est vrai que depuis vingt ans, la France accueille chaque année, avec assez peu de variation, environ 200.000 migrants, on oublie souvent de préciser que 100.000 repartent dans leur pays dans le même temps.

Il faut donc considérer qu’environ 100.000 étrangers viennent s’ajouter à la population chaque année. Cette situation est loin de faire de la France un très grand pays d’immigration, contrairement aux discours tenus pendant les élections européennes, puisque la plupart des pays comparables en Europe font plus : 400.000 entrées par an pour la Grande-Bretagne, 220.000 pour l’Italie, l’Espagne ou l‘Allemagne.

En revanche, les migrants eux, ont changé. Aujourd’hui, plus d’un immigré sur deux est une femme, alors qu’avant 1974 elles ne représentaient que 16% des flux. Les pays d’origine ont considérablement variés, même si ceux historiquement liés à l’hexagone sont encore bien représentés. Ainsi en 1982, l’Espagne, le Portugal et l’Algérie étaient les mieux représentés. Aujourd’hui, ce sont l’Algérie, le Maroc et la Chine qui occupent la tête du classement. Parallèlement, la grande précarité touche une part grandissante des migrants. Les étrangers sont désormais majoritaires parmi les appelants au 115 et près de 17000 ressortissants européens de culture rom vivent aujourd’hui dans les bidonvilles.

Malgré ces éléments qui donnent à réfléchir à une politique migratoire fiable et respectant les droits fondamentaux, les débats ont tourné autour de l’affaire Léonarda, les frontières, Lampedusa, la laïcité, les musulmans, l’affaire de la crèche Baby-loup concernant une éducatrice de jeunes enfants, licenciée en 2008 par la structure de droit privé, car elle refusait de quitter son voile islamique. Sur cette affaire, en juin 2014, la Cour de cassation, plus haute juridiction française, tranchera en validant le licenciement… Cela ne calmera nullement les propos des candidats aux élections, bien au contraire. On voit même l’émergence d’une nouvelle vision de la laïcité qui serait liberticide, d’autant que les discours des extrêmes, mais aussi de la gauche et de la droite comme si la présence de la religion musulmane en France était désormais jugée insupportable.

Dans les faits, il n’y avait rien de nouveau dans cette posture radicale car, en faisant un retour dans l’histoire, on voit que depuis 1945 et la décolonisation, l’identité française s’est reconstruite dans un sens européocentrisme, mais tout aussi anti-islamique. On pourrait considérer que les candidatures à l’Union européenne, il y a quelques années en étaient un des derniers témoignages. Alors que la candidature de la Grèce, à l’époque, n’avait pas suscité de réticence pour des raisons évidentes, la candidature de deux pays de population islamique soulevait une objection bien qu’inavouable sur la scène diplomatique. Le nationalisme doctrinaire français lui-même montrait une intéressante évolution du point d’ancrage des exclusions et des dénis. De 1890 à 1945, étaient exclus dans cette tradition doctrinale ceux qui venaient d’outre-frontière et ceux qui n’avaient pas de racine « chrétienne » : les juifs. L’autre commençait de l’autre côté du Rhin, des Alpes, des Pyrénées, de la Manche et en dehors de l’Église ou du Temple. Aujourd’hui, pour les nationalistes doctrinaires français, les autres sont d’abord ceux qui ne sont pas européens.

Les autres, dans cette tradition, étaient également ceux qui n’avaient pas de passé judéo-chrétien : l’existence d’Israël a fait, après 1948, des Juifs des diffuseurs de l’Occident pour l’opinion moyenne, malgré des restes d’antisémitisme dans quelques groupes d’idéologues. L’altérité des étrangers européens, en revanche, n’est plus proclamée ou ressentie, sauf quand il s’agit des Roms.

Ce virage européocentrisme dans les politiques publiques et l’imaginaire idéologique compliquait déjà les relations avec l’immigration musulmane en France et rendait difficile pour la France, pratiquement et symboliquement, la question de la situation post-coloniale dont cette immigration est une butte témoin et un baromètre sensible, d’autant que les immigrations maghrébines et africaines ont afflué préférentiellement en France du fait des liens créés par la situation coloniale.

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Bibliographie :

BAZIN François : Elections européennes : Le sondage qui fait peur, Le Nouvel Observateur, n° 2553, 10 octobre 2013

BRETTON Laure et TASSEL Fabrice : Immigration : La gauche se désintègre, Libération, Lundi 21 octobre 2013

BEAUNE Colette : Naissance de la nation française, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 1986

FRANCOIS Jean-Baptiste et PEIRON Denis : Qui sont les migrants en France aujourd’hui ?, La Croix, Mercredi 23 octobre 2013

COLOMBANI Jean-Marie : Peut-on compter les immigrés ?, Direct matin, n°1595, Mardi 2 décembre 2014

KRULIC Joseph : L’immigration et l’identité de la France : mythes et réalités, Pouvoirs, Puf, 1988

LIMBERT (du) Paul-Henri : Scrutin local, message national, Le Figaro, Lundi 14 octobre 2013

Voir aussi, les sites : Migreurop www.migreurop.org et Eurostat : « ec.europa.eu » : population, démographie, migration, projections.

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