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IVe Forum mondial des médias libres

Cette édition met au cœur de ses débats la liberté d’expression, le droit à la communication et les enjeux autour des technologies et d’Internet

, par Rédaction

Le Forum mondial des médias libres a démarré sur les chapeaux de roue, avec deux journées intenses consacrées au droit à la communication, à la réappropriation de l’information, à des débats sur la liberté d’expression ou sur la gouvernance d’Internet.

A l’école des Ingénieurs (ENIT) du campus El Manar, les co-organisateurs s’agitent en tout sens ce samedi 21 mars pour préparer l’ouverture du Forum mondial des médias libres qui démarre le lendemain après-midi. Nous sommes à trois jours de l’ouverture du Forum social mondial et il n’y a quasiment personne sur le campus, exceptés les ouvriers qui terminent les derniers travaux à grand renfort de coups de pioche. Comme à chaque édition du FSM, les problèmes de logistique sont nombreux (changement de salles à la dernière minute, matériel manquant, problèmes pour la traduction) mais n’entament pas le moral des troupes qui tentent de les résoudre un à un avec l’appui des volontaires dépêchés sur place pour l’occasion.

Dimanche 22 mars, 15H30. Environ 150 personnes sont réunies dans l’amphithéâtre Annabi pour assister à la table-ronde d’ouverture.
Erika Campelo de Ritimo présente le processus du Forum mondial des médias libres (FMML), le contexte de monopolisation de l’information par les grands groupes de communication et la nécessité d’intensifier les expériences et les luttes menées par les médias alternatifs pour la reconnaissance du droit à la communication.

Nozha Ben Mohammed, de Radio 6 et du syndicat tunisien des radios libres invite à la table Roberto Savio, président d’Inter Press Service et Maria Moukrim, la directrice du portail d’information marocain Febrayer pour parler de la liberté d’expression et du droit à la communication dans la région du Maghreb-Machrek.
Les discussions tournent autour de la concentration des médias et de leur homogénéisation, favorisée par la transformation du journalisme, dont l’impératif de "faire vendre" rend l’information de plus en plus étrangère à la culture des pays et de plus en plus dépendante des pouvoirs économiques et politiques. Face à cette vision uniforme du monde, Roberto Savio préconise une communication horizontale et un renforcement des médias libres qui doivent être "participatifs et horizontaux". Cette information libre n’a pas de valeur commerciale, elle doit être fondée sur des valeurs humanistes. Roberto Savio interpelle la salle en fin de débat pour lui demander "de ne jamais perdre sa capacité à s’indigner".

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Maria Moukrim, Nozha Ben Mohamed, Roberto Savio - table-ronde d’ouverture

La 2e table-ronde de l’après-midi est consacrée à des ateliers méthodologiques en vue de la finalisation de la rédaction de la Charte mondiale des médias libres. Une charte qui s’élabore de façon collective depuis le FSM de Tunis en 2013, lors de séminaires régionaux organisés au Brésil, au Maroc, en Tunisie et en France pour permettre d’établir des principes et des garanties pour le fonctionnement des médias libres et la liberté d’expression dans le monde.

Beatriz Barbosa d’Intervozes revient sur l’historique du Forum des médias libres jusqu’à l’idée de la charte. Mohamed Leghtas de l’organisation e-Joussour explique le rôle de la charte dans le FMML et François Soulard de l’organisation Traversées présente la charte, sa méthodologie d’élaboration et les grands moments de sa finalisation pour les prochains jours. Promouvoir les médias libres, sur la base de valeurs humanistes, progressistes, environnementalistes, assurer la protection des journalistes et des cybercitoyens, partager les savoirs, faire valoir l’éthique de l’information et de la communication, en responsabiliser les acteurs... sont autant de clauses contenues dans cette charte pour en faire un véritable acte politique.

Un observateur extérieur, Saïd Essoulami, co-fondateur de Article 19 et directeur du Centre Freedom Media Mena, a livré, en fin de séance, ses ressentis et son analyse sur ce travail conduit depuis deux années. L’une de ses principales critiques tient au fait que la charte oppose les médias libres aux autres types de médias (commerciaux, publics, étatiques...). Selon lui, la charte doit travailler à "inclure tout le système d’information", pour libérer tous les médias, condition sine qua non pour façonner un autre système de communication. Said Essoulami pointe également le manque de contexte historique qui pèse sur la compréhension des objectifs de cette charte et sur ses aboutissements. Les conflits, le terrorisme, la dégradation de l’accès aux droits essentiels auraient dû être mentionnés pour appréhender le rôle des médias libres dans ce contexte. Enfin, il revient sur la notion d’éthique, insuffisamment présente en l’état actuel de la charte pour permettre d’établir les devoirs et les responsabilités des acteurs de l’information.

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François Soulard et Bia Barbosa lors de la table-ronde sur la charte
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Myriam Merlant, Mohamed Leghtas et Said Essoulami, table-ronde sur la charte

Dimanche, 18h. Fin d’une journée riche en échanges et perspectives. L’exposition "Le spray et le crayon comme armes de dénonciation" est terminée d’être installée. Les participants au FMML s’y rassemblent. Les dessins de Latuf, cartoonist brésilien, de Khalid Gueddar, caricaturiste marocain et de bien d’autres dénoncent les gouvernements autoritaires, le néolibéralisme et les pouvoirs qui étouffent la diversité des voix dans le monde.

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Exposition le spray et le crayon comme armes de dénonciation

Lundi 23 mars, 9h. Matinée consacrée aux activités autogérées. Plusieurs d’entre elles sont annulées, leurs organisateurs ayant fait défaut. Comptant sur une cinquantaine de participants, Ritimo propose un atelier dans un mini-amphi sur la collaboration entre médias libres et hackeractivistes. Cette table-ronde donne la parole aux acteurs ayant contribué au dernier numéro de la collection Passerelle. La question de la régulation d’Internet domine le débat, Bia Barbosa revient sur la lutte de la société civile brésilienne pour promouvoir la neutralité du Net (loi Marco Civil), Stéphane Couture de l’Université McGill fait le parallèle entre hackeractivisme et lutte des femmes, pour que ces dernières aient un rôle de premier ordre dans les milieux hackers et libristes.

11h30. La table-ronde "Le dessin comme outil de résistance, ses atouts et ses limites" débute avec la participation du caricaturiste marocain Khalid Gueddar, très inquiété par la famille royale au Maroc, du cartooniste brésilien Carlos Latuf, dont les dessins de presse dénoncent la colonisation israélienne et du journaliste français Sébastien Boistel (Le Ravi). Ce dernier évoque les potentialités du dessin de presse dans le journal satirique marseillais. Les événements "Charlie" de janvier 2015 s’invitent rapidement à la table : peut-on rire de tout, et avec n’importe qui ? La liberté d’expression peut-elle être absolue quand les références culturelles ne sont pas universelles ? Qu’a signifié "être Charlie" le 7 janvier et a-t-on obligation de se sentir Charlie ?
Le sujet semble incontournable et les réactions - à la table comme dans le public - sont nombreuses. Pour Latuf, si la caricature est un outil de résistance contre les situations d’injustices, les dessins qui attaquent les gens sont contreproductifs. Les caricaturistes ont un devoir de responsabilité, sinon ils agressent les gens. Le marocain Khalid Gueddar défend une position sensiblement différente : la liberté d’expression doit être totale mais elle s’inscrit malgré tout dans le contexte législatif des pays. En quoi dessiner quelqu’un relève de l’insulte ? Pour Gueddar, la caricature est un outil de résistance, un moyen d’exprimer ses idées et elle ne connait pas de limites.
Les nombreuses réactions dans la salle semblent converger largement sur une idée clé : "notre liberté s’arrête là où commence celle des autres". La liberté d’expression, oui, mais toujours dans le respect des différences de l’autre.

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Carlos Latuf, Khalid Gueddar et Bia Barbosa avant la table-ronde
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Khalid Gueddar, Carlos Latuf et Imane Bounjara

14h30. Ateliers sur la charte mondiale des médias libres.
4 groupes vont réfléchir aux questions suivantes :
- Qui sommes-nous ?
- Pourquoi la charte ?
- Que défendons-nous ?
- Que proposons-nous concrètement ?
Les participants s’isolent dans des salles séparées pour réfléchir à ces questions clés, qui doivent permettre d’enrichir la charte et de la finaliser pour la fin de la semaine.

Vidéo de ces ateliers :

4e FMML Charte des médias libres from Association Ritimo on Vimeo.

16h. Plénière et compte-rendus d’ateliers
Les rapporteurs se succèdent pour résumer la teneur des échanges : des amendements sont faits sur le texte, des précisions sur les définitions, sur les valeurs portées par la charte, sur sa portée politique, son côté fédérateur au sein des FSM et mobilisateur pour défendre le droit à la communication. Les formulations de la charte sont jugées trop passives, pas assez combattives. La valeur ajoutée de cette charte, par rapport à d’autres textes existants n’apparait pas encore assez clairement. Et la société civile y est insuffisamment représentée. Toutes les remarques des ateliers doivent permettre aux co-organisateurs de terminer la rédaction de la charte pour qu’elle soit adoptée lors de l’assemblée de convergence du 28 mars.

Du pain sur la planche... mais avec tout l’enthousiasme de deux premières journées spécialement riches et participatives !

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