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La Banque Mondiale de nouveau sur la sellette

Zoom d’actualité

, par CIIP , GRUNWALD Catherine

Nombre d’organisations de la société civile dénoncent depuis plusieurs années les agissements de la Banque mondiale. Leurs dires viennent d’être confirmés par une enquête conjointe de 11 mois du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Huffington Post, Fonds d’enquête, projet GroundTruth et plus de 20 autres partenaires médias du monde entier : "Expulsés et abandonnés : comment les projets de la Banque mondiale laissent une traînée de misère dans le monde".

Cette enquête prouve un échec patent. Selon l’ICIJ et le Huffington Post, entre 2004 et 2013 :

  • 3 350 449 personnes ont été forcées de quitter leur foyer, privées de leur terre ou de leurs moyens de subsistance du fait d’un projet de la Banque mondiale.
  • sur les 455 milliards d’euros investis par la Banque mondiale et la Société financière internationale (SFI) dans presque 7 200 projets dans les pays en voie de développement, plus de 400 projets ont causé le déplacement permanent de communautés locales et 550 autres projets ont laissé des habitants sans abri.
  • la majorité des cas de relocalisation forcée ont eu lieu en Asie et en Afrique. En Asie, presque trois millions de personnes ont été déplacées ou laissées sans abri alors qu’en Afrique ce nombre s’élève à plus de 400 000 personnes.

Des faits qui ne font qu’empirer puisque, de 2009 à 2013, les prêteurs de la Banque mondiale "ont investi 46 milliards d’euros dans des projets présentant un risque très élevé à cause de leur impact social et environnemental irréversible ou sans précédent", un nombre deux fois plus élevé que celui des cinq années précédentes...
Des Philippines au Pérou, en passant par le Sri Lanka, la Somalie, le Sud-Soudan, le Niger..., "les projets de la Banque mondiale forcent des millions de gens à l’exil".

Exemples emblématiques de communautés déplacées par les projets de la Banque mondiale :

  • Au Kenya, le projet de gestion des ressources naturelles (Kenya Natural Resource Management Project) est un projet de renforcement des capacités pour le service forestier du Kenya (Kenya Forest Service - KFS). Tout au long de la durée du projet financé par la Banque mondiale, le KFS a régulièrement expulsé les Sengwer de leurs terres et entièrement brûlé leurs maisons ancestrales dans les collines de Cherangany (ouest du Kenya). Cette affaire a entraîné le dépôt d’une plainte auprès du Panel d’inspection de la Banque mondiale qui a constaté que cette dernière n’avait pas adéquatement évalué et compris les risques d’expulsion posés par le financement d’un organisme gouvernemental historiquement complice de telles expulsions.
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    Joseph Kilimo Chebet, père de cinq enfants,
    debout à côté des restes calcinés de sa ferme au Kenya,
    détruite quelques heures auparavant par les agents du Service des forêts du Kenya.
  • En Éthiopie, sur les deux milliards de dollars versés par la Banque mondiale pour des initiatives dans les domaines de la santé et l’éducation, l’État en a utilisé plusieurs millions pour financer une violente campagne d’expulsion de milliers d’Anuak, un groupe autochtone à majorité chrétienne de l’État éthiopien rural de Gambella. Lire "New Evidence Ties World Bank to Human Rights Abuses in Ethiopia".
  • Au nord du Pérou, la "ruée vers l’or" sur la plus grande mine à ciel ouvert d’Amérique du Sud, l’ensemble minier Conga, montre comment la Banque mondiale détruit l’environnement. Campagne d’intimidation et de violences, "tentative d’expulsion et menaces de mort" sur Mme Máxima Acuña de Chaupe et sa famille depuis son refus de vendre ses terres à la compagnie minière Yanacocha, détenue à 5% par la Banque mondiale… l’expansion minière cristallise les tensions.
  • au Kosovo, le village de Hade est menacé par l’extension d’une mine de charbon : ses habitants sont des "réfugiés du développement".
  • au Vietnam, presque 1,2 million de personnes ont été déplacées pendant la construction de barrages et de centrales hydroélectriques [1].

Détaillés par pays ou par secteur d’activités, les méfaits révélés par ce tour du monde des projets de la Banque mondiale sont édifiants.

Violations des droits

Le travail d’investigation de l’ICIJ et du Huffington Post est corroboré par un nouveau rapport publié début avril 2015 par Oxfam et d’autres ONG. "La souffrance des autres" démontre de quelle manière la Société financière internationale (SFI), la branche de la Banque mondiale chargée du financement du secteur privé, investit des milliards de dollars qui contribuent à la violation des droits humains dans le monde. Ce rapport fait la synthèse de toute une série d’études déjà publiées sur des projets à l’origine de conflits et de souffrances pour les populations locales au Cambodge, au Laos, au Honduras, au Guatemala et en Inde. Il pointe également d’autres projets à risque en Papouasie occidentale et au Vietnam.
Autre cas, concernant la reconstruction de l’Irak, le bilan qu’affiche la Banque mondiale est loin d’être exemplaire en matière de respect des droits des travailleurs et de la protection sociale comme le montre l’article "Derrière les programmes de la Banque mondiale en Irak".
Et en effet, la question des droits humains n’a jamais fait partie des priorités de cette institution internationale qui aurait pourtant dû s’ériger en exemple de bonnes pratiques à travers les programmes qu’elle finance. Lire "La Banque mondiale et les droits humains" d’Eric Toussaint.
Philippine, Turquie, Corée du sud... "les soutiens de la Banque mondiale et du FMI aux dictatures" jalonnent l’histoire des politiques mises en place par la Banque mondiale depuis sa création.

Les politiques de la Banque mondiale au fil du temps

Des Programmes d’ajustements structurels imposés aux pays du Sud dans les années 1980-1990 au classement "Doing Business" - étude annuelle menée par la Banque mondiale pour classer les pays en fonction de leur "facilité de faire des affaires" – et autres outils du même ordre à partir de 2002, la Banque mondiale [2] ne cesse de trouver de "nouveaux moyens pour continuer à imposer son agenda néolibéral au monde en développement", comme le dénonce un rapport de l’Oakland Institute "Les Mythes de la Banque Mondiale Sur L’Agriculture et le Développement".

Car, concernant le secteur agricole, "doing business" signifie accaparement des terres, ce que dénonçait déjà en 2010 l’association GRAIN (La Banque mondiale sur la sellette) et plus récemment Equal Times ("World Bank : when “Doing Business” means grabbing land") mais aussi chantage et meurtres.

L’inanité des politiques néolibérales prônées par la Banque mondiale et la nécessité de les combattre

Pour dénoncer le rôle de l’indicateur Doing Business et du projet Benchmarking the Business of Agriculture (BBA), instruments poussant les pays à adopter des réformes favorisant l’investissement privé dans l’agriculture et des "environnements favorables aux entreprises", diverses organisations de la société civile ont lancé la campagne "Nos terres, notre business" le 10 Octobre 2014, pour demander à la Banque mondiale de cesser de tels projets, qui servent uniquement les intérêts des grandes entreprises. Une pétition à signer est en ligne.

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# World vs Bank
Manifestation à Dacca au Bangladesh, le 10 octobre 2014

Poursuivre en justice la Banque mondiale ? L’idée fait son chemin depuis que des chercheurs marocains ont porté plainte contre elle.
Un procès qui permet de soulever un certain nombre de questions quant à la crédibilité et la redevabilité de l’institution financière internationale. Certes le chemin est encore long avant de rendre la Banque mondiale responsable de ses actes devant la justice, mais ce procès ouvre une brèche : "Oui la Banque mondiale est justiciable et la brèche ouverte au Maroc peut désormais être enfoncée partout dans le monde".

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