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Dossier Les droits de l’homme

La Déclaration universelle des droits de l’homme est-elle universelle ? (bibliographie)

, par Forum Réfugiés-Cosi

Les droits de l’homme sont dits universels en ce qu’ils concernent tous les êtres humains sans distinction. Selon les termes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme " la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ". Pourtant, ce texte s’est vu reprocher son inspiration occidentale. En 1997, la Malaisie en a explicitement demandé la révision. Cette démarche traduit une volonté de mettre en avant les spécificités culturelles et religieuses des peuples.

De fait, si la DUDH et le système juridique qui en découle se veulent universels, il reste que ce sont des textes humains, inscrits dans un contexte et une histoire particulière. Et certains éléments ou certaines formulations peuvent exprimer l’origine occidentale de leurs rédacteurs (importance de la dimension individualiste par exemple). D’autant qu’ils ont été adoptés à une époque où la plupart des pays du sud étaient encore sous domination coloniale C’est pourquoi sont peu à peu apparus des textes régionaux : des Déclarations africaines, arabes, européennes, asiatiques etc. Un texte comme la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée en 1981 intègre par exemple la notion de "valeurs traditionnelles reconnues par la communauté" et met en avant les droits et les devoirs de communauté (famille, société, nation, Etat) : dans une approche plus communautaire, moins individualiste.

Mais la contestation de l’universalité de la DUDH ne doit pas servir à remettre en cause sa valeur. Ainsi il est plus fréquent que ce soit des régimes totalitaires qui contestent la dimension universelle de ce texte que les victimes de ces régimes. On peut certes remettre en cause l’européo-centrisme et prendre plus en considération les spécificités culturelles et religieuses, mais il ne s’agit pas de sombrer dans un relativisme dangereux. Aujourd’hui beaucoup considèrent que la Charte internationale des droits de l’Homme garantit, de fait ,le droit à la différence culturelle tout en préservant les droits fondamentaux. Certains estiment néanmoins qu’il faudrait réécrire la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pour la rendre moins tributaire de sa source occidentale, et y intégrer notamment le droit des minorités et le droit au développement et à l’environnement.
Un débat qui n’est pas négligeable mais qui concerne plus la traduction formelle des principes que leur valeur profonde.

Présentation du débat

Universels les droits de l’homme ?
JULLIEN, François - LE MONDE DIPLOMATIQUE, n°647, 2008/02, P. 24-25
Les Occidentaux imposent les droits de l’Homme comme devant être universels alors que ces droits sont issus d’une histoire particulière à l’Europe. La réécriture permanente de la Déclaration des droits de l’Homme depuis 1789 montre que cette universalité n’est pas donnée. Si la revendication d’une universalité des droits de l’Homme s’appuie sur l’idée que la pensée européenne exprime un progrès pour l’humanité, n’est-ce pas faire preuve d’un ethnocentrisme obtus ? En fait, les droits de l’Homme doivent être considérés comme un outil incomparable pour dire "non", et s’insurger face à l’inacceptable. Ainsi, même si la notion de ces droits est contingente, cela n’implique pas de renoncer au combat pour la dignité humaine dans le monde.

Les droits de l’homme sont-ils exportables ? Géopolitique d’un universalisme
YACOUB, Joseph - PARIS : ELLIPSES, 2005, 223 P.
Les droits de l’homme sont-ils une construction intellectuelle occidentale, ou est-ce une notion vraiment universelle et donc indiscutable ? A l’épreuve des civilisations et des cultures, il faut désormais rouvrir un débat conclu trop vite. La première partie de l’ouvrage procède d’une analyse philosophique et anthropologique qui examine les fondements intellectuels des droits de l’homme. La deuxième partie retrace l’histoire et le contexte de la Déclaration de 1948 et le débat en France sur la refonte de la Déclaration de 1789. Un troisième volet aborde en détail le processus d’internationalisation des droits de l’homme depuis 1948 et leur instrumentalisation par les Etats. En attendant une nouvelle Déclaration des droits de l’homme qui tienne compte des particularités des personnes et des situations, l’auteur plaide pour un large débat international qui rapprocherait les différentes conceptions sur des dénominateurs communs.

L’universalité des droits de l’homme, un débat désormais ouvert
YACOUB, Joseph - HEMISPHERES, n°27, 2004/12, P. 6-7
En retraçant l’histoire des droits de l’homme, Joseph Yacoub met en avant l’origine occidentale de ses principes se voulant dépositaire de l’idéal de liberté et de conduite démocratiques au détriment des valeurs, des traditions et des règles locales. L’universalité des droits de l’homme réside dans une prise en compte globale des textes : de la Déclaration des Droits de l’homme de 1948 aux apports des autres peuples (par exemple : la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, ou encore d’autres textes sur l’environnement, le développement).

Les droits de l’homme et la confrontation aux différentes cultures

La déclaration universelle des droits de l’homme et le droit musulman
La question de la compatibilité des règles de la Shari’A avec les normes des droits de l’homme . Al-Midani Mohammed Amin, 2004, Site de l’Association Internet pour la promotion des droits de l’homme.
[En ligne] www.droitshumains.org/Biblio/Txt_Arabe/Images/Droit%20musulman-midani.pdf (Page consultée le 27 octobre 2008)

Droits de l’Homme et religions : Choc ou communion ?
MARTHOZ, Jean-Paul - ENJEUX INTERNATIONAUX, n°15, 2007/01, P. 6-9
Le rapport des religions aux droits de l’Homme n’est pas simple. Depuis un siècle, on a pu assister à des mouvements de convergence entre chrétiens de toutes tendances et même au niveau inter-religieux (depuis le génocide arménien jusqu’au Darfour). Pourtant de sérieux différends existent dans ce qu’on appelle la "Communauté des droits de l’Homme" (associations diverses et personnalités) par exemple par rapport à des problèmes d’éthique (avortement, bioéthique) ou à propos du statut même des religions. Des thèmes comme la lutte contre le trafic des êtres humains sont eux fédérateurs.

Les libertés dans le monde arabe
SALOMON, Jean-Jacques - FUTURIBLES, n°310, 2005/06, P. 23-29
Ce rapport a d’autant plus d’intérêt qu’il est l’œuvre de spécialistes arabes après une enquête auprès des populations concernées. Le monde arabe est encore loin de l’ouverture démocratique que beaucoup espèrent. Elle est compromise par le despotisme et les héritages culturels. Il subsiste de nombreux déficits s’agissant du respect des libertés et des droits humains, mais aussi de l’autonomisation des femmes et de la consolidation des connaissances. Seules des réformes autochtones et démocratiques peuvent résorber ces déficits.

Coopération, rencontre des cultures et droits de l’homme
Miani Lidia, Economie et Humanisme n°366, 2003/10, p. 63-66
La question des droits de l’homme en Chine est souvent posée de l’extérieur, dans une totale ignorance de la culture et des contraintes de la Chine. Cet article explique, à travers l’expérience du CCFD, l’importance de la prise en compte du contexte et de la culture chinoise pour tout projet mené autour des droits de l’homme, afin que l’action ne soit pas considérée par les Chinois comme une ingérence, voire comme une arme utilisée contre leur pays.

Droits de l’homme et dialogue interculturel
Eberhard Christophe, Paris : éd. des Ecrivains, 2002, 398 p.
L’auteur, en partant d’une approche anthropologique du droit, relie la problématique des droits de l’homme confronté à l’interculturalité. Il tente d’ouvrir l’approche occidentale des droits de l’homme à l’altérité et au pluralisme des autres traditions humaines. Il s’agit ensuite de s’échapper du culturel pour poser le problème entre dynamiques locales et dynamiques globales.

Droits humains et droits culturels des peuples autochtones

At last... a UN Declaration on the rights of indigenous peoples
THIRD WORLD RESURGENCE, n°206, 2007/10, P. 9-33
Après plus de vingt ans de négociations, l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations-Unies de la déclaration sur les droits des peuples autochtones représente une victoire majeure. Seuls quatre pays ont voté "non" (l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et les USA - ils l’ont tous ratifiée depuis). La majorité des pays d’Afrique et d’Asie ont voté "oui" et les pays d’Amérique latine et d’Europe se sont fait les champions de la Déclaration. La plupart des droits évoqués sont les droits humains standard d’égalité, de liberté, de non discrimination... mais dont ces peuples avaient été privés jusque là par la colonisation, la dépossession de leurs terres et de leurs ressources, la destruction de leur culture et de leurs traditions. La Déclaration spécifie que les peuples autochtones ont le droit de déterminer leur statut politique, leur mode de développement économique, social et culturel. Ils ne seront pas délocalisés par force. Cette Déclaration représente une victoire politique mais elle n’a pas de réelle valeur légale ; cependant beaucoup des ses articles réaffirment des lois existantes sinon appliquées.

Amériques : indigènes de tous les pays, unissez-vous
RIZVI, Haider - DIAL, n°2895, 2006/11, P. 1-4
Le président élu de la Bolivie, Evo Morales, est le premier président autochtone d’Amérique du Sud. Il a rencontré les groupes autochtones d’Amérique du Nord qui pensent, comme lui, que l’heure de la résistance des peuples autochtones est arrivée. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU affirme que les gouvernements doivent reconnaître le droit à l’autodétermination de ces peuples. L’Australie, les Etats-Unis et la Nouvelle Zélande s’opposent à cette mesure. La population des peuples autochtones est de 370 millions de personnes sur la planète.

Droits de l’Homme, droits indigènes et développement
Naisseline Nidoïsh, Les Nouvelles de Survival n°53, 2004/01, p. 4-7
Nidoïsh Naisseline est grand chef coutumier du district de Guahma en Nouvelle-Calédonie. Ce discours a été prononcé lors de la journée mondiale et internationale des droits des peuples autochtones. Ce document pose la question de l’universalité des droits de l’Homme. Il affirme l’importance d’une reconnaissance des droits culturels collectifs et autochtones car sous le prétexte des politiques de développement instaurées par les pays riches à la suite de la décolonisation, ces derniers continuent leur domination sur les pays nouvellement indépendants tout en niant leurs identités culturelles.

Droits humains et droits culturels des peuples autochtones
STAVENHAGEN, Rodolfo - EDUCATION DES ADULTES ET DEVELOPPEMENT, n°48, 1997, P. 159-187
"Existe-t-il un droit qui soit valable pour tous les groupes ethniques et toutes les cultures ? Un système juridique national peut-il reconnaître le droit de certains groupes à l’autonomie à l’intérieur même du système, et même aller jusqu’à reconnaître les systèmes juridiques autonomes ? Dans quels domaines se montrera-t-il tolérant vis-à-vis des formes juridiques alternatives ? Quelle attitude adopter vis-à-vis de la propriété individuelle et foncière, de l’école et de l’éducation, des réglementations civiles et même pénales ? L’auteur examine ces diverses implications pour une société -en l’occurence la société mexicaine- qui prétend vouloir intégrer tous les groupes ethniques en reconnaissant leur autonomie ethno-culturelle." (Introduction de l’éditeur).

Systèmes régionaux de protection

Cultural transformation and human rights in Africa
AN-NAIM, Abdullahi A. (sous la dir. de) - LONDRES ; NEW YORK : ZED BOOKS, 2002, 269 P.
Cet ouvrage collectif pose la question de l’adéquation entre les cultures locales et traditionnelles en Afrique et la notion universelle de Droit de l’homme. Cette problématique s’avère particulièrement délicate lorsqu’il est question de défense des droits économiques, sociaux et culturels ou du droit des femmes en Afrique. Selon les auteurs, il existe en Afrique une possibilité de promotion locale des droits humains universels à travers les processus de transformation culturelle, résultant des dynamiques de changement et d’adaptation propres à toute société. Certains articles reviennent notamment sur la question du droit des femmes à la propriété et au contrôle de la terre et sur la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

Les droits de l’homme en Afrique
Mbaye Keba, Paris : A. Pedone, 2002 ; 386 p.
En annexe, la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples, et les Conventions relatives aux Droits de l’homme ratifiées par les pays africains dans le cadre de l’O.I.T.
Kéba Mbaye est magistrat de profession au Sénégal. Il montre ici comment les droits de l’homme, et tout ce qui en découle (liberté de penser, de réunion, droit de la famille et de l’individu, liberté religieuse, droit des peuples) peuvent être établis en Afrique et quels sont les obstacles pour y parvenir.

Dignité et droits de l’homme : Recherches en Afrique
VAN PARYS, Jean-Marie - LOYOLA, 1996, 175 P.
Cet ouvrage donne des clés pour réaliser une restructuration politique qui respecte les droits et la dignité de l’homme en Afrique.

Les droits de l’homme en Afrique : tradition et modernité
Ki-Zerbo Joseph, Foi et Développement, n°237-238, 1995/11, 8 p.
Cette étude aborde les droits de l’homme en Afrique entre tradition et modernité. La question des droits de l’homme se pose depuis l’avènement de l’espèce humaine, avant la colonisation. Sont abordés les thèmes suivants : tradition et modernité, droits humains dans l’Afrique sub-saharienne avant la colonisation, la constellation des droits humains et socio-économiques (le droit à la vie comme accès à l’alimentation, le droit de propriété, le droit des enfants, le droit des malades, le droit des fous et des esclaves), les droits socio-politiques (la liberté d’expression, la liberté d’association, la liberté de déplacement). Viennent ensuite les fondements éthiques et culturels de ces droits. Le deuxième numéro aborde les cadres qui compromettent ou garantissent les droits de l’homme en Afrique (limitation, partage du pouvoir, Etat de droit, impacts extérieurs) puis des éléments de prospective.

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