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Le Caire dans l’œil du cyclone

Par Omar Benderra

, par Fondation Frantz Fanon

Quelques impressions et observations d’un séjour au Caire entre le 17 et le 22 juin 2011

Le Caire, juin 2011. Quatre mois après la « révolution » de janvier, la capitale égyptienne reste égale à elle-même et à sa réputation : embouteillages permanents, concert ininterrompu de klaxons, rugissements de moteurs, radios poussées à fond et invectives colorées de conducteurs stressés ; dans ce maelstrom, traverser la rue est toujours synonyme de risque sérieux. Au coucher du soleil et jusque tard dans la nuit les Cairotes sortent se promener pour profiter d’une fraicheur relative particulièrement agréable après une longue journée caniculaire. Les rôtisseurs, Chawarma et Koufta, et les glaciers sur la rue Talaat Harb sont comme partout pris d’assaut par des jeunes, des moins jeunes, des femmes en hidjab ou sans foulard et des nuées d’enfants. La foule est détendue et les sourires ne sont pas rares. Les conditions restent difficiles, mais les Égyptiens vivent le nouveau cours de leur histoire dans la décontraction et la bonne humeur. Cette même rue Talaat Harb avait pourtant vu des scènes de grande violence lors des journées de janvier fatidiques au vieux dictateur Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trente ans.

Peu de stigmates visibles des événements qui ont abouti à la chute du clan Moubarak. Seul témoignage de ces journées intenses : le siège incendié du parti au pouvoir, le PND, qui surplombe le Musée des antiquités égyptiennes, place Tahrir. En ce vendredi de juin, la célèbre agora est quasiment vide. Une poignée de manifestants scandent des slogans anti-régime sous l’œil débonnaire de jeunes policiers en uniformes blancs. La ville semble avoir retrouvé son rythme habituel. Les apparences de normalité ne trompent pourtant pas les Cairotes. Ils savent que la transition est incertaine. Le gouvernement dirigé par Essam Charaf, chargé des affaires courantes et surtout de la préparation des élections législatives prévues en septembre 2011, se livre à un délicat numéro d’équilibrisme : gérer les puissantes revendications sociopolitiques de la population tout en veillant, selon la volonté clairement perceptible des décideurs militaires et de la grande bourgeoisie, à maintenir autant que possible le système en l’état.

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