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Dossier Sensibiliser, former, mobiliser les habitants pour faire valoir leurs droits

Encourager les minorités rwandaises à faire valoir leurs droits

La Communauté des Potiers du Rwanda

, par Juristes Solidarités

Cet article a été rédigé par Juristes Solidarités, à partir d’une intervention à un atelier d’échanges d’expériences au Rwanda en 2010.

Bannière du site de l'association COPORWA

Minorité représentant moins de 1% de la population rwandaise, la communauté des potiers du Rwanda constitue le groupe le plus vulnérable et pauvre du pays, connu sous d’autres appellations : pygmées (terme générique lié à la taille des individus), Twas, Batwas (termes claniques) ou encore Potiers (terme lié à l’activité). Historiquement, les membres de cette communauté vivaient dans les forêts de chasse et de cueillette. Expulsés depuis le début du XIX ème siècle de leur milieu de vie par les déboisements successifs, la création des parcs et d’aires protégées, ils ont dû s’adapter et trouver de nouveaux moyens de subsistance, à savoir la poterie. Mais au fil du temps, l’accès à la terre et aux marais, nécessaire pour trouver de l’argile, leur a été refusé, fragilisant à nouveau leur existence.

En 1995, au vu de la situation catastrophique vécue par les populations Batwas, un groupe de potiers qui avait bénéficié de la possibilité d’intégrer le système scolaire se mobilise en créant la CAURWA, Communauté des autochtones rwandais qui devient la COPORWA, la Communauté des Potiers du Rwanda, en 2007. L’association se donne pour missions principales de promouvoir le respect des droits des Batwas et leur intégration à travers l’éducation, l’alphabétisation, la promotion de la culture, le renforcement des moyens d’existence, la protection des femmes et la lutte contre le VIH/SIDA.

L’accès à l’éducation : premier pas vers la connaissance du droit

Le niveau d’éducation de la population des Potiers est très bas. L’enquête réalisée en 2004 sur les conditions de vie socio-économiques des Batwas avec lesquels la COPORWA est en relation, montre que 77% des potiers adultes sont analphabètes, 51% ont atteint le niveau primaire, 1% a connu l’éducation secondaire et un nombre négligeable a suivi des études universitaires. En résultent un accès au(x) droit(s) et une participation à la vie publique très limités.

Forte de ce constat, la COPORWA soutient la scolarisation des enfants et met en place des cours d’alphabétisation pour les adultes. Elle promeut la scolarisation des jeunes par la sensibilisation auprès de l’ensemble de la communauté, plus particulièrement auprès des parents et des enfants. Afin d’intégrer au mieux les enfants membres de la communauté des Potiers dans le système scolaire, la COPORWA sensibilise également les maîtres d’école pour éviter les éventuelles discriminations.

Concernant les femmes, souvent victimes d’une double discrimination, la COPORWA mène des actions pour la promotion de l’égalité des chances dans le développement de la communauté et le respect des droits des femmes. Elle tente également de favoriser leur indépendance économique afin qu’elles acquièrent une réelle autonomie dans leur participation au leadership de l’organisation. L’accès à l’éducation étant un préalable important à la revendication des droits, la COPORWA encourage la scolarisation des filles tout en renforçant les capacités des femmes par la sensibilisation et l’accompagnement juridique.

Depuis 1999, près de 1 000 Potiers ont été alphabétisés, 300 enfants ont bénéficié de soutien scolaire, de sorte que 65 Potiers ont terminé l’école secondaire et 43 font des études universitaires. Malgré ces succès, il reste encore un assez grand nombre de Batwas analphabètes et beaucoup de jeunes n’ont toujours pas la possibilité de faire des études supérieures.

L’accès aux droits : de la sensibilisation au plaidoyer

Pour promouvoir le respect des droits de l’Homme, des temps de sensibilisations sont organisés. Ils ont pour but d’informer les populations autochtones sur leurs droits et sur le droit des peuples autochtones au niveau international : Convention n°169 de l’Organisation internationale du travail, Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, rapports du groupe de travail de la commission africaine sur les populations autochtones, etc. L’importance de la participation dans les processus de prise de décision pour une meilleure participation citoyenne au niveau décentralisé est également soulignée. Afin que les droits des Potiers soient davantage pris en considération, leurs candidatures aux campagnes électorales sont soutenues par la COPORWA. En effet, afin de protéger l’environnement, le gouvernement rwandais crée, en 1973, l’Office des parcs nationaux et expulse les Batwas de leurs terres sans pour autant les indemniser ou leur céder d’autres lieux de vie. Ayant perdu tout droit sur leurs domaines, 43 % des Potiers n’ont aujourd’hui plus de terre et sont ainsi exposés à une forme d’exploitation de leur vulnérabilité.

Le Département des droits humains de l’association, créé en 1995, s’implique alors afin de renforcer, d’une part, leurs connaissances concernant ces droits dont ils peuvent jouir et, d’autre part, leur capacité pour une meilleure participation citoyenne au niveau décentralisé. Cela passe, par exemple, par la mise en place d’un accompagnement juridique visant notamment au respect du droit à la terre, ce qui a permis à 150 personnes d’accéder en 2010 à des terres dans les districts de Nyamasheke et Gicumbi. Depuis le début du programme d’appui mené par ce département de l’association, ce serait 350 Potiers qui auraient récupéré leurs terres.

Compte tenu des niveaux de pauvreté et d’analphabétisme, les Batwas sont souvent incapables de s’informer sur leurs droits, de payer les frais de services juridiques, ou d’accéder à l’aide juridictionnelle quand elle existe. Ainsi, le Département des droits humains de la COPORWA plaide en faveur d’une reconnaissance de la vulnérabilité spécifique de cette communauté pour tenter de réhabiliter leurs droits violés en mettant en place des mesures de protection spécifiques.

Favoriser l’accès à des conditions de vie décentes

Afin de contribuer à la recherche de solutions aux difficultés socio-économiques des Potiers du Rwanda (pauvreté extrême et chronique, manque de terres, manque d’emplois, etc.), la COPORWA appuie l’apprentissage professionnel des jeunes de la communauté, ainsi que la diversification des activités génératrices de revenus comme l’agriculture et l’élevage moderne, la maçonnerie, la vannerie, la mécanique automobile, la poterie moderne, la menuiserie, la couture, etc.

Elle organise également des formations à l’entreprenariat et appuie la création de divers groupements coopératifs. Les Potiers se mobilisent en effet au niveau local et s’organisent suivant leur choix en groupements coopératifs : agriculture, épargne pour louer un champ, etc. La COPORWA leur apporte son soutien par divers moyens, notamment en les appuyant pour l’obtention de semences, en les aidant au niveau du matériel agricole et en les formant à la gestion de la coopérative et de son patrimoine. Chaque groupement s’organise ensuite lui-même et entreprend de manière autonome les démarches nécessaires telles que l’élaboration des demandes de soutien, favorisant ainsi la maîtrise des populations sur leur situation tout en augmentant leur pouvoir économique.

Favoriser l’accès à la santé

D’un point de vue sanitaire, les difficultés économiques engendrent un taux de mortalité élevé chez les Potiers. En effet, l’accès à la santé est très limité, la plupart des Potiers n’ayant pas de mutuelle et refusant souvent de se rendre dans des établissements de santé par honte de leur condition économique. Ainsi, plus de 60% d’entre eux ont recours aux herbes et à la médecine traditionnelle, faute d’avoir accès à une médecine moderne. Une sensibilisation est menée sur les maladies et virus qui touchent les populations telles que le VIH/SIDA, la malaria ou les maladies infantiles, en parallèle aux actions de renforcement de leurs capacités économiques ce qui devrait leur permettre d’améliorer ces conditions sanitaires.

Le soutien à l’éducation et l’alphabétisation d’une part, la sensibilisation et l’accompagnement juridique doublés d’un appui aux initiatives économiques, encouragent les Batwas à faire valoir leurs droits et à utiliser le droit dans leur quotidien comme un outil d’amélioration de leur situation.

En outre, la COPORWA soutient la vente des produits modernes de la poterie réalisés par les Batwas, par la création d’une page réservée sur le site de l’association afin que des commandes puissent venir du monde entier, et par l’appui à l’ouverture d’un magasin. Cela permet ainsi d’augmenter les capacités financières des Potiers tout en préservant leur culture.

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