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Dossier Forum Mondial de l’eau vs Forum alternatif mondial de l’eau

Forum Alternatif Mondial de l’Eau : « Eau, source de vie, pas de profit. »

, par BOUGUERRA Mohamed Larbi

Accès à l'eau : une problématique mondiale

Au centre des préoccupations du FAME, on relève la gestion publique de l’eau, gestion qui devrait se faire sans profit aucun.

A cet effet, une table ronde a été organisée sur ce thème. Pour de nombreux orateurs, l’idée que la gestion en « partenariat public-privé » (PPP) soit plus performante que « la gestion publique » est tout simplement fausse car les investissements promis et l’efficacité annoncée ne sont souvent pas au rendez-vous. Pire, ce sont les fréquentes coupures d’eau et les prix plus élevés du mètre cube qui deviennent la norme. Pour certains, l’efficacité tant prônée des entreprises de l’eau et notamment les multinationales françaises se base sur des indicateurs exclusivement économiques qui ignorent purement et simplement les critères sociaux tels la participation citoyenne, la transparence de la gestion, la satisfaction des consommateurs….

C’est ainsi qu’une ONG italienne opérant en Afrique affirme que les réseaux d’eau potable cédés au secteur privé sont souvent des structures qui étaient en parfaite état sur le plan du fonctionnement et de la rentabilité alors que l’on a laissé à la gestion publique ou à celle des communautés les zones les moins rentables, les plus éloignées du centre où l’habitat est dispersé.

Pour des participants d’Amérique latine, il paraît essentiel que les communautés demeurent responsables de la gestion de l’eau. Ils invoquent l’exemple de la Bolivie où l’État a récupéré les réseaux d’eau potable auparavant dévolus aux communautés. Pour ces participants, cela ne va pas dans le sens d’une gestion réellement démocratique de la ressource.

Sur un autre continent, au Sénégal, les associations d’usagers militent sans relâche contre la gestion privée de certains réseaux ruraux, gestion qu’elles considèrent comme une régression par rapport au rôle joué jusque-là traditionnellement par les communautés villageoises dans l’alimentation en eau des populations. On a donné aussi l’exemple du Burkina-Faso où une multinationale française a échoué à se faire déléguer la gestion de l’eau car la société civile s’est opposée à la privatisation étant donné que la société nationale de l’eau faisait des bénéfices.

D’autres participants latino-américains (Uruguay…) appellent de leurs vœux des partenariats Sud-Sud et même Sud-Nord pour partager les leçons des multiples expériences –souvent couronnées par des échecs retentissants- de « privatisation »de la gestion de l’eau. Ils plaident pour des partenariats Public-Public (PuP) associant les autorités publiques, les travailleurs et les communautés ; ces partenariats ne devant pas réaliser de profits lors de leurs activités.

COMMENTAIRE :

Ce débat est un des plus emblématiques du FAME. Il prend ses racines dans le fait que 884 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable et que 2,6 milliards d’individus sur le globe n’ont pas d’assainissement correct.
Il a été conforté par la résolution votée en juillet 2010 par l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, résolution qui déclare que l’eau potable et l’assainissement sont des droits humains.

Demeure bien entendu posée la question : comment faire parvenir l’eau potable et comment doter de toilettes convenables les personnes qui en ont besoin ? Militants, associations et experts ont avancé, lors du débat au FAME, des arguments souvent pertinents mais le plus intéressant a été la relation des expériences, des échecs et des drames- parfois (Cochabamba en Bolivie, par exemple)- qui ont jalonné l’irruption des intérêts privés dans la gestion administrative, la distribution, la pose de compteurs, l’entretien, la réparation….

A cet égard, les délégués d’Amérique latine ont été les plus diserts étant donné les expériences argentines, chiliennes, boliviennes…même si l’Afrique a eu aussi son lot d’expériences dans ce domaine au Sénégal, au Congo, en Côte d’Ivoire….

Rappelons que Philippe Bernard a écrit (Le Monde, 13 avril 2011, p.7) : « En confiant, en 1990, la concession de l’eau et de l’électricité de Côte d’Ivoire à Martin Bouygues, ami de Nicolas Sarkozy, Alassane Ouattara est devenu un proche du futur président français….Laurent Gbagbo, qui veut se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son mandat le 31 octobre 2005, cherche à la fois à affaiblir l’axe Outtara-Bouygues et à amadouer Paris en favorisant les industriels amis de l’Elysée. Il y parvient en renouvelant, quelques jours avant cette échéance, les concessions de Bouygues (aujourd’hui minoritaire dans la distribution de l’eau et de l’électricité en Côte d’Ivoire)…. »

Pour tous, le credo est : « La gestion de l’eau ne doit pas dégager de profit qui iraient sur les comptes bancaires des multinationales ou dans les poches d’opérateurs privés. » car l’eau est un élément vital dont nul ne saurait en être privé sous prétexte qu’il n’a pas les moyens de la payer.

Pour autant, il faut quand même relever qu’en 2010, les multinationales et les intérêts privés n’assuraient que 12% des besoins en eau potable et en assainissement dans le monde. Mais, au FAME, la vigilance était de mise. Un proverbe anglo-saxon ne dit-il pas crûment : « Water flows uphill to money » (L’eau suit sa pente et remonte vers l’argent) ?

Pour l’immense majorité des pays en développement où la question de l’eau et de l’assainissement se pose avec acuité, on pourrait étendre à cette ressource ce que dit des famines le Prix Nobel d’économie Amartya Sen : « Les famines ne sont pas le résultat du manque de nourritures mais de démocratie. Car la liberté d’opinion et la presse obligent les pouvoirs politiques à rendre des comptes et à agir. »

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