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Dossier Introduction

La longue marche des Roms vers la conquête de leurs droits

, par CIIP

De qui parle-t-on ?

Le terme générique de Roms, qui signifie "homme", "époux", "mari" en romani, renvoie à un peuple qui partage une origine commune - Inde du Nord - une langue commune - le romani - et des traits culturels communs - organisation familiale, références et habitudes de vie communes, notamment la mobilité, un attachement particulier à la circulation même en cas de sédentarisation, le nomadisme étant plus un état d’esprit qu’un état de fait. Le romanipen ("la romanité") est un concept dont l’utilisation est soutenue par les principaux défenseurs roms.
L’Union Romani Internationale a défini le drapeau du peuple rom comme une roue de charrette rouge, reprenant toute la symbolique indienne de la roue, centrée sur fond bicolore : moitié supérieure bleue, symbolisant le Ciel, père infini de l’Humanité, et moitié inférieure verte, symbolisant la Terre, mère féconde l’Humanité.

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Drapeau du peuple rom

Le chant Gelem, gelem, dont la musique est une mélodie populaire du Banat (région du sud-est de l’Europe à cheval sur trois pays : Roumanie, Serbie-Voïvodine et Hongrie) et dont les paroles ont été composées par Jarko Jovanović lors de sa visite au camp de concentration du Struthof, est devenu spontanément au cours des années et par sa popularité, l’hymne national du peuple rom. Il a été consacré dans ce rôle par le Congrès de Genève en 1978 et le Congrès de Varsovie en 1990 en a publié les paroles officielles en quatre strophes. A la différence des hymnes de la plupart des nations, l’hymne romani Gelem, gelem peut être interprété selon tous les styles de musique romani traditionnelle ou de création (oriental, romance, flamenco, rumba etc.), dans la mesure où son caractère de dignité (2 strophes évoquent le Samudaripen, le génocide nazi contre les Roms) est respecté. Cette liberté d’interprétation exprime la richesse des traditions culturelles des Roms et le respect mutuel des groupes les uns pour les autres.

Présents dans tous les pays d’Europe en plus ou moins grand nombre, leurs groupes sont désignés par des appellations diverses (cf. glossaire).
Des estimations laissent à penser qu’il y a approximativement 8 à 10 millions de Roms dans le monde (12 à 15 millions selon les associations roms), la plupart en Europe où ils représentent globalement la plus grosse minorité ethnique. Les plus grands groupes de Roms se trouvent dans les Balkans, en Europe centrale et de l’Est. De plus petits groupes vivent dans l’Ouest et le Nord de l’Europe, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, aux États-Unis et en Amérique du Sud. Il s’agit donc d’une minorité transnationale dont le point commun est de constituer le groupe social le plus victime d’ostracisme. Le plus souvent les Roms sont relégués dans des territoires délaissés, excentrés par rapport à la ville, au bourg, au village, ils subissent une discrimination dans la qualité du logement, l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux structures de santé, en somme à l’accès aux droits économiques sociaux et culturels.
Pourtant ce sont eux qui sont accusés de comportements ignorant des règles de civilité de la société où ils vivent ou passent. Ils sont jugés paresseux, vivant de rapines, trafiquants de biens, voire d’êtres humains vivant de prostitution ou de l’exploitation d’enfants. Ils suscitent aussi des comportements de rejet, voire de haine qui peuvent aller jusqu’au meurtre de la part de groupes d’extrême-droite ou de policiers.
Or, l’État qui devrait les protéger s’abstient le plus souvent de sanctionner les coupables de ces exactions quand ils sont identifiés et que les victimes osent porter plainte. Cette impunité est gravement préjudiciable aux Roms car elle encourage les persécutions, mais elle demeure malgré les réactions de la Commission spéciale de l’ONU.

Les fondements historiques

L’histoire des Roms est l’histoire d’un peuple européen ayant ses racines en Inde et différents groupes installés en Europe à partir du 15e siècle puis, au-delà, principalement au Brésil, États-Unis, Afrique du Nord, Moyen-Orient et Russie.
Cette origine est aujourd’hui admise de par la langue parlée par tout ou partie de cette ethnie hétérogène mais aussi par les analyses tirées de l’étude génétique des populations ayant choisi diverses appellations : Arlije, Gurbeti, Kaale, Lavari, Manouches, Sinti, Ursari, etc. La plupart de ces groupes revendiquent l’appellation "Roms" (écrit parfois Rroms) et ont été parfois désignés (souvent péjorativement) "Tsiganes".
Il est connu et reconnu depuis le XVIIIe siècle que leur langue fait partie des langues indo-aryennes sous l’appellation fréquente de "romani" mais cependant la plupart des groupes qu’ils constituent et qu’ils fréquentent connaissent peu ou prou l’histoire et la culture de cette nation qui, en nombre de personnes, est la plus grande minorité d’Europe.

D’un point de vue chronologique, selon l’équipe de chercheurs coordonnés par le Conseil de l’Europe et l’université de Graz ([romani] Project : http://romaniprojekt.uni-graz.at/), on peut distinguer les phases suivantes :

  1. Les premières migrations de l’Inde centrale vers Byzance (estimation de 250 avant J.C. à 1400 après J.C.) par les voies de la Perse et de l’Asie mineure.
  2. Du 15e au 18e siècle, l’arrivée en Europe avec des accueils variés, plus ou moins favorables mais évoluant rapidement vers de multiples formes de discriminations, marginalisation et esclavage sous l’empire ottoman, en Wallachie, Moldavie…
  3. Nouvelles politiques des États avec d’autres formes de discrimination : lois ordonnant l’assimilation forcée dans l’empire austro-hongrois, internement en Espagne, ceci au 18e siècle des "Lumières" avec une exception en Russie où ils jouissent de tous les droits civils
  4. Deuxième phase de migration intra européenne (de 1850 à 1938) : des groupes d’Europe centrale et sud-est partent vers l’ouest et le nord de l’Europe par voie maritime parfois en subissant les changements politiques en cours par davantage de discrimination
  5. Le génocide nazi (1938-1945) et l’holocauste ont particulièrement touché les Roms et comportent encore aujourd’hui des conséquences catastrophiques et ne peuvent être considérés comme appartenant au passé, nombre de groupes n’ayant pas surmonté ces épreuves ni reçu d’aide ou réparations. Cette situation où les Roms restent marginalisés et à nouveau parfois persécutés, provoque un début d’organisation de leur lutte au niveau international.

Évolution actuelle :

  • une "troisième migration" est en cours faisant partie des mouvements du sud-est vers l’ouest de l’Europe puis s’accélérant avec la fin de l’Union soviétique et des pays associés et également avec la désintégration de la Yougoslavie dans les Balkans ;
  • les conflits armés entre nations, et dans chaque nation entre groupes ethniques, frappent particulièrement les Roms toujours plus marginalisés et accédant au mieux (quoique de plus en plus difficilement dans le cadre de l’Union européenne) au statut de réfugiés économiques persécutés.
  • devant la montée des tensions xénophobes dans la plupart des pays de l’Union européenne, le risque existe qu’une pratique de discrimination généralisée, fondée sur des outils juridiques (accords de Schengen) et techniques (système Eurodac : système d’information à grande échelle contenant les empreintes digitales des demandeurs d’asile et immigrants illégaux) se mettent à nouveau en place avec le concours des candidats éventuels à l’entrée dans l’Union européenne ou d’un partenariat privilégié.

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