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Féminisation de la politique en Amérique latine : quelles retombées pour les droits des femmes ?

Zoom d’actualité

, par CEDIDELP , GERGAUD Sophie

Le FSM 2015 s’est ouvert ce matin, 24 mars, avec l’assemblée des femmes, rappelant que leurs droits sont encore largement bafoués de par le monde. Non seulement l’intégrité physique des femmes est trop souvent menacée, mais leur égalité avec le statut (financier, professionnel...) des hommes au sein de nos sociétés est loin d’être assurée.
Ainsi, ce zoom d’actualité s’interroge sur la montée en puissance de nombreuses femmes de pouvoir en Amérique latine : la féminisation de la politique est-elle synonyme de réelles avancées pour les droits et la place des femmes dans ces sociétés ?

La représentation des femmes en politique en Amérique latine est en forte hausse depuis l’an 2000 avec, notamment, plusieurs femmes élues présidentes. Une enquête menée par le groupe Mazars montre que le taux de représentation des femmes dans la vie parlementaire y oscille de 35% à 50%, quand en France il atteint difficilement les 19% et aux Etats-Unis 18%... Si, pour le Réseau international de connaissances sur les femmes en politique, la Conférence mondiale sur les femmes, organisée par l’ONU en 1995 à Pékin, a favorisé la féminisation de la politique en Amérique latine, Erika Guevara-Rosas, auteure de l’article « Latin American Countries Have Elected a Wave of Women Leaders—Why Hasn’t Equality Followed ? » (en anglais), tient à rappeler que cette évolution résulte en grande partie de décennies de luttes pour le changement progressif menées par de nombreux mouvements sociaux de femmes. Les organisations pour les droits des femmes ont ainsi elles-mêmes créé les espaces nécessaires pour transformer leurs préoccupations et leurs priorités en actions politiques dont elles ont été les premières participantes, à égalité avec les hommes.

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Les femmes au pouvoir en Amérique latine
De gauche à droite et de haut en bas : la présidente du Chile, Michelle Bachelet ; du Costa Rica, Laura Chinchilla ; d’Argentina, Cristina Fernández ; du Brésil, Dilma Rousseff ; l’ex-présidente du Nicaragua, Violeta Barros, et du Panamá, Mireya Moscoso.

Un modèle en terme d’égalité de genre sur le plan social ?

Selon la Commission économique pour l’Amérique latine des Nations unies (Cepal), aucun pays de la région latino-américaine ne parvient à établir la parité dans le domaine économique. Cinq femmes sur dix sont encore exclues du marché du travail en Amérique latine et le chômage les touche beaucoup plus que les hommes (7,8 % contre 5,9 %). À l’inverse, seuls 8 % des membres des conseils d’administration et 5 % des hauts cadres de 348 grandes entreprises latino-américaines sont des femmes.
 
D’autre part, les quelques victoires ne doivent pas faire oublier le machisme et les critiques sexistes auxquelles doivent encore faire face nombre de femmes politiques. Dans son article « Mujeres al poder » (en espagnol), Sara Lovera revient sur le cas du Mexique où, en 2015, dans le cadre du renouvellement des personnalités à la tête de 17 institutions du Mexique, près de 5900 femmes pourraient se retrouver sur les listes électorales dans les conseils provinciaux et fédéraux. Si le président Enrique Peña Nieto a, en effet, largement favorisé la réforme politique pour imposer la parité, l’idée de partager le pouvoir avec leurs paires est loin de ravir l’intégralité de la classe politique masculine. Ainsi, toujours au Mexique, l’article « Las mujeres en la política : enfrentadas a la misoginia y el despropósito » (en espagnol) passe en revue les femmes élues à des postes importants dont la capacité à faire face aux responsabilités est sans cesse remise en question par ce qui relève davantage de la critique futilement sexiste que par de réelles analyses politiques.
 
Pour Erika Guevara-Rosas, la forte présence des femmes en politique est plus symbolique qu’autre chose, ces dernières ne transformant pas leurs sociétés de manière fondamentale. En effet, la féminisation de la politique dans la région ne s’est pas encore traduit par l’inscription à l’ordre du jour d’une véritable amélioration des conditions de vie des femmes. La journaliste passe ainsi en revue les femmes politiques à la tête des États latino-américains et estime que, pour la plupart conservatrices, elles ne représentent pas vraiment une avancée pour les luttes des droits des femmes. Elle cite d’ailleurs une autre étude, « The Foreign Policy Survey : Women in Politics », qui montre que seules 7 des 43 femmes politiques du monde entier ont indiqué accorder une importance prioritaire aux questions relatives aux femmes dans leur travail. Même les gouvernements prétendument « progressistes » d’Argentine et du Brésil, dirigés par des femmes, n’ont pas fait des droits des femmes une priorité absolue. La contribution des organisations féministes continue donc d’être cruciale dans cette lutte.
Car même s’ils ont ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), les pays d’Amérique latine laissent encore apparaître une culture profondément marquée par le machisme et le poids de l’Église. Dans une majorité de pays de la région, l’IVG et la pilule du lendemain restent strictement interdites et, jusqu’en 2004, il n’y avait pas de législation rendant possible le divorce au Chili. Pire encore, victimes de sérieuses inégalités et exclusions sociales, les femmes sont touchées par un taux de féminicide alarmant dans certaines zones.

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