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Dossier L’Ouganda de Museveni

Le régime de Museveni : une militarisation croissante et une corruption de haut niveau

, par Forum Réfugiés-Cosi

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3eme mandat Museveni
La main blanche qui signifie "ok" est ironique car les Etats Unis et les pays européens ont dénoncé le refus de Museveni de renoncer à ses fonctions.
Photo : Laura, Kanungu, Ouganda, 2006

Les années 1990, florissantes d’un point de vue économique, ont laissé présager aux bailleurs de fonds que l’Ouganda deviendrait non seulement un modèle économique pour ses voisins africains, mais également un modèle démocratique. Malheureusement, 20 ans plus tard, force est de constater que Musevini est surtout parvenu à rassembler autour de lui un clan suffisamment loyal pour s’assurer une longévité au pouvoir. Il s’est en effet assuré de placer aux postes les plus influents, du secteur public à l’armée en passant par le pouvoir judiciaire, des personnes ayant soit des liens familiaux directs, soit issues de la même région que lui, et donc proche ethniquement [1]. Dès lors, la méritocratie a été remplacée par la nécessité de montrer à Musevini sa loyauté indéfectible.

Népotisme et tribalisme au sein de l’armée

Les Forces de Défense du Peuple Ougandais (UDPF) sont directement issues de l’Armée de Résistance Nationale (ARN), la guérilla qui a mené Museveni au pouvoir. Depuis 1986, il s’est attaché à professionnaliser « son » armée, afin d’en faire un instrument de pouvoir à son service. S’il clamait que l’objectif principal était de faire de l’armée un instrument de la protection de la souveraineté du peuple ougandais, et permettrait l’assise de la démocratie, il n’a pas pu s’empêcher de rester intrinsèquement lié à ce pouvoir militaire dont il demeure le principal leader, en y plaçant des proches aux postes clés.

Ainsi, 75% des 23 postes les plus influents au sein de l’armée sont occupés par des officiers originaires de l’ouest du pays. Parmi les 6 généraux, seul un n’est pas originaire de cette région, et ce seulement depuis 2012 : la nomination de ce général a fait suite à des accusations de plus en plus virulentes sur la tendance au tribalisme et au népotisme du régime. De même, de nombreux membres de sa famille sont installés à des postes influents. Ces nominations basées sur la loyauté et les liens familiaux ont eu un effet de « militarisation de la politique » : 10 officiers sont aujourd’hui également députés, et suivent strictement les orientations du gouvernement, sous peine de renvoi.

Si les marques de dissensions à l’encontre du régime ne sont pas tolérées, ce n’est pas le cas de la corruption, répandue au sein de l’armée. Musevini se montre en effet particulièrement tolérant, amenant ainsi les principales personnes impliquées à se sentir protégées par ce climat d’impunité, et ainsi à demeurer loyales envers le régime.
Cette parfaite maîtrise de l’armée permet au régime musevinien de garder un contrôle sur les opérations, et notamment sur les interventions menées à l’encontre des opposants politiques.

Le pouvoir judiciaire sous la coupe du régime et du pouvoir militaire

Jusqu’en 2001, le pouvoir judiciaire a pu bénéficier d’une indépendance raisonnable par rapport au pouvoir politique. Les années 2000 ont marqué un tournant lorsque la constitutionnalité du référendum de 2000 sur le multipartisme a été remise en cause. Soutenue par les juges de la Cour d’Appel, l’opposition a tenté d’en annuler le résultat. Musevini a clairement pris a parti les juges et le pouvoir judiciaire dans une déclaration télévisuelle, sonnant ainsi le glas de leur indépendance. En 2006, Musevini a ainsi usé de sa main-mise sur les juges pour faire arrêter son principal opposant politique, le Dr Besigye, et l’empêcher de se présenter aux élections présidentielles qui allaient suivre.

Une administration politisée, où les liens familiaux et l’origine géographique supplantent les compétences

Les postes de la haute administration, y compris les ministères sont occupés quasi-exclusivement par des membres de la famille de Musevini, ou par des personnes originaires de sa région. Véritable « chef de clan », Musevini s’assure sa propre longévité au pouvoir, en s’assurant de la loyauté de ses alliés. En réponse à sa préférence pour les personnes originaires de la même région, il se défend de privilégier ceux qui ont combattu le plus ardemment dans la lutte armée, et voit ainsi ces nominations comme une récompense. Ceux qui ne partagent pas ses intérêts sont ainsi laissés de côté, comme en témoigne sa déclaration suite aux élections de 1996, dans laquelle il assure qu’il ne « partagera le gâteau » avec ceux qui n’ont pas voté pour lui, visant ainsi les régions où son score fut le plus faible.

La personnification du pouvoir autour de la figure de Musevini et de son « clan » familial et régional a permis régime de perdurer. Il s’est assuré le contrôle du public et du privé, grâce à la nomination de ses alliés dans les plus hautes sphères de tous les pouvoirs. Toute contestation de la société civile devient dès lors particulièrement compliquée, et en cas de débordement, les forces militaires s’assurent de faire taire les opposants. Ce pouvoir s’auto-renforce, chaque position étant dépendante de sa loyauté envers Musevini, et le pouvoir de ce dernier se renforçant en retour grâce aux positions clés occupés par ses alliés.

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