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Idées reçues sur Internet

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Avec Internet, il est question d’émancipation, de prise de conscience et de pouvoir nécessaire à chacune et chacun pour essayer de créer son monde comme il l’entend. Internet est plus qu’un bien commun. Il permet la création de nouvelles formes de société, de nouvelles formes de médias, de nouvelles formes de communications. » Okhin, hacker libertaire, Bastamag, juillet 2014.

Idée 1 : « Internet est déconnecté du réel »


Un des principaux reproches faits à Internet est d’être un espace dématérialisé, complètement déconnecté de la « vraie vie ». Cet espace quasiment infini, ouvert à tous les possibles, est accusé de nuire au temps « hors toile ». Qu’en est-il vraiment ?

Nous vivons aujourd’hui dans un monde connecté, où le numérique est partout (terminaux mobiles, objets connectés, cartes à puce…) et disponible tout le temps. Il devient difficile de séparer ces deux mondes : la vie commence dans le réel, se vit pour partie en ligne, puis s’expérimente de nouveau dans le réel. Très souvent d’ailleurs, ces espaces se vivent en simultané : dans chacun de nos déplacements, ou lors de rencontres physiques, nous avons la possibilité de nous connecter via nos téléphones portables. Les données qui circulent d’une borne wifi à une autre pénètrent notre réalité en permanence, dans tous les espaces physiques dans lesquels nous nous trouvons.
Cependant, le numérique ne dématérialise pas la réalité : il l’augmente et la structure en produisant des textes, des images, des sons, etc. Il offre la possibilité d’être davantage informé (à condition d’être vigilant dans sa recherche d’informations, de connaître et de croiser ses sources…), d’abolir les distances et d’échanger en permanence, de mieux s’organiser et de gagner en efficacité. L’exemple des révolutions arabes est particulièrement éclairant sur le sujet : en diffusant sur les réseaux sociaux des vidéos réalisées sur des téléphones portables, les opposants aux régimes ont su convaincre les gens de briser la barrière du silence. Internet a aussi été vecteur de mobilisation à travers l’appel à manifestations : les actes de protestations dans la rue n’auraient sans doute pas eu la même ampleur sans cet outil. Néanmoins, quand les dictateurs ont censuré Internet, les révoltes n’ont jamais faibli car un outil ne remplace pas des actions de terrain. Préparées et amplifiées via le monde virtuel, ce sont donc bien les manifestations et les grèves qui ont permis la chute des dictateurs.
Loin de s’opposer à la vie matérielle ni de la suppléer, Internet fait néanmoins partie de notre espace réel et actuel. Il s’y déroule à chaque instant un nombre considérable d’événements qui participent à la transformation du monde et ça, ce n’est pas du virtuel.

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Le Caire, Egypte, février 2011. Photo Rowan El Shimi cc-by-nc-sa 2.0

Idée 2 : « La jungle Internet est le lieu où le pire s’exprime »

Rumeurs, intox et canulars à connotation racistes, propos incitant à la haine raciale et à la violence, cyber-harcèlement, cyber-délinquance... la « jungle Internet » semble être devenue le « lieu du pire ».
Ces propos étaient déjà présents sous différentes formes avant l’ère Internet. Aujourd’hui, ils se propagent juste plus rapidement et plus largement, mais, comme le souligne le sociologue Dominique Cardon, les rumeurs se défont également plus rapidement sur Internet que dans les médias traditionnels.
Les hoax (canulars sur Internet) à thématique d’extrême droite se sont multipliés ces dernières années et bénéficient d’une viralité très importante. Mais cette propagation des rumeurs racistes ne se serait jamais autant développée sans la complicité de certains politiques et médias, qui ont alimenté la théorie du « bouc émissaire », l’étranger, rendu coupable de tous les maux de la société.

Cette « jungle Internet » peut néanmoins être régulée : en France, la loi sur la liberté de la presse de 1881, complétée par la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (loi LCEN), établissent un droit français de l’Internet, devant empêcher le « pire » de devenir la norme.
Et en dépit de comportements déviants ou délictueux, Internet est aussi le moteur de nombreux changements positifs : communication gratuite d’un bout à l’autre de la planète, multilinguisme, multiplication des sources et des acteurs de l’information, lieu d’expression pour les minorités ou les personnes incriminées dans leur pays...
Internet a par exemple permis aux dissidents birmans de montrer des photos dénonçant les abus policiers, aux blogueurs russes de créer un site pour recenser les personnes nuisibles à la démocratie, aux contestataires tunisiens et égyptiens de se renforcer dans leur mouvement de protestation contre les dictatures... Chaque heure, partout dans le monde, Internet est utilisé pour appuyer des revendications politiques pour un avenir meilleur. Mais, pour que cet outil devienne un bien commun et un levier efficace, il faut un mouvement citoyen organisé et des objectifs clairs.
En tant qu’outil, il reste aussi une arme de taille pour les ennemis de la démocratie qui l’utilisent pour ficher les opposants, exercer la censure ou pour faire passer leurs idées auprès du plus grand nombre.

Que peut-on faire ?

-* Minimiser ses traces sur Internet et contrôler les accès à ses données personnelles

-* Soutenir des initiatives comme Hoaxbuster ou Debunkers, qui traquent les canulars et rumeurs sur le web, notamment d’extrême droite
www.hoaxbuster.com
www.debunkersdehoax.org

-* Abandonner son profil Facebook pour aller sur Diaspora, un réseau social où les utilisateurs gèrent et contrôlent l’intégralité de leurs données, qui sont stockées sur leur serveur web personnel
https://joindiaspora.com

  • Pour les acteurs associatifs, s’informer et se former sur les enjeux et les outils des technologies de communication via la Plate-forme e-change www.plateforme-echange.org

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