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Les Applis de l’occupation

, par Jacobin Magazine

Cet article de Helga Tawil-Souria été traduit de l’anglais au français par Isabelle Breton et Manuela Geneix, traductrices bénévoles pour Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de Jacobin Magazine : Occupation Apps.

Par Helga Tawil-Souri.

Les nouvelles applications et les services pour téléphones portables destinés aux Palestiniens seraient, dit-on, libérateurs. Mais ils sont davantage un moyen pour les capitalistes de tirer profit de l’occupation.

Envoyez "Q" au 37117 depuis un téléphone portable de l’opérateur Jawwal et vous recevrez une brève mise à jour des conditions de circulation au point de contrôle de Qalandia.

Cela semble relativement utile puisque Qalandia reste le point de contrôle le plus chargé de Cisjordanie, traversé quotidiennement par des dizaines de milliers de Palestiniens. Le point de contrôle a été créé en 2001, il est occupé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 par l’armée israélienne depuis fin 2002 et a été transformé en point de contrôle fixe en 2005.

Du point de vue de l’armée, l’installation est un passage de frontière, ce qui est manifestement incohérent avec le fait qu’Israël n’a toujours pas déclaré où se trouvent ses frontières. Qalandia relie la Cisjordanie du centre et du nord - dont les villes de Ramallah et Naplouse - à Jérusalem et à d’autres villes en Israël. Cependant, il ne se situe sur aucune frontière : Qalandia se trouve du côté palestinien de la "ligne verte" et sépare les Palestiniens du sud de la Cisjordanie, ceux qui vivent par exemple à Bethléem, Jéricho ou Hébron, des régions plus au nord.

Qalandia met en oeuvre avec énergie les technologies sécuritaires d’Israël. Entrée par des passerelles grillagées, passage par des tourniquets contrôlés à distance, contrôle automatisé des cartes d’identité magnétiques, présentation des papiers face à une glace sans tain et contrôle des personnes et de leurs biens par plusieurs machines de détection : Les rapports entre les piétons palestiniens et les militaires israéliens sont presque exclusivement virtuels et abstraits. La communication se fait à sens unique, via un haut-parleur.

C’est un petit peu plus personnel pour ceux qui traversent en bus ou en voiture privée : entre les barricades contrôlées à distance, les clôtures en barbelés et les portes métalliques de 2,5 mètres de haut construites à même la barrière de sécurité, ils peuvent avoir l’occasion de se faire interroger par des soldats, la patrouille aux frontières, la police ou des gardes privés.

Face à l’ordre impeccable de la “sécurité” on trouve un environnement chaotique de coups de klaxons, d’injures, de bagarres, de marchands ambulants, de corps (principalement masculins) pressés les uns contre les autres et contre les clôtures métalliques, de poussière, de tasses en plastique usagées, de graffitis en couches superposées, de morceaux de murs, de barricades et de clôtures, de mégots et de gaz d’échappement.

Il est donc commode pour les personnes équipées d’un téléphone Jawwal qui font le trajet quotidiennement, de savoir si le passage va prendre une ou trois heures.
Les experts en technologie, les entrepreneurs et les journalistes présentent les nouveautés telles que le service Q comme source de liberté pour les Palestiniens. Le service Jawwal est le dernier arrivé dans le jeu des applis mobiles ciblant la mobilité des Palestiniens.

En 2010, un service d’envoi de sms appelé Ezma - bouchon en arabe - permettait aux utilisateurs de téléphones portables d’envoyer et de recevoir des messages sur les conditions de circulation dans l’ensemble de la Cisjordanie. Il a été récemment lancé dans la bande de Gaza une application du style d’Uber appelée Wasselni ("emmène-moi" en arabe), qui permet aux utilisateurs de trouver d’autres personnes pour partager un taxi. Quant à elle, Q, proposée par le premier et le plus important opérateur mobile palestinien, Jawwal (mot arabe signifiant téléphone portable), cible uniquement le marché de niche qu’est le point de contrôle.

L’application arrive relativement tard sur le marché ; un groupe Facebook appelé Qalandia Conditions, lancé début 2012, repose sur le partage d’expérience de ses membres sur la circulation et leur permet de poster des mises à jour, des photos, des vidéos ou des blagues et d’exprimer leurs frustrations.

Il y a des différences technologiques et économiques entre ces initiatives. Ezma est accessible aux utilisateurs de téléphones portables ; Q l’est uniquement à ceux qui utilisent l’opérateur Jawwal. Wasselni est l’aboutissement du Gaza Sky Geeks, une structure fondée par plusieurs ONG occidentales dont la finalité est de renforcer l’esprit d’entreprise technologique dans la bande de Gaza.

Ezma, société à but lucratif, est née lors d’un "Week end pour les Start Up", organisé par le Centre Peres pour la paix qui se targue de rassembler des entrepreneurs et programmeurs israéliens et quelques Palestiniens sélectionnés, dans le but d’aboutir à la création de coentreprises. Qalandia Conditions en revanche est issu de la base et ne recherche ni financement ni revenu.

Il est clair que toutes ces initiatives prouvent l’esprit d’entreprise des Palestiniens, qu’elles révèlent la diffusion de plus en plus large des technologies mobiles au sein de la société, qu’elles répondent à un désir de normalité parmi les Palestiniens et qu’elles témoignent de la créativité des Palestiniens pour s’accommoder du contrôle d’Israël sur leur territoire.

Cependant, la mise en place d’un service d’envoi de sms créé par le plus gros opérateur de télécommunications palestinien pour tirer profit de la nécessité de franchir un point de contrôle de l’armée israëlienne à l’intérieur même de la Cisjordanie, symbolise à la fois les possibilités et les limites de l’innovation technologique et économique sous occupation.

Mobilité contrôlée

Le point de contrôle Qalandia lui-même est l’un des produits les plus révélateurs du processus de "paix" soutenu par les états-Unis . Il a vu le jour tout à la fin de la période transitoire de 5 ans entre les Accords d’Oslo II de 1995 et la Seconde Intifada à la fin de l’année 2000. Il se situe dans la "Zone C" définie par les Accords d’Oslo - les 60% de la Cisjordanie sous contrôle total de l’armée israélienne et sous contrôle civil conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne.

Quatorze ans après sa mise en place, Qalandia est aujourd’hui le témoignage physique du morcellement du territoire palestinien, de la présence continue de l’armée israélienne et de l’échec de la solution à deux états.

Le point de contrôle représente également le besoin qu’a Israël de "sécuriser ses frontières", ce qui signifie pour lui créer des frontières sûres plutôt qu’arriver à un accord sur le lieu où les frontières doivent se situer. La différence n’est pas seulement géopolitique ou sémantique mais également technologique. La réussite d’Israël comme nation à haute technologie est en grande partie due à l’occupation.

Ses produits et services de sécurité/surveillance militaire - des drones aux murs de séparation, des détecteurs de rayons gamma aux points de contrôle virtuels - sont commercialisés et vendus comme étant efficaces pour combattre le terrorisme, pour sécuriser les frontières et pour contrer la guérilla urbaine ou pour assurer la surveillance virtuelle puisqu’ils ont été testés sur les Palestiniens, et que leurs résultats ont été vérifiés sur le terrain.

Qalandia est une frontière ultra-moderne, arborant les dernières technologies créées par Israël, qui font en catimini la démonstration de nouvelles techniques de surveillance et engendrent des frontières et des lieux de contrôle d’un nouveau genre.
Pour sûr, la surveillance spatiale et le contrôle de la population sont au centre des pratiques d’Israël depuis des décennies. Ces pratiques s’inscrivent dans un historique d’emprise sur des populations assujetties dans lequel l’interaction entre le contrôleur et le contrôlé acquiert de plus en plus de distance et d’abstraction, où l’agression d’état passe de sévices corporels directs à une violence cachée, “maîtrisée”. Le point de contrôle n’est pas uniquement un moment de violence ; il a pour fonction de perturber la vie quotidienne. C’est à cette perturbation que Q, Wasselni, Ezma et les autres applications entendent riposter.

Les télécommunications, et particulièrement la téléphonie cellulaire, sont aussi des produits des processus de “paix” négociés à l’étranger. La deuxième phase des Accords d’Oslo, signés en 1995, précise les conditions de la création éventuelle d’une infrastructure de communications indépendante et souveraine : les Palestiniens peuvent construire leur propre réseau de télécommunications mais tout ce qui concerne les infrastructures restera de toute manière sous le contrôle d’Israël.

L’Autorité palestinienne a vendu les droits des télécommunications au secteur privé et le nouvellement créé Paltel - et ensuite sa filiale cellulaire Jawwal - est devenu l’une des premières entreprises nationales. Cette posture est en adéquation avec différentes affirmations de l’Autorité palestinienne, d’Israël, des états-Unis et de l’Union européenne sur le fait que de telles firmes nationales devraient conduire à un état-nation. La naissance de Jawwal et Paltel démontre aussi l’emprise idéologique de l’économie politique néolibérale qui ne remet pas en cause le pouvoir économique d’Israël sur les Palestiniens.

Israël s’est réservé le droit de déterminer le type d’équipement disponible, le spectre de fréquences et la bande passante autorisés, les indicatifs téléphoniques et les débits accessibles, la hauteur des tours de transmission, cellulaire et audiovisuelle, et les lieux où les infrastructures pouvaient être construites, entretenues et accessibles. Le résultat a été et continue à être une infrastructure morcelée, limitée dans sa capacité technologique et dépendante des bonnes grâces du régime d’occupation.

La maîtrise du numérique en Cisjordanie et dans la bande de Gaza coïncide avec la matérialité de l’occupation et fournit une indication sur ce que peuvent être les objectifs géopolitiques d’Israël pour les deux territoires.

En ce qui concerne Gaza, le paysage numérique coïncide avec le "désengagement" d’Israël. Depuis que les colonies ont été déplacées à l’été 2005, les opérateurs israéliens ne desservent plus Gaza. Mais l’infrastructure reste dépendante de celle d’Israël : il n’y a qu’un seul câble de fibre optique qui relie l’ensemble de Gaza au reste du monde : il traverse Israël et il est contrôlé par lui.

Tous les appels téléphoniques à l’intérieur de la bande de Gaza, sur les lignes fixes comme sur les téléphones portables, passent par des routeurs implantés en Israël. La vitesse d’Internet est définie par le Ministère des communications israélien. La liste des restrictions est encore longue.

Depuis 2005, l’armée israélienne s’est également permis de bombarder et de détruire la plupart des infrastructures palestiniennes. Comme en attestent les derniers bombardements sur Gaza, le fait que l’armée israélienne puisse couper des signaux, identifier leur origine, appeler des numéros précis dans n’importe quel lieu pour "prévenir" d’un bombardement imminent et ralentir, voire stopper l’accès à Internet, ne s’explique que parce que l’ensemble de l’infrastructure est sous contrôle israélien.

Comparé à la bande de Gaza, le paysage numérique de la Cisjordanie est plus morcelé. Les Palestiniens ont reçu la permission de construire leur propre infrastructure dans la Zone A et dans une partie de la Zone B mais toujours avec de sévères restrictions concernant les types de technologies autorisés. Une seule fois, et cela après des années de négociation, Israël a donné la permission aux Palestiniens d’installer une antenne cellulaire dans la Zone C.

Comme à Gaza, toutes les lignes téléphoniques et Internet de la Cisjordanie sont, en fin de compte, connectées via des routeurs israéliens pour lesquels les compagnies palestiniennes payent davantage que leurs homologues israéliens en “redevances de terminaison”. Des fréquences avaient été attribuées à Jawwal par le Ministère des communications israélien en 1998 pour permettre à 120 000 souscripteurs d’accéder au réseau 1,5G. Aujourd’hui, Jawwal avoue plus de 2,5 millions d’utilisateurs mobiles mais la capacité des infrastructures de son réseau reste de 120 000.

Ce réseau surchargé fonctionne avec des technologies datant de plus de quinze ans : 2G et 3G ne sont pas autorisées ce qui signifie que les nouveaux services mobiles comme les applications financières (Paypal, banque en ligne), la cartographie et le GPS n’existent pas. Poussée par la Banque mondiale à libéraliser son marché cellulaire, l’Autorité palestinienne a accepté en 2006 d’autoriser un second opérateur mobile à émettre dans les Territoires.

Wataniya a négocié avec les Ministères israéliens pendant plus de quatre ans avant d’obtenir l’attribution de fréquences pour fonctionner en Cisjordanie et ce n’est qu’après l’intervention de Tony Blair en sa qualité d’Envoyé spécial du Quartet, que Wataniya a fini par obtenir tout juste assez de fréquences pour lancer un réseau de 2G basique. Il attend toujours la permission d’émettre dans la bande de Gaza.
Israël limite le développement des télécommunications palestiniennes par de nombreux moyens mais l’attribution de fréquences illustre parfaitement la mesure dans laquelle la structure sous-jacente du développement numérique palestinien a été freinée depuis l’origine.

Ni la téléphonie cellulaire ni le Wifi ni les appels aux ambulances ou à la police, par exemple, ne peuvent exister sans fréquence. L’attribution doit être adaptée pour chaque technologie nouvelle, des hautes-fréquences micro-ondes aux GPS de poche.

L’attribution de fréquences est aussi utilisée comme outil de négociation : chaque fois que l’Autorité palestinienne menace de déposer plainte auprès de la Cour Pénale Internationale par exemple, Israël diffère le déblocage de bande passante.
La bande passante n’est pas une ressource illimitée mais prétendre qu’Israël n’en a pas assez pour la partager avec les Palestiniens est technologiquement faux. Ce qui pose un "problème" de bande passante c’est que les quatre entreprises commerciales cellulaires israéliennes couvrent presque entièrement la Cisjordanie.

Dans les colonies, les avant-postes, les rocades, les installations militaires, les zones tampons sous contrôle militaire et les sites situés tout le long du mur, entre autres, il y a des tours cellulaires israéliennes qui diffusent des signaux puissants (les entreprises israéliennes bénéficient de deux mille fois plus d’attribution de fréquences que Jawwal et Wataniya réunis et peuvent utiliser toutes les technologies récentes à moindre coût). Autrement dit, depuis les fins fonds de Ramallah et Naplouse jusqu’à la Zone C dans sa totalité, y compris le point de contrôle de Qalandia, on peut recevoir des signaux de Pelephone, Cellcom et Orange - les trois plus grands opérateurs cellulaires israéliens.
Alors que les entreprises israéliennes ont pour finalité de fournir des services aux colons et aux militaires, elles profitent aussi largement du marché "sans frais" des Palestiniens. Aucun investissement supplémentaire n’est nécessaire pour vendre des services aux Palestiniens s’ils achètent directement des téléphones israéliens ou s’ils se connectent en itinérance aux réseaux israéliens.

La notion d’“itinérance” suppose un déplacement entre plusieurs espaces, a priori souverains. Cela signifie que l’on n’utilise plus les infrastructures de son propre opérateur, mais que l’on se trouve sur le territoire d’un autre opérateur : la téléphonie ne fonctionnera que si ce nouvel opérateur a l’infrastructure nécessaire, et que votre fournisseur a obtenu l’autorisation d’utiliser ledit réseau.

En 2005, Jawwal et un des opérateurs israéliens, Orange, sont convenus que Jawwal pourrait acheter des “droits d’itinérance” et les revendre à ses utilisateurs et a donc "ouvert" l’accès à une grande partie de la Cisjordanie. Mais concomitamment, les fournisseurs israéliens ne payent aucune taxe à l’Autorité palestinienne - selon les accords d’Oslo - pour fonctionner dans la Zone C et dans une grande partie des Zones A et B. C’est un marché captif dans tous les sens du terme.

Au même moment, des entités comme la Banque mondiale, l’Union européenne et l’USAID continuaient à faire pression sur les Palestiniens pour qu’ils libéralisent leurs marchés et ouvrent la téléphonie cellulaire (entre autres secteurs) à la concurrence étrangère sans aborder la question de la concurrence illégale d’Israël ni celle des structures sous-jacentes aux conditions économiques inégales.

Durant des années, il n’y avait tout simplement aucun réseau téléphonique à Qalandia ni à proximité. Etant donné sa situation dans la Zone C, la plus grande plaque tournante de transport en Cisjordanie ne fait pas partie du réseau de télécommunications palestinien. Les signaux de l’émetteur local de Jawwal ne sont pas assez forts pour atteindre le point de contrôle et Jawwal n’est pas autorisé à y installer une antenne. Ce n’est que ces dernières années que les signaux israéliens émis depuis les colonies proches, ont acquis assez de force pour atteindre le point de contrôle. Envoyer Q sur votre téléphone Jawwal ou consulter votre page Facebook suppose donc que vous payiez pour utiliser les réseaux israéliens.

Le service Q de Jawwal, Ezma, Qalandia Conditions et les autres applications sont tout à la fois le résultat de la fragmentation de l’espace palestinien et des tentatives pour s’accommoder de la réalité : la mobilité palestinienne est réduite. Les exemples à but lucratif sont toujours soutenus, souvent en coulisses, par des intérêts étrangers faisant pression pour libéraliser les marchés, pour augmenter les achats palestiniens d’équipement européen et américain ou encore pour encourager l’esprit d’entreprise technologique.

Paradoxalement, alors que chacun de ces exemples répond à un besoin géographique, aucun n’est en mesure d’offrir, par exemple, des services de cartographie. Dans d’autres pays, il n’y a pas besoin de groupes Facebook ou de services de sms pour évaluer la circulation, non seulement parce qu’il n’y a pas de points de contrôle mais aussi parce que les gens ont accès à Google Maps, à des systèmes de navigation par GPS ou à des services comme Waze, application communautaire de navigation et de circulation créée en Israël.

Les télécommunications permettent aux Palestiniens de communiquer entre eux et avec le monde au-delà des murs qui les enserrent. C’est un aspect important du développement économique et de la croissance palestiniens. En fait, l’entreprise mère Paltel contribue à au moins 10% du PIB de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et à 30% de l’impôt sur le revenu de l’Autorité palestinienne.

Mais les télécommunications sont tout autant un moyen de poursuivre l’occupation israélienne - de manière dynamique et en évolution - qu’une forme de contrôle et de surveillance. Et, comme le service Q de Jawwal et le groupe Facebook Qalandia Conditions le montrent tous les deux, les télécommunications finissent par dépendre des conditions mêmes de l’enfermement spatial qu’elles tentent de remettre en cause. Que Jawwal et les autres opérateurs cherchent à tirer profit de la réclusion du peuple palestinien est tout à fait représentatif des conditions politico-économiques de l’occupation.

Rien de révolutionnaire à ce qu’il y ait des services qui aident à évaluer la circulation à un point de contrôle : ils n’existent qu’à cause du point de contrôle lui-même et de l’oppression subie par les Palestiniens.. Le service Q témoigne également de ce qui est possible sur le terrain économique : on fait des bénéfices sur des domaines de la vie inhérents à l’occupation et que celle-ci a rendus extrêmes.
Les entreprises israéliennes sont celles qui au final tirent le maximum de bénéfices. Ni les start-ups à but lucratif pilotées par des ONG, ni les propositions à but non lucratif ne remettent en cause la structure macro économique de l’occupation israélienne, l’expansion territoriale ou la supériorité technologique et économique qui repose sur le confinement et le recul du développement palestiniens.

Ce modèle n’a fait que se renforcer depuis les débuts des Accords d’Oslo jusqu’aux différentes promesses de paix ultérieures soutenues par les états-Unis et l’Union européenne. Les accords ont établi une union douanière qui a eu pour résultat l’absence de frontières économiques et ont donc maintenu le statu-quo pour les relations économiques inégales qui pré-existaient. Sachant cela, la plupart des projets, qu’ils soient à but lucratif ou non, ne remettent jamais en cause l’idée d’une économie palestinienne fragile intégrée à l’économie israélienne et sous sa coupe.

Résultat ?

Cela fait au moins une heure que vous êtes arrivé ; vous avez inhalé plus que votre dose de monoxyde de carbone et de poussière. Vous avez maudit chaque mère, père et enfant qui passait. Il vous faudra encore une demi-heure pour arriver jusqu’au soldat, lequel pourrait bien vous obliger à faire demi-tour sans vous dire pourquoi.
Vous envoyez "Q" au 37117 sur votre Jawwal et recevez un message disant que la circulation est "fluide" aujourd’hui. Les conditions sont "normales". Vous allez devoir payer le sms passé sur votre vieux téléphone ainsi qu’une “taxe d’itinérance”. Vous ne pouvez pas appeler votre conjoint pour l’informer de votre retard parce qu’à mesure que vous vous approchez du point de contrôle, le signal disparaît.
Vous vous dites que vous avez de la chance parce que votre collègue qui a décidé de prendre deux taxis (un de chaque côté) et de passer le check-point à pied est coincé au tourniquet contrôlé à distance. Pauvre bougre. Il aurait peut-être dû rester chez lui.

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