Entre savoir et savoir se taire : l’éducateur-trice funambule !

, par Commission ECSI Ritimo

L’animateur en Education à la Citoyenneté et à la Solidarité (ECSI) a pour rôle de faciliter l’émergence des savoirs des participants pour permettre la construction collective de connaissances, de réflexion et de compétences. S’il n’est pas porteur d’enseignements vis-à-vis de son public, il doit cependant connaître le champ des possibles et les enjeux d’une thématique afin de préparer son projet pédagogique, pouvoir faire émerger les connaissances et accompagner le groupe dans l’organisation et la recherche d’informations complémentaires.

« L’animateur (…) ne doit pas être expert des sujets qu’il traite, il doit créer des méthodologies qui vont permettre d’aborder et de sensibiliser sur un sujet », d’après une animatrice salariée dans une association d’ECSI de Quimper. L’animateur cherche avant tout à faciliter l’expression d’un public sur un sujet pour qu’il comprenne par ses propres moyens et qu’il s’approprie des réponses. Ce processus individuel est la première marche qui mènera à l’action collective et, dans le cas de l’ECSI, à l’action pour un monde juste et solidaire.

Si l’animateur montre trop ses propres connaissances, il sera considéré comme le détenteur de savoirs, l’« individu sachant ». En se positionnant ainsi au-dessus ou à côté du groupe, il bloquera la possibilité pour les participants d’entrer dans la démarche proposée : que chacun soit organisateur de ses apprentissages et co-porteur de savoirs au sein du groupe. Dans ce contexte, ne pas savoir ne doit pas être un problème et on découvre rapidement que tous sont porteurs de connaissances ou de démarches d’investigation dont ils n’ont parfois pas conscience.

Préparer l’improvisation

Cependant, pour préparer la mise en place du cadre de co-découverte de savoirs, et donc créer ou adapter une démarche ou un outil pédagogique sur une thématique précise, il apparaît indispensable de connaître les enjeux liés au sujet. Cette préparation à la facilitation implique pour le médiateur de mener des recherches sur le fond du sujet, son fonctionnement, ses enjeux, ses impacts ou encore les alternatives qui répondent aux dysfonctionnements liés au thème. Ces connaissances sont indispensables pour trouver l’outil ou le procédé pédagogique le plus adapté pour aborder ces notions. Bien que n’ayant pas vocation à être enseignés, ces savoirs sont la condition qui permet à l’animateur-trice de préparer son animation. Pour ce/tte dernier/ère, il est souvent difficile de placer le curseur entre temps consacré au savoir et à la méthodologie dans la préparation.

La connaissance du sujet, « basée sur sa culture générale et la culture générale de ceux qui apprennent » selon un enseignant, bénévole dans un centre de documentation de Draguignan, est également un soutien à la posture de facilitation de l’animateur-trice car c’est lui ou elle qui devra accompagner l’organisation de l’information, autant que l’auto-co-formation des participants sur un sujet. Son rôle en terme de reformulation, de mise en lien de réflexions, de sélection d’informations essentielles proposées par les participants, d’accompagnement à la structuration des savoirs collectés est indispensable à la progression de la compréhension et de la réflexion du groupe. Ce sont également ses connaissances qui seront en permanence confrontées aux connaissances du groupe, au même titre que celles de tous les participants, mais les animateurs/trices devront en plus porter une attention particulière aux informations erronées évoquées, afin d’accompagner au mieux le groupe dans une démarche de vérification et de validation des données et des sources pour limiter les prises de positions hâtives.

La structuration du savoir, la compréhension de sujets complexes prennent du temps et « il faut bosser en amont sur ce que les gens pourraient aller creuser » explique une chargée de formation en ECSI dans une association de la région parisienne, et ce, afin de rester dans une dynamique d’apprentissage couvrant le champ des possibles des sujets. Ce travail se prépare mais la plupart du temps, il doit pouvoir s’improviser avec les participants au cours d’une séance et en fonction de leur âge, leur capacité de compréhension ou encore de leur intérêt pour la thématique.

Avoir fait soi-même des investigations multiples prépare au travail de recherche et met en capacité d’anticiper et d’improviser quand on est face aux participants. Les sources et ressources sont multiples : centre documentation en interne revues et les articles qui intéressent plutôt que les ouvrages, les sites Internet d’associations spécialisées sur le sujet, la recherche de documentaires, « la base de données Ritimo », « l’appel au réseau associatif local ou national », « des articles de presse de médias indépendants », etc.

Avoir une connaissance étendue du sujet pour respecter la complexité des débats

Ces recherches « demandent beaucoup de temps de travail et de préparation qui existent peu dans nos agendas surchargés », mais s’en passer peut vite pénaliser la qualité des animations. Le manque de compréhension ou d’analyse de l’animateur risque en effet de favoriser l’acceptation par le groupe d’une trop grande simplification de réalités complexes. Cela irait à l’encontre de l’un des objectifs de l’ECSI, qui est de faire appréhender un monde complexe et interdépendant. « Cette relation au savoir influence les projets pédagogiques » proposés par les animateurs et les thématiques traitées, car les sujets jugés trop complexes sont mis à l’écart ou enseignés de manière descendante afin d’éviter la complexification du sujet par les participants à laquelle l’animateur-trice ne pourrait pas faire face.

C’est sur ce fil étroit séparant le savoir de l’animateur et le devoir de facilitation et donc d’effacement de ses connaissances que les animateurs en ECSI jouent aux équilibristes. Sans aller jusqu’à chercher une neutralité, qui ne peut exister au regard des sujets et des méthodologies employés, l’éducateur à la citoyenneté et à la solidarité internationale cherche avant tout à mettre des gens en lien les uns avec les autres pour désacraliser ensemble le savoir. Proposer d’échanger sur divers sujets impactant directement ou indirectement les personnes, mettre en avant l’idée que chacun a une place dans la co-construction des savoirs comme dans la société, sont les moyens qu’ils utilisent pour que chacun s’inscrive en tant que citoyen d’un monde juste et solidaire.