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Dossier Introduction

Les défis indiens... Quel modèle de développement ?

, par CRISLA , LE SANN Alain

Le XXI° siècle sera-t-il indien, comme le prophétise Pawan K. Varma dans un essai publié par Actes Sud en 2005 ? Si la réponse est incertaine, la question mérite au moins d’être posée. La puissance indienne est loin d’atteindre celle de la Chine mais certains lui prédisent pour 2050 la 3° place dans le monde, derrière la Chine et les Etats Unis. Elle sera certainement la première puissance démographique, passant de 1,1 milliards en 2000 à 1,6 milliards en 2050.

L’étude de l’Inde, de son histoire, sa culture, sa géographie et son économie est pratiquement absente de l’enseignement secondaire en France ; il faudra donc faire un effort pour élargir nos connaissances et sortir de nos clichés.

L’économie s’insère dans la mondialisation

L’inde a amorcé son grand virage en 1991 quand elle a remis radicalement en cause la voie indienne autocentrée, fondée sur l’industrie et une économie mixte, largement contrôlée par l’Etat. Le pays fait alors le choix de l’insertion dans la mondialisation et connaît une croissance rapide de plus de 6% par an dans les années 1990. En 1970, le secteur agricole est encore majoritaire dans le PIB ; en 2005, il est passé au 3° rang, tandis que le secteur des services assure 49% du PIB pour 28% de l’emploi. Le pays est encore peu présent sur les marchés mondiaux mais la poursuite du processus d’ouverture, l’émergence de multinationales indiennes vont donner un poids considérable à l’économie indienne dans le monde. Cette influence sera de plus en plus déterminante sur les pays développés, cependant, plus encore que la Chine, l’Inde va s’appuyer sur sa longue tradition de pays non-aligné, ainsi que sur sa puissante diaspora pour influencer les pays du Sud. Toutefois, la vigueur de sa croissance ne lui a pas encore permis de faire sortir de la misère une grande partie de sa population.

Les défis de la démocratie

A la différence de la Chine, l’Inde dispose d’un cadre démocratique solide, ancré dans une tradition ancienne du débat. Cette démocratie turbulente favorise une presse de grande qualité et l’émergence de puissants mouvements sociaux. Ces mouvements s’appuient sur des masses de population confrontées aux réalités difficiles de la mondialisation, inspirées par des leaders de grande qualité, souvent anglophones. Ces leaders indiens exercent donc une influence considérable dans la galaxie des ONG, encore accentuée par la maîtrise d’Internet. Ces leaders ont même réussi à s’appuyer sur l’un des aspects les plus odieux du système social indien, les castes, pour développer une politique de discrimination positive efficace. Paradoxalement, certaines castes privilégiées souhaitent aujourd’hui accéder au statut de castes défavorisées. Bien sûr, « l’Inde qui brille » n’échappe pas à la tentation du nationalisme extrémiste des hindouistes du BJP, mais, dans l’ensemble le pluralisme religieux résiste à la poussée des communautarismes. La question la plus difficile, au moins dans certains Etats conservateurs du Nord du Pays, reste celle du statut des femmes. L’Inde connaît un grave déficit de femmes : 933 femmes pour 1000 hommes. En milieu rural, 21% des femmes sont alphabétisées, plus de 50% des femmes sont anémiées. Malgré cela, dans certains états comme le Kérala, le statut des femmes s’est fortement amélioré, la mortalité est faible, le niveau d’éducation très élevé et des mouvements féministes populaires imposent la présence de femmes dans la vie publique et les lieux de pouvoir. Immense et diverse, il est difficile de réduire l’Inde au cliché des femmes sacrifiées.

L’environnement en péril

L’essor économique et la politique d’ouverture à la mondialisation mettent l’Inde face à de nouveaux défis. Ils concernent principalement l’environnement, qu’il soit rural ou urbain. L’Inde doit faire face à l’essoufflement de sa révolution verte. Celle-ci a permis d’accroître considérablement de nombreuses productions (lait, céréales) mais en sacrifiant les légumineuses, essentielles pour des régimes souvent végétariens. L’Inde doit produire de quoi nourrir 500 millions d’habitants de plus sur son territoire fortement peuplé, sans nouvelles terres à défricher. C’est l’une des raisons de l’importance du débat sur les OGM. Bon nombre de paysans y sont favorables tandis que d’autres y sont violemment hostiles. Le débat se focalise en particulier sur le coton OGM, accusé de mener les paysans à la ruine ou au suicide dans certaines régions.

L’Inde est aussi confrontée à la pénurie d’eau, nécessaire à la fois pour l’agriculture et l’alimentation des villes. Les ONG indiennes, comme le CSE de Delhi, ont été des précurseurs dans la promotion des techniques de collecte de l’eau, aussi bien en ville que dans les villages. Cette politique présente une alternative aux grands projets de barrages (135 barrages sur la Narmada). La pression démographique met aussi en danger la riche biodiversité indienne symbolisée par les tigres ou les éléphants. Comment faire coexister le tigre et des paysans assoiffés d’eau, de terre et de bois ?

A la recherche d’un nouveau modèle de développement

L’Inde, le pays de 600 000 villages est aussi en train de devenir le pays des mégapoles tentaculaires. Ces villes concentrent tous les problèmes des pays développés (embouteillages) et ceux des pays du Sud, avec leurs taudis et leurs immenses bidonvilles.

A la campagne comme à la ville, les Indiens sont condamnés à inventer des approches nouvelles pour construire un développement durable, apte à répondre aux besoins d’une société pressée de sortir de la misère. Dans la recherche de ces solutions, les mouvements sociaux et les élites indiennes vont de plus en plus interroger et contester les modes de vie énergivores des pays développés. Comment peuvent-ils accepter de limiter leurs émissions de CO2 quand elles s’élèvent à 1,2 T/habitant en 2004 pour 20,6 aux Etats Unis ? Comment peuvent-ils accepter que de 1990 à 2004, les émissions par habitant aux Etats Unis croissent de 1,3 T soit plus que leurs émissions en 2004 ? Le poids des Indiens pèsera de plus en plus lourd dans le débat sur le partage des ressources mondiales.

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