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Dossier Élections municipales, européennes, départementales et régionales 2014-2015 : l’immigration au cœur du débat politique

Elections départementales : les débats sur l’immigration et l’identité de la France

, par ASIAD , M’BODJE Mamadou

En dehors du drame des attentats de janvier 2015, le Front National progresse en France depuis le milieu des années 70 et plus clairement depuis 2002. Nous aurions pu dire que n’importe quel parti aurait progressé autant, s’il avait incarné aussi passionnément la résistance à l’immigration, à la contre-colonisation, au changement de peuple et de civilisation, au Grand Remplacement.

Quand le FN dicte désormais les thèmes politiques

Deux idées fausses récurrentes structurent la pensée qui, de l’identité malheureuse aux théories du « Grand Remplacement », nourrit les angoisses identitaires de nos concitoyens et la montée du FN. La première postule l’existence d’une identité nationale cohérente, homogène, historique enracinée, structurée autour de pratiques culturelles distinctes, …

Il n’existe pas une identité française unique qui aurait traversé l’histoire pour parvenir jusqu’à nous. Au contraire, plusieurs récits identitaires concurrents porteurs de fragments d’histoire et de mémoire nationales, coexistent. Pour le meilleur et pour le pire, les récits nationaux hégémoniques ont été balayés depuis près d’un demi-siècle, rendant illusoire une définition de « notre culture » qui soit acceptée par tous. D’où l’échec patent du débat sur l’identité nationale lancé en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy. On ne peut définir ce qui par nature est multiple et contradictoire. Plutôt que de arc-bouter sur la recherche d’une identité nationale, l’appréhension des identités françaises, mobiles, en changement constant, enrichies d’apports multiples -cultures régionales, immigrés, européennes, mondialisées- devrait être envisagée, sans exclusive ni volonté de figer ce qui par essence ne peut pas l’être.

La deuxième idée fausse : le métissage serait incompatible avec la préservation d’une culture originale propre aux sociétés qui se « protègent » de l’extérieur. Concevant la rencontre des cultures et des modes de vie sur le mode de l’affrontement et non de l’hybridation, cette perception pose problème. Elle essentialise, voire ethnicise, la culture française en la présentant comme « pure » à l’origine, passant sous silence le fait que cette dernière est le produit d’un métissage constant depuis des siècles. Ce qui perdure dans une société, c’est un ensemble de valeurs -tolérance, goût de la liberté, espoir d’une égalité à parfaire- adossé à un patrimoine visible. Le reste, contrairement à ce qu’affirme le FN et ses partisans, ne constitue qu’un compromis historique forcément instable et temporaire. Si tant est que le métis ne soit pas sommé en permanence de choisir entre ses origines multiples, rien d’incompatible entre le mélange et l’appartenance à une communauté culturelle donnée dans les discours politiques qui ne sont pas nouveaux, c’est la dénonciation de l’immigration, les assignations identitaires et la quête désespérée d’une identité nationale unique et figée.

Français de souche ? Immigré ?

Pendant toute la campagne, la dénonciation de l’immigration continue de figurer en tête des discours des candidats FN, UMP, PS, etc. Ce phénomène est présenté comme une menace pour la sécurité des pays et la préservation de son identité. Les candidats frontistes et beaucoup à droite, agitent la crainte d’une croissance incontrôlée du nombre d’immigrés dans notre pays, qui finirait par mettre en minorité culturelle les représentants de la France traditionnelle. Les termes du débat sont minés : « qu’est-ce qu’un immigré » ? « un français de souche » ?. Le Haut Conseil à l’intégration propose une définition des premiers utilisée intensivement par le système statistique public : un immigré est une personne résidant en France née étrangère à l’étranger (qu’elle ait adopté ultérieurement la nationalité française ou non). Selon cette approche, l’Insee dénombre 5,6 millions d’immigrés en France en 2011.

Cette définition est contestée à chaque campagne électorale et de façon criante depuis les années 70 : elle serait trop restrictive. Selon certains, les enfants de ces personnes nées étrangères à l’étranger (les « descendants d’immigrés » dans la terminologie officielle), ainsi que leurs propres enfants (la troisième génération) devraient également être comptés dans les « immigrés ». Comme si le statut d’immigré était un gène héréditaire, transmis de génération en génération -gène dominant de surcroît, puisqu’il suffit d’un ascendant immigré pour qu’on le devienne soi-même. Ce cas est courant : plus de la moitié des 6,7 millions de descendants d’immigrés n’ont qu’un seul parent immigré. Il n’existe aucun décompte sérieux des descendants d’immigrés de troisième génération. Mais on peut gager qu’il s’agit d’une très large population -étant donné l’ancienneté des phénomènes migratoires qu’a connu la France tout au long du XXe siècle. Où donc mettre le curseur « immigré » pour qu’il reste pertinent ? Rétifs à toute tentative d’objectivation, ces discours tirent leur force de la nébuleuse dans laquelle ils prolifèrent.
Au fond, ce n’est peut-être pas tant l’immigration qui est en cause, que la quête angoissée d’une certaine idée existentielle de la France devant faire front face aux musulmans … radicaux…

Un vieux débat

On pourrait croire que l’immigration musulmane se heurtant dans les mentalités de l’héritage christiano-européen, pourrait trouver dans la tradition Républicaine d’après 1789 un imaginaire libérateur ou compatible avec le sien. Or, cela n’était pas le cas, et ce problème s’était, à vrai dire, déjà posé avec d’autres communautés soucieuses d’identité collective sous la IIIe République (Catholiques, Juifs, communistes après 1920) en raison de ce qu’on pourrait appeler l’individualisme anthropologique de la tradition républicaine d’après 1789. En effet, cet individualisme anthropologique de la déclaration du 20 août 1789 était une négation universaliste et volontariste des diversités anthropologiques de la France réelle.

La déclaration de 1789 définissait les droits d’un homme de manière abstraite, détachée de toute ethnicité propre. Les structures de parenté ou la diversité des langues réellement parlées étaient mises entre parenthèses. D’ailleurs , une enquête menée dans les provinces françaises, dé-légitimera les patois français et préconisera l’universel apprentissage du français national, langue de la raison et des Lumières. Les instituteurs qui avaient appris le français comme langue unique aux petits Bretons à coups de règle sur les doigts sont une application de cette théorie.

Ces droits de l’Homme étaient libérateurs pour l’individu mais ne reconnaissaient pas les solidarités de fait léguées par l’Histoire. Ainsi, les Juifs se voyaient-ils accorder l’égalité civile, mais au nom du principe : « tout accorder aux Juifs en tant qu’individu et rien en tant que nation ». Il en résulte que seules deux entités se voient reconnaître une légitimité : l’individu et la nation qui n’est qu’un ensemble d’individus.
La nation restant une « volonté de vivre ensemble » des individus et donc pas, dans cette perspective, la résultante d’un inconscient ethnico-linguiste. La France avait beau avoir une langue empruntée au colonisateur romain qui avait détruit le substrat celtique, elle avait beau être jusqu’à la fin du XXe siècle un « amas hétéroclite de peuples inconstitués » (Honoré-Gabriel Riquet de Mirabeau), elle n’en formait pas moins une nation. Les Alsaciens, par exemple, qui étaient de langue germanique, étaient français, dès lors que la nation leur donnait une place et garantissait leur appartenance (à la nation), dans la mesure où ils acceptaient de l’être.

Comparaisons historiques de l’affirmation des droits supérieurs

Ce discours volontariste légitime pour le passé et pour l’avenir est l’œuvre d’unification de l’État centralisé, qu’il soit royal ou républicain. En dépit des bons arguments de bon sens apparent des penseurs conservateurs ou pragmatiques, ce discours avait été nécessaire justement parce que la France recouvrait des diversités anthropologiques plus grandes que la plupart des pays d’Europe. Les comportements du Breton, de l’Alsacien, du Corse, du Normand avaient objectivement plus de points communs avec d’autres populations européennes qu’elles n’étaient apparentées entre elles. Malgré toutes ces difficultés, cette tradition avait réussi à intégrer avec un certain succès les diversités françaises dans une identité commune dans la mesure où elle avait rencontré les aspirations de diverses populations françaises. La francisation avait été signe de déracinement certes, mais aussi de promotion sociale et d’accès à la « modernité ». Par ailleurs, après 1848, le suffrage universel avait établi des moyens de communication entre le système politique global et les divers sous-systèmes régionaux qui pouvaient faire pression sur l’ensemble. Ce système d’intégration avait toutefois rencontré ses limites dans le cadre des colonies de la République. Le droit de vote n’avait jamais été accordé qu’à une extrême minorité (avant 1946 ou 1958) francisée qui acceptait d’abandonner son « statut personnel ».

La « nationalité française » comme relation juridique entre un individu et une « nation France » qui comporte des « devoirs et droits » n’avait pas durablement fonctionné comme réseau d’échanges colonial. Les devoirs doivent parfois été exigés (combattre pour la France), mais les « droits » n’avaient pas été accordés comme compensation directe. Lorsque la nationalité avait été accordée à tous (en 1946, ou 1958 en Algérie), c’était pour éviter de donner l’indépendance. Aussi, la scolarisation en français, faute de moyens ou de volonté, n’avait pas été effectuée pour la majorité de la population. Mais elle a été suffisante pour créer une acculturation à la France, pour faire rêver d’une France idéale et donner aux élites locales le goût de retourner les principes de la tradition républicaine contre la France. Cette acculturation très partielle contribue à expliquer à la fois, en partie, l’immigration et la décolonisation.

Cependant, les comparaisons historiques avec les diverses immigrations d’avant 1945 ne permettraient pas de dire que l’intégration d’une immigration d’imprégnation musulmane serait plus difficile à moyen terme. Seules les mentalités françaises cristallisées dans le double mythe fondateur d’une France européenne et chrétienne et d’une république des droits de l’Homme individualiste permettraient de s’interroger sur l’avenir des rapports entre la communauté française et une immigration musulmane qui garderait une identité collective.

Cela renverrait à la mutation fondamentale subie par l’identité française depuis 1945. Marquée par l’internationalisation, elle se sent fragilisée et doute d’elle-même. Mais ce profond doute des Français sur la France qui resurgit périodiquement depuis la défaite de 1940 ne devrait pas être le prétexte au défoulement xénophobe qui a tendance à se manifester depuis un siècle.

On remarquera par ailleurs, que le débat que la France a connu sur le droit de la nationalité et son identité manifeste à la fois une continuité et une différence par rapport aux deux crises précédentes (1880-1905 et 1925-1945). Comme lors des deux précédentes vagues d’immigration, beaucoup de Français croient que la vague actuelle est inassimilable, et la cause en serait l’Islam. Mais cette cause n’est réelle que pour autant qu’elle renvoie à une crise de l’identité française elle-même : recentrée sur l’Europe, la France hésite à assumer l’héritage post-colonial que constitue l’immigration d’origine musulmane. Le mélange de tradition républicaine et d’héritage chrétien qu’elle avait tenté d’exporter dans l’Empire se dissout en France même.

Faut-il en conclure qu’il ne peut y avoir en France d’intégration que d’individus débarrassés de toute attache communautaire ? Est-ce vraiment cela qu’exige la tradition républicaine quand elle refuse que soient prises en compte les différences entre citoyens fondées sur la race, l’appartenance ethnique ou la religion.

En 1914, la société française était encore hétérogène. Il existait entre les régions des différences considérables, en particulier quant au type de familles, de pratique religieuse et d’orientation des votes. Les langues régionales étaient parlées par beaucoup. Les immigrés, « déjà nombreux », gardaient sans bruit nombre de pratiques culturelles propres et de liens communautaires. Les écarts de revenus et de modes de vie étaient plus importants qu’aujourd’hui, la conscience de classe très vive. La grande querelle idéologique datant de la Révolution divisait encore les Français. Pourtant, en août 1914, la manière dont s’est opérée la mobilisation contre l’Allemagne a donné une manifestation éclatante d’unité nationale. La tendance à faire bloc contre l’ennemi y était évidemment pour quelque chose. Mais de manière plus profonde et plus durable, les Français, y compris les nouveaux venus, se reconnaissaient dans un projet politique pour lequel chacun se sentait valorisé, qui ouvrait à tous l’espoir de réaliser leur attente d’égalité et d’ascension sociale et qui donnait sens au dévouement à la patrie. La doctrine républicaine tenait pour certaine l’idée que ce projet impliquait un système de valeurs cohérent et systématique et qu’il fallait donc promouvoir par tous les moyens l’unité culturelle du pays. La réalité sociale était bien différente.

« L’unité culturelle a été une ambition ou une idée, un instrument de l’intégration nationale, non une réalité ». Entre l’idéologie et les faits sociaux, il y a toujours eu un grand décalage. En fait, l’adhésion à la nation française ne s’est jamais opérée sans la médiation des groupes particuliers dans lesquels les personnes étaient plus directement engagées : groupes familiaux, communes, univers local et régional, associations, etc. C’est dans ces espaces qui portent les couleurs de la République que certains médias découvrent quelques fois qu’une cohérence se cherche et se trouve en France et en Europe.

Bleu, blanc, rouge 

Les couleurs de la République, naturellement. Symboles d’une citoyenneté partagée qui s’est construite dans l’Histoire. Symboles d’un lien qui dépasse les points de vue et les intérêts pour les ouvrir à une liberté, une égalité, une fraternité. Mais voici que les couleurs du pays sont à un moment, devenues arc-en-ciel, bigarrée black, blanc, beur, … Et les Français gardent à l‘esprit cette conjonction surprenante dont ils ont mieux pris conscience à l’occasion d’une victoire sportive : les deux palettes peuvent n’en faire qu’une ! Ce fut comme un révélateur, au-delà des circonstances -d’une coupe de football ; une réalité souterraine était reconnue positivement : une identité commune à l’œuvre, une intégration réussie, quand elle assume des origines différentes, solidaires, déterminée devant une ambition et un projet.

A l’époque, les médias l’ont répété à l’envi : les couleurs de la République n’ont jamais été si joyeusement brandies depuis longtemps, affichant la fierté d’une sorte de « modèle français » ! Plus qu’une fièvre nationaliste s’étalait dans la rue comme une envie de fraternité, de convivialité ; le goût de réussir avec les autres. Rêve d’un moment ? Étape nouvelle cependant d’une découverte :une société heureuse de vivre ensemble n’est pas une société éclatée. La rigueur et pas seulement l’utopie facile, le désir de trouver des solutions collectives, la confiance et non la crispation sur des individualités…, telles furent les conditions de la prouesse que paraissaient offrir les porte-drapeaux d’une société plurielle.

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Pancarte réalisée par les étudiants de Sciences Po lors d’une conférence de Marine Le Pen, le 5 avril 2012. Photo : 5 avril 2012.

Cette question du vivre ensemble, ne l’oublions pas, ne touche pas seulement à la pluralité des origines. Il ne s’agit pas seulement d’immigration. Mais de la coexistence des cultures, de plus en plus diverses, des courants de pensée, des styles de vie. Une coexistence mosaïque, ou une coexistence porteuse de projet pour tous ? Jusqu’où accepter l’imprévisible dans cette diversité ? Comment éviter les pièges du syncrétisme comme de la perte d’identité ? Au-delà, par la pluralité des appartenances, des cultures, des communautés, une nouvelle cohérence se cherche-t-elle encore dans nos société ?

Même s’il faut toujours réfléchir aux conditions de cette convergence, on note que ces interrogations donnent place depuis bien longtemps, à des débats très vifs, où l’immigration réapparaît en termes négatifs, de domination ou de xénophobie. Elles montrent aussi comment des médiations, des relais, un « métissage » quotidien sont à l’œuvre, ce qui évitent d’aborder ces questions difficiles, parfois douloureuses, de manière trop caricaturale.

Toutefois la question reste finalement posée à notre démocratie pour savoir si le projet de demain se résumera ou pas à l’affirmation d’un universalisme, dont on déléguerait à certains l’application en oubliant, comme la parabole sportive l’a montré, la rigueur et la confiance nécessaires qui mènent vers des valeurs communes.

La gestion de l’Autre, dans les débats

La réflexion sur l’idée d’une France multiculturelle est récente dans le débat public. L’opinion, pas toujours favorable à toute organisation plurielle de la société, réagit à cette question par la confusion et le malentendu. Le mot « multiculturalisme » renvoie au fantasme d’une dérive de la société française vers le modèle communautaire anglo-saxon dénoncé par les médias. Stimulant l’identité nationale, se demander si la France est multiculturelle suscite passion et désarroi. L’absence de sérénité des Français repose sur de fausses convictions. Si la terminologie est récente, la nation française s’est bâtie sur le brassage d’ethnies composites. La multiplicité ethnique de la France est un fait antérieur au problème posé par l’arrivée des immigrés.

Pendant toutes les élections, depuis plusieurs années, quels que soient les termes utilisés, « intégration », « assimilation », « insertion » d’une part, « multiculturalisme », « pluralisme » de l’autre, le processus semble identique et provoque les mêmes questions aux candidats à l’élection : gestion de l’Autre, du différent, du vivre ensemble, etc.

Ce constat est bien répandu car l’opinion, à travers les médias, les écrivains, retient bien le caractère du message sur la situation actuelle : l’aire culturelle d’origine des migrants, hier européenne, aujourd’hui planétaire, et le statut de la France, hier rayonnant et dominateur, désormais remis en cause. Ces évolutions douloureusement perçues ont facilité la diffusion de trois idées fausses : les immigrés d’aujourd’hui, moins assimilables que leurs prédécesseurs venus d’Italie ou de Pologne, obligeraient la France à devenir multiculturelle ; synonyme de déclin, de perte d’identité, le multiculturalisme serait le signal d’une ingérence des civilisations différentes au cœur de l’espace public national ; enfin, la société multiculturelle traduirait une dérive à l’américaine marquée par des phénomènes de formation de ghettos et d’affrontements ethniques.

Si l’opinion publique, peu attentive à l’important flux migratoire vers la France pendant la période d’expansion économique des « trente glorieuses », n’aborde la question de l’immigration qu’au début des années 70, le caractère multiculturel de la société est encore plus tardivement évoqué dans les médias et dans les partis politiques. Ce décalage s’explique par la difficulté des Français à envisager la pluralité au-delà du seul domaine économique et social.

Aussi est-il important d’analyser le caractère diachronique de la prise en compte du multiculturel par la presse écrite et la télévision. Au temps où l’idée d’une France multiculturelle n’est pas envisagée ont succédé le temps d’une réflexion chaotique et douloureuse, puis celui d’un traitement plus régulier, sans pouvoir toutefois atteindre un point d’équilibre.

Jusqu’au milieu des années 70, l’image du migrant est celle d’un travailleur venu seul en France, sa seule ambition étant de gagner de l’argent puis de rentrer au pays. A l’écart de la société française, parqués dans des bidonvilles, ces étrangers ne semblent, comme les pays d’accueil d’ailleurs, animés par aucun projet d’insertion. Malgré son importance économique, l’immigration n’est pas un thème médiatique, toute idée de relation interculturelle, de mixité est absente du débat public. La France est alors une société fermée. Pendant cette période, les médias n’abordent pas l’immigration sous l’angle de l’inter-relation. C’est encore le rapport « dominant-dominé » qui prévaut, conséquence de la dépendance des migrants au secteur économique et de la reproduction du lien colonial entre société française et travailleurs du tiers monde. Loin d’envisager quelque société multiculturelle que ce soit jusqu’à la fin des années 70, les Français n’ont abordé l’immigration dans les médias qu’en termes négatifs, sur le mode de la domination ou sur le modèle de la culpabilisation.

Si le bilan concernant les dernières décennies reste mitigé, analysés dans une perspective historique, les politiques et les médias ont profondément modifié leur approche de l’immigration et du multiculturalisme. Ignoré jusqu’aux années 70 et apparu peu à peu dans le débat public, ce thème est devenu depuis le milieu des années 80 jusqu’à nos jours, le favori des débats politiques et le sujet médiatique par excellence.

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Bibliographie :

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CASSAIGNE Bernard : Sociétés, cultures, communautés, Projet, n° 255, 1988

GASTAUT Yvan : Le multiculturalisme au miroir des médias, Projet, n° 255, 1988

HOFFMAN Stanley : Essai sur la France, Seuil, 1975

JULIA Dominique, de CERTEAU Michel : Une politique de la langue, Gallimard, « Bibliothèque des histoires, 1982

LE PEN Jean-Marie : Les Français d’abord, Carrère-Lafon, 1984

MARTIGY Vincent : Deux idées fausses sur l’identité, Le 1, Mercredi 11 mars 2015

TODD Emmanuel, LE BRAS Hervé : L’invention de la France, Collection Pluriel, 1980

WOLFF Loup : Qu’est-ce qu’un immigré ?, Le 1, mercredi 11 mars 2015

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