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Dossier Le Livre des jeunesses sud-américaines

Jeunesses et intégration régionale

Convergences et divergences entre le regard de l’opinion publique et les initiatives de la société civile et des gouvernements

, par IBASE

Messages de jeunes chilien/es et brésilien/es ayant participé au groupe de dialogue régional (Juin 2009, Rio de Janeiro, Brésil)

« Il est important d’essayer de s’unir. L’intégration latino-américaine est possible et nécessaire, nous avons beaucoup en commun, construisons un mouvement régional et transformons nos pays, démocratisons, répartissons de la meilleure manière possible les ressources, etc. »

« Il est l’heure de se réveiller afin d’unir nos forces avec les autres jeunes du monde et, portés par la rébellion spécifique au « sujet jeune », avançons vers cette transformation sociale tant rêvée. Globalisons le combat ! Globalisons l’espoir ! »

« Discuter avec des jeunes d’autres pays sur des thèmes aussi sérieux et importants m’a permis de me sentir un jeune sud-américain. Nous devons nous reconnaître comme une grande nation « latino-américaine ».

Les témoignages cités ont été recueillis durant la rencontre de 40 jeunes, membres de réseaux et de mouvements sociaux. En ces temps de mondialisation, parmi les jeunes participants, se profile une appartenance militante qui va au-delà des frontières nationales et qui mène, en Amérique du Sud, en Amérique latine, en Ibéro-Amérique, à des combats pour une autre mondialisation (pas nécessairement dans cet ordre linéaire et progressif). Il existe donc des initiatives non gouvernementales - comme celles qui entourent le Forum Social Mondial depuis une dizaine d’années – et des initiatives gouvernementales – telles que celles qui concernent les activités des pays du Mercosur ou ibéro-américains.

Toutefois, il existe un déphasage entre ces minorités jeunes mobilisées et l’ensemble de cette génération. Les résultats du sondage d’opinion confirment cette constatation tout en apportant des informations intéressantes différenciant quelque peu les relations entre populations et pays voisins par rapport aux pays ibéro-américains, surtout l’Espagne.

Dans ce chapitre, nous traiterons de ce sujet, et nous commencerons par les résultats du sondage d’opinion pour envisager « l’intégration sud-américaine » du point de vue des citoyens/es jeunes et des adultes de six pays. Ensuite, nous offrirons au lecteur un glossaire de sigles et de thèmes qui doivent être connus du public effectuant des recherches ou agissant dans les espaces jeunes. Et, enfin, nous aborderons un autre point de la recherche quantitative, en comparant certaines réponses avec la vision des jeunes ayant participé aux groupes de dialogue, ce qui nous permettra de savoir comment les jeunes des six pays concernés par l’étude affrontent leur propre futur, celui de leur pays et de l’Amérique du Sud.

Réalités et envie des jeunes sud-américain/es : aides pour penser à l’intégration régionale

L’un des objectifs de la recherche a été d’analyser les capacités des jeunes des six pays concernés par l’étude à reconnaître les problèmes communs et à construire un programme régional. De ce fait, nous avons cherché à connaître les mouvements et les routes empruntées par les jeunes de la région, et avons également cherché à connaître la perception de la population par rapport aux principales initiatives d’intégration régionale.

Comment et où vont les jeunes de la région ?

De manière générale, les recherches ont démontré que les migrations chez les jeunes sont marquées, d’une part, par un faisceau d’opportunités et, d’autre part, par un ensemble de risques. À partir des résultats des indices construits dans le sondage d’opinion, nous pouvons affirmer que la population jeune circule de manière assez limitée entre les pays de la région.

  • Le pays où cette circulation est la plus importante, par rapport aux autres pays de l’Amérique du Sud et aux autres continents, est l’Uruguay, alors que le Brésil présente le pourcentage le plus faible. Pour l’Amérique du Nord et l’Europe, nous obtenons les ratios suivants : 6,54 % d’Argentins/es ; 5,1 % de Boliviens/es ; 3 % de Brésiliens/es ; 3,4 % de Chiliens/es ; 2,2 % de Paraguayens/es et 11,7 % d’Uruguayens/es.
  • Globalement, la majorité des personnes interrogées affirme ne pas avoir voyagé vers d’autres pays, à l’exception de l’Uruguay (56,3 %) et du Paraguay (55,2 %). L’Argentine (41,9 %), le Chili (23,5 %) et la Bolivie (22,8 %) occupent des positions intermédiaires, alors que le Brésil enregistre le pourcentage de mobilité le plus bas (13,9 %).
  • Le particularisme du Brésil par rapport aux autres pays dans le domaine de la mobilité, parmi les pays de l’Amérique du Sud, peut s’expliquer par ses dimensions continentales, par la différence de la langue et l’histoire de la colonisation. Malgré tout, le faible pourcentage de relation que la population brésilienne entretient avec ses « pays-frères » est surprenant.
  • Pour tous les pays concernés par l’étude, les adultes présentent des pourcentages de mobilité plus importants que les jeunes, à l’exception du Chili, qui présente à peu près les mêmes pourcentages entre les jeunes et les adultes – 23,1 % et 23,6 %, respectivement.

Graphique : Mobilité globale entre les pays, pour les jeunes et les adultes (en pourcentage)

Et quels sont les principaux motifs de cette circulation ?

TABLEAU : Pourcentage de mobilité globale entre les pays de la région, pour le tourisme, le travail et les études, et pour les jeunes et les adultes

Lorsqu’il a été demandé aux personnes interrogées si elles avaient déjà visité un pays de l’Amérique du Sud autre que les pays concernés par la recherche, le Pérou a été le pays le plus fréquemment cité. Concernant les pays d’autres continents qu’elles souhaiteraient visiter, les pays les plus fréquemment cités sont l’Espagne et les Etats-Unis. Lorsqu’on a demandé à ces personnes si elles avaient de la famille ou des amis/es qui vivaient dans un autre pays de l’Amérique du Sud, nous avons pu observer que de nombreux Paraguayens/es (71 %) et Boliviens/es (44,7 %) se trouvaient dans cette situation.

TABLEAU : Pourcentage de mobilité des membres de la famille et amis/es, selon les pays de la région

La même question, en direction des pays de l’Amérique du Nord et l’Europe, accroît sensiblement les différences et les motifs de circulation dans la région.

TABLEAU : Pourcentage de mobilité des membres de la famille et ami/es vers les pays de l’Amérique du Nord ou l’Europe, selon les pays de la région

Que disent-ils à propos de l’intégration ?

Concernant les importantes initiatives pour rapprocher les pays de l’Amérique du Sud, les jeunes et les adultes de tous les pays, dans leurs réponses, ont obéi à une même tendance : investissement dans le commerce, les infrastructures, le travail et les programmes d’étude.

De manière récurrente, les pourcentages les plus importants (au-delà des 80 %) concernent la réalisation de programmes qui lient les pays du continent aux initiatives d’intégration plus solidaire entre les populations.

  • La proposition d’initiatives favorisant une intégration plus solidaire entre les populations de la région a été représentée comme suit : 81,7 % d’Argentins/es, 86,2 % de Boliviens/es, 87 % de Brésiliens/es, 75,3 % de Chiliens/es, 80,6 % de Paraguayens/es et 82,5 % d’Uruguayens/es.
  • L’idée d’investir dans des programmes pouvant permettre aux jeunes sud-américains/es d’étudier et/ou de travailler dans d’autres pays de la région a été considéré pertinente par la majorité : en Argentine 80,5 %, en Bolivie, 86,3 %, au Brésil, 80,5 %, au Chili 80,2 %, au Paraguay, 83,3 % et au Uruguay, 81,6 %.

En résumé

La question de l’intégration régionale n’est pas une question que se pose la majorité de la population et, en particulier, les différentes jeunesses. L’idée même de région n’est pas encore consolidée. Les informations ici présentées représentent un temps donné, alors que les opinions et les perceptions sur la question apparaissent encore de manière fragmentée et peu établie, reflétant les processus historiques, politiques et culturels vécus, durant des siècles, par les pays sud-américains, profondément éloignés les uns des autres.

La majorité des jeunes de ces pays perçoit « la région » comme un lieu offrant peu d’opportunités, qui ne permet pas encore d’entrevoir une citoyenneté qui dépasse les frontières nationales. En parallèle, les pourcentages de réponse positive concernant les investissements dans les commerces, les infrastructures, le travail et les programmes d’études dans la région sont élevés. Cette incongruité peut témoigner d’un moment historique spécifique alors que les pays ne sont plus totalement tournés vers l’Europe et les Etats-Unis, en termes de commerce et de culture, et qu’ils commencent à s’entrevoir comme les pays voisins – mais en étant toujours entre les préjugés et l’identification des chances.

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