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Le lien entre les accaparements de terres et la réforme agraire en Écosse et en Afrique

, par Common Space

Cet article de Jane Herbstritt a été traduit de l’anglais au français par Cendrine Lindman, traductrice bénévole pour Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de Common Space : Connecting land grabs and land reform in Scotland and the African continent

Bien que deux siècles entiers se soient écoulés depuis les Highland Clearances, les terres que les propriétaires des Highlands ont confisquées aux petits producteurs de l’époque n’ont toujours pas été rendues. Une réforme du système de propriété terrienne de l’Écosse s’impose.

Il faut débattre et agir pour une réforme agraire en Écosse – ce à quoi la campagne intitulée Our Land contribue largement.

Des communautés du monde entier, et en particulier celles des pays du Sud, subissent les impacts de structures de pouvoir similaires, ainsi que l’inégalité et la convoitise présentes en Écosse, et finissent eux aussi par perdre leurs terres.

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Membres d’une coopérative agricole, dans le nord du Ghana (avec l’autorisation de Global Justice Now).

Identifier les relations de pouvoir et politiques de la question foncière comme si elles faisaient partie intégrante d’une image globale permettant d’élargir le débat Aussi, comprendre comment les petits producteurs, les communautés et les mouvements résistent et trouvent des solutions peut provoquer un élan de solidarité.

Les Highland Clearances ont provoqué un bouleversement de la société gaélique et du système des clans, en évinçant les habitants des terres qui leur appartenaient depuis des siècles. Tout a commencé avec la révolution industrielle, lorsque la population croissante des villes écossaises a entrainé une augmentation de la consommation de viande et de la demande de laine pour les usines.

Saisissant cette occasion pour faire d’importants profits, les propriétaires terriens ont procédé à l’éviction des paysans des Highlands afin de créer de grandes exploitations spécialisées dans l’élevage de moutons. En l’espace de moins d’un demi-siècle, les Highlands sont devenues l’un des secteurs les moins peuplés d’Europe.

Deux siècles plus tard, une histoire similaire peut être racontée dans une autre partie du monde.

Aujourd’hui, les propriétaires du monde industrialisé - c’est-à-dire les multinationales et les gouvernements du monde entier - veulent acquérir des terres pour développer les industries de biens de consommation pour leurs clients fortunés, afin d’augmenter leurs bénéfices.

Depuis 2001, dans les pays du Sud, une zone représentant 29 fois la superficie de l’Écosse s’est faite « accaparer » en vue du développement des industries de l’agroalimentaire et des agrocarburants pour les marchés étrangers. Tout particulièrement en Afrique, les multinationales et les gouvernements étrangers sont à la recherche de méthodes pour faciliter l’accès à la richesse agricole du continent, ce que la Banque mondiale a appelé « la dernière frontière des marchés alimentaires et agricoles mondiaux ».

Le gouvernement britannique facilite cette prise de contrôle du système alimentaire africain, susceptible d’avoir un effet dévastateur sur les petits producteurs du continent.

Afin d’assurer l’accès à l’agriculture africaine, la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (une alliance du G8 ainsi que des états des multinationales et des entreprises africaine) adapte les lois sur les semences, la terre, ainsi que la réglementation de l’exportation.

Cela devrait faciliter à la fois le développement des multinationales et l’exportation des récoltes vers les pays étrangers, mais mettre gravement en danger les moyens de subsistance des paysans autochtones.

Dès le début de l’année 2014, le gouvernement britannique a annoncé une contribution de 600 millions de livres sterling prélevée sur l’argent des contribuables, via l’aide au développement, destinée à cette « Nouvelle Alliance ».

Cependant, la société civile africaine résiste à cette prise de contrôle du système alimentaire. En 2013, près de 100 organisations se sont unies pour demander au G8 d’en finir avec cette nouvelle « vague de colonialisme ».

L’Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA - Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique) fait partie de ces organismes qui résistent à la prise de contrôle. Il s’agit d’une coalition panafricaine composée de réseaux d’agriculteurs représentant les petites exploitations agricoles et pastorales ainsi que les communautés autochtones.

Ils travaillent ensemble dans toute l’Afrique pour défendre les petits exploitants et pour trouver des solutions face aux opérations à grande échelle des exploitations industrielles. Food Sovereignty Ghana (FSG) en fait également partie. Il s’agit de l’une des nombreuses organisations de la société civile du Ghana qui conteste les lois semencières et agraires dont les multinationales comme Monsanto profitent, aux dépens des petits producteurs.

C’est la « Nouvelle Alliance » qui a fait pression sur le gouvernement du Ghana pour qu’il adopte ces lois controversées.

Les deux organisations citées font partie d’un mouvement africain pour la « souveraineté alimentaire » qui prend de l’ampleur, ainsi que del African Food Sovereignty, un mouvement membre de La Via Campesina, le réseau mondial des petits producteurs, avec plus de 200 millions de membres, dont le rôle et de faire valoir ma souveraineté alimentaire (contrôle démocratique des terres, des semences et des autres parties du système alimentaire) et de retirer le système alimentaire des mains des grandes entreprises et des gouvernements qui s’intéressent seulement à faire des profits.

Nous savons qu’il y a deux cents ans en Écosse, la majorité de ceux qui ont dû quitter leurs terres ont émigré. Ceux qui sont restés ont été déplacés sur des terres peu productives qui n’étaient pas viables économiquement, et c’est ainsi que les premières communautés de petites exploitations se sont formées.

Elles se sont battues pour leurs droits, ce qui a parfois poussé des groupes à l’action directe, comme Highland Land League qui a participé à la campagne autour de la réforme agraire. Par la suite, cette résistance et ces revendications ont conduit à la première loi sur les petites producteurs, ce qui leur a apporté une meilleure protection en tant qu’exploitants.

Aujourd’hui la Scottish Crofters Federation (SCF – Fédération des petits exploitants écossais) est l’une des deux fédérations britanniques membres de La Via Campesina.
Lorsque l’on entend parler de réforme agraire en Écosse, il faut faire le lien avec les producteurs sans terre du monde entier dont l’histoire rappelle la nôtre. Il ne faut pas devenir complice de la dévastation des cultures et des moyens de subsistance dans le monde par les stratagèmes frauduleux comme la « Nouvelle Alliance ».

Pour plus d’information sur la campagne pour stopper l’accaparement des terres par les multinationales en Afrique, cliquez sur : www.globaljustice.org.uk/food

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Jane Herbstritt, chargée des campagnes écossaises chez Global Justice Now, établit certains parallèles entre le conflit autour de la réforme agraire en Écosse et un effort global pour reprendre le contrôle des terres.

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