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Discours de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale - EZLN

Lors du 22eme anniversaire du début de la guerre contre l’oubli

Cette déclaration a été traduite de l’espagnol au français par Clémence Tavernier, traductrice bénévole pour Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de l’EZLN, Enlace Zapatista : Palabras del EZLN en el 22 aniversation del inicio de la guerra contra el olvido.

22 ans après le soulèvement zapatiste du 1er janvier 1994, qui a permis de mettre en lumière les problématiques sociales et politiques des peuples autochtones du Mexique et d’ailleurs, de nombreux liens ont été renforcés avec d’autres mouvements autochtones, ainsi qu’avec la société civile mexicaine et internationale. Le discours anticapitaliste du mouvement, ses pratiques horizontales et ses revendications d’autonomie, ont inspiré et inspirent encore de nombreuses luttes aujourd’hui.

1er janvier 2016,

Bonsoir chers camarades, piliers du soutien a l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, bonsoir chers camarades miliciens et miliciennes, insurges, responsables locaux et régionaux, autorités des trois instances du gouvernement autonome, chers camarades instigateurs et instigatrices des différents domaines de travail. camarades, hommes et les femmes de la 6eme Déclaration nationale et internationale, et bonsoir à vous tous ici présents.

Camarades, nous sommes ici aujourd’hui pour célébrer le 22ème anniversaire du début de la guerre contre l’oubli.

Durant plus de 500 ans, nous avons souffert de la guerre que nous ont faite les puissants des différentes nations, langues, couleurs et croyances afin de nous anéantir.

Ils voulaient nous détruire, en nous tuant nous mais aussi nos idées.
Mais nous avons résisté.

Comme peuples autochtones, comme gardiens de la terre nourricière, nous avons résisté.

Pas seulement ici et pas uniquement ceux de notre couleur, celle de la terre.
Dans tous les coins du monde qui souffraient et qui souffrent aujourd’hui, là où il y a eu et où il y a encore des gens dignes et rebelles qui ont résisté et qui résistent à la mort que veulent nous infliger les dominants.

Le 1er janvier 1994, il y a 22 ans, nous avons rendu public notre “¡YA BASTA !” [“ÇA SUFFIT !”] , que nous avons préparé dans un silence digne durant dix ans.
En taisant notre douleur, nous avons ainsi préparé son cri.

Notre parole était alors le feu.
Afin de réveiller celui qui dormait.
Afin de relever celui qui était tombé.
Afin d’indigner celui qui s’était résigné et celui qui s’était soumis.
Afin de révéler l’histoire
Pour l’obliger à dire ce qu’elle cachait.

Pour dévoiler l’histoire des exploitations, des assassinats, des spoliations, des mépris et des oublis qui se cachait derrière l’histoire des Dominants.

Cette histoire des musées, des statues, des manuels, des monuments dédiés au mensonge.

Avec la mort des nôtres, avec notre sang versé, nous avons sorti de sa torpeur un monde résigné à la défaite.

Il n’y a pas eu que des mots. Il y a eu aussi le sang de celles et ceux qui sont tombés durant ces 22 années et qui s’est ajouté à celui versé au cours des années, des lustres, des décennies et des siècles précédents.

Nous devions donc choisir et nous avons choisi la vie.

C’est pourquoi, alors et jusqu’à maintenant, c’est pour vivre que nous mourons.
Notre discours fut alors aussi simple que notre sang tapissant les rues et les murs des villes qui nous méprisent maintenant comme elle le faisait auparavant.

Et cela continue :

Nos 11 demandes ont constitué le drapeau de notre lutte : terre, travail, alimentation, santé, éducation, logement digne, indépendance, démocratie, liberté, justice et paix.
Ces demandes sont celles qui nous ont fait nous lever, les armes à la main, parce que c’est ce qui nous manque, à nous les peuples autochtones et à la majorité des personnes dans ce pays et dans le monde entier.

C’est de cette manière que nous avons engagé notre lutte contre l’exploitation, la marginalisation, l’humiliation, le mépris, l’oubli et contre toutes les injustices que nous subissons à cause de la malveillance du système.

Parce que pour les riches et les puissants nous ne sommes bons qu’à être leurs esclaves, pour qu’ainsi eux soient chaque fois plus riches et nous, chaque fois plus pauvres.

Après avoir vécu aussi longtemps sous cette domination et spoliation, nous osons dire : CA SUFFIT ! ET NOTRE PATIENCE S’ARRÊTE ICI !

Et nous avons constaté que nous n’avions plus aucun autre choix que de prendre les armes pour tuer ou mourir pour une cause juste.
Mais nous n’étions plus seuls, camarades.
Nous ne le sommes plus à présent.

Au Mexique et dans le monde, la dignité a pris le pouvoir dans les rues et a demandé à s’exprimer.

Nous avons alors été entendus.

A partir de ce moment-là, notre manière de lutter a changé. Nous avions et avons une écoute attentive et une parole libre parce que depuis le début nous savons que la lutte juste d’un peuple s’appuie sur la vie et non sur la mort.

Mais nos armes restent à notre côté, nous ne les avons pas délaissées, elles seront avec nous jusqu’à la fin.

Parce que nous avons vu que là où notre écoute était un cœur ouvert, le Tyran opposait sa parole mensongère, son cœur ambitieux et trompeur.

Nous avons vu que la guerre du dominant continuait.

Son plan et son objectif étaient et restent de nous faire la guerre jusqu’à notre extermination. C’est pourquoi au lieu de répondre à nos justes demandes, il a préparé et prépare, a fait et fait la guerre avec son armement moderne, forme et finance des groupes paramilitaires, offre et distribue des miettes, profitant de l’ignorance et de la pauvreté de certains.

Ces tyrans d’en haut sont des fous. Ils pensaient que ceux qui étaient prêts à les écouter étaient aussi prêts à se vendre, à se laisser faire, à céder.
Ils se trompaient.

Ils se trompent toujours.

Parce que nous, les hommes et les femmes de l’armée Zapatiste, nous savons bien que nous ne sommes pas des mendiants ou des moins que rien qui s’attendent à ce que tout se résolve par soi-même.

Nous sommes des peuples ayant une dignité, une détermination et une conscience qui les poussent à lutter pour la vraie liberté et contre l’injustice faite à tous les hommes, à toutes les femmes et à tous les genres. Qu’importe leur couleur, leur race, leur genre, leur croyance, leur planning ou leur situation géographique.
C’est pourquoi notre lutte n’est ni locale, ni régionale et pas non plus nationale. Elle est universelle.

Parce que les injustices, les crimes, les spoliations, les mépris et les exploitations sont universels.

Mais la révolte, la rage, la dignité et la soif d’être les meilleurs, sont elles aussi universelles.

C’est pourquoi, nous avons compris qu’il était nécessaire de construire notre vie nous-mêmes et par nous-même.

Au milieu des grandes menaces, des harcèlements militaires et paramilitaires, et des provocations continuelles du gouvernement malfaisant, nous commençons à former notre propre système de gouvernance, notre autonomie, avec notre propre système éducatif, notre propre système de santé, notre propre système de communication, notre manière de prendre soin et de travailler notre terre nourricière ; notre propre politique en tant que peuple et notre propre idéologie du comment nous voulons vivre en tant que peuple, et ce avec une autre culture.

Là où des hommes et des femmes attendent que ceux du haut trouvent une solution pour ceux du bas, nous, les hommes et les femmes zapatistes, nous commençons à construire notre liberté comme l’on plante des graines, comme en bâtissant, en grandissant, c’est-à-dire à partir du bas.

Mais le gouvernement malfaisant tente de détruire et de mettre fin à notre lutte et à notre volonté de résistance par une guerre qui modifie son intensité à mesure qu’elle change sa politique mensongère, avec ses mauvaises idées, avec ses mensonges, en utilisant ses moyens de communication pour les diffuser et en ne laissant que des miettes aux populations autochtones où il y a des zapatistes, pour nous diviser et acheter les âmes, mettant ainsi en place son plan anti-insurrection.

Mais la guerre menée par les dominants, mes chers camarades, frères et sœurs, est toujours la même : elle n’apporte que destruction et mort.

Ils peuvent changer les idées et les drapeaux avec lesquels ils arrivent, mais la guerre des dominants détruit toujours, tue toujours, ne sème jamais que terreur et désespoir.

Et au milieu de cette guerre, nous avons dû marcher vers ce que nous voulons.
Nous ne pouvions pas nous asseoir et attendre que comprennent ceux qui ne comprennent même pas qu’ils ne comprennent rien.

Nous ne pouvions pas nous asseoir et attendre que le criminel se renie lui-même, renie son histoire et se transforme en repenti, en quelqu’un de bien.
Nous ne pouvions pas attendre une longue et inutile liste de promesses qui auraient été oubliées quelques minutes après.

Nous ne pouvions pas attendre que l’autre, différent mais identique à nous du point de vue de la douleur et de la rage, se mette à nous regarder, et qu’en nous regardant, il se reconnaisse.

Nous ne savions pas comment faire.

Il n’y avait pas de livre, de manuel ou de doctrine qui nous disaient comment faire pour résister tout en bâtissant quelque chose de nouveau et de meilleur.
Peut-être pas parfait, peut-être différent, mais toujours le nôtre, celui de nos peuples, de nos femmes et de nos hommes, de nos enfants et de nos anciens qui, avec leur cœur collectif, recouvrent le drapeau noir de l’étoile rouge à cinq branches et des lettres qui ne représentent pas seulement un nom, mais aussi un engagement et un destin : E Z L N.

Alors nous avons cherché dans notre histoire ancestrale, dans notre cœur collectif, et à travers nos chaos, nos faiblesses et nos erreurs, nous avons peu à peu construit ce que nous sommes, et non seulement ce qui nous permet de rester en vie et de résister, mais aussi ce qui nous permet de nous dresser dignes et rebelles.

Durant ces 22 années de lutte de Résistance et de Rébellion, nous avons continué à construire une autre manière de vivre, en nous gouvernant nous-mêmes, comme le peuple collectif que nous sommes, suivant les 7 principes du commandement, en obéissant, en construisant un nouveau système et une autre manière de vivre en tant que peuples autochtones.

Un système où le peuple commande et le gouvernement obéit.

Et notre cœur simple comprend que c’est le système le plus sain, parce qu’il naît et grandit du peuple lui-même, c’est-à-dire, ce même peuple qui pense, analyse, réfléchit, propose et décide ce qui est le mieux pour lui, en suivant l’exemple que nous ont laissé nos ancêtres.

Comme nous l’expliquerons ensuite, nous voyons que dans les communautés partisanes règnent la détresse et la misère, que la paresse et le crime dirigent et que la vie communautaire est cassée, blessée déjà mortellement.

Le fait de se vendre au gouvernement malfaisant n’a non seulement pas résolu leurs besoins, mais a rajouté encore davantage d’horreurs.

Là où avant il y avait la faim et la pauvreté, maintenant, le désespoir s’ajoute à ces deux maux .

Les communautés partisanes sont devenues des groupes de mendiants qui ne travaillent pas. Ils attendent seulement le prochain programme gouvernemental d’aide ou la prochaine période électorale.

Et ceci n’apparaîtra dans aucun rapport de gouvernement municipal, étatique ou fédéral, mais c’est la réalité qui peut être constatée dans les communautés partisanes : des paysans qui ne savent plus travailler la terre, des maisons inachevées parce que ni le ciment ni les planches ne peuvent se manger, des familles détruites, des communautés qui ne se réunissent que pour recevoir les aumônes gouvernementales.

Dans nos communautés il n’y a peut-être pas de maison en ciment, ni de télévisions digitales, ni de camions derniers cris, mais chez nous les gens savent travailler la terre. Ce que l’on met sur la table, les vêtements avec lesquels on s’habille, la médecine qui soulage, le savoir qui est appris, la vie qui passe, c’est à NOUS, c’est le fruit de notre travail et de notre savoir. Ce n’est pas un cadeau tombé du ciel.

Nous pouvons dire sans rougir que les communautés zapatistes sont non seulement mieux qu’il y a 22 ans, mais que leur niveau de vie est supérieur à celui de ceux qui se sont vendus aux partisans de tous bords.

Auparavant, pour savoir si quelqu’un était zapatiste, il fallait regarder s’il portait un foulard rouge ou une cagoule.

Aujourd’hui, il suffit de voir s’il sait travailler la terre ; s’il prend soin de sa culture ; s’il étudie pour connaître la science et la technique ; s’il respecte les femmes que nous sommes ; s’il a le regard haut et clair ; s’il sait commander au nom du collectif ; s’il voit les fonctions du gouvernement autonome rebelle zapatiste comme un service et non comme un commerce ; si lorsqu’on lui demande quelque chose qu’il ne sait pas, il répond “je ne le sais pas… encore” ; si lorsque l’on se moque de lui en disant que les zapatistes n’existent plus, qu’il ne sont que très peu, il répond “ce n’est pas grave, nous allons être plus nombreux, cela prendra peut-être du temps, mais oui, nous serons plus nombreux ” ; s’il anticipe dans le temps et dans l’espace ; s’il sait que demain se sème aujourd’hui.

Mais bien sûr, nous sommes conscients qu’il nous reste beaucoup à faire, que nous devons nous organiser plus et mieux.

C’est pourquoi, nous devons faire encore plus d’efforts afin de nous préparer à réaliser plus et mieux nos tâches pour nous gouverner, parce que vient ensuite à nouveau le mal de tous les maux : le système capitaliste malfaisant.

Et nous devons savoir comment y faire face. Nous avons déjà 32 ans d’expérience de lutte de Rébellion et de Résistance.

Et nous sommes ce que nous sommes.
Nous sommes l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.
C’est ce que nous sommes, même s’ils ne nous nomment pas.
C’est ce que nous sommes, même s’ils nous oublient par le silence et les calomnies.
C’est ce que nous sommes, même s’ils ne nous regardent pas.

Nous sommes en marche, sur le chemin, en pleine naissance, vers notre destinée.
Et à travers ce que nous sommes, nous voyons, nous observons, nous écoutons les douleurs et les souffrances proches et lointaines dans l’espace ou dans le temps.

Et nous regardions avant, et nous regardons aujourd’hui.

Une nuit sanglante, plus s’il était possible, s’étend sur le monde.
Le Tyran s’obstine non seulement à exploiter, réprimer, mépriser et dépouiller.
Mais il est décidé à détruire le monde entier, si cela lui permet d’en tirer des profits, de l’argent, des revenus.
Il est clair que le pire est à venir, pour nous tous camarades.

Parce que les supers riches multimillionnaires de quelques pays poursuivent leur objectif de piller toutes les richesses naturelles du monde entier, tout ce qui nous donne la vie, comme l’eau, les terres, les forêts, les montagnes, les fleuves, l’air ; et tout ce qui est dans notre sol : l’or, le pétrole, l’uranium, l’ambre, le souffre, le charbon et les autres minerais.

Parce qu’eux ne considèrent pas la terre comme une source de vie mais comme un business. Ils convertissent tout en marchandise, et la marchandise ils en tirent de l’argent, et ainsi, ils veulent nous détruire complètement.

Le malfaisant et ses disciples ont un nom, une histoire, une origine, un calendrier, une implantation : c’est le système capitaliste.

Qu’importe la couleur qu’il prend, qu’importe le nom qu’on lui donne, qu’importe la religion avec laquelle il se déguise, qu’importe le drapeau qu’il brandit.

C’est le système capitaliste.
C’est l’exploitation de l’humanité et du monde qui l’habite.
C’est le mépris de tout ce qui est différent et qui ne se vend pas, qui ne se soumet pas, qui ne cède pas.
C’est celui qui persécute, met en prison, assassine.
C’est celui qui vole.

Face à lui jaillissent, naissent, se reproduisent, grandissent et meurent des sauveurs, des leaders, des chefs, des candidats, des gouvernants, des partis qui proposent la solution.

Comme une marchandise de plus, ils offrent les recettes pour résoudre les problèmes.

Peut-être que quelqu’un croît encore que d’en haut, de là où viennent les problèmes, viendront les solutions ?
Peut-être qu’il y a encore une personne qui croit en des sauveteurs locaux, régionaux, nationaux et mondiaux ?
Peut-être qu’il y a encore une personne qui s’attend à ce que quelqu’un fasse ce que nous devons faire nous-même ?
Ce serait bien, n’est-ce pas ?

Tout serait facile, pratique, ne demanderait aucun effort. Il n’y aurait qu’à lever la main, rayer un nom sur un bulletin de vote, remplir un formulaire, applaudir, crier une consigne, adhérer à un parti politique, voter pour en virer un et le remplacer par un autre.

Peut-être que nous disons, pensons, nous les hommes et les femmes zapatistes, que nous sommes ce que nous sommes.

Ce serait très bien ainsi, mais ça ne l’est pas.

Car ce que nous, les zapatistes, nous avons appris que nous sommes et sans que personne ne nous l’ait enseigné, c’est que personne, absolument personne, va venir nous sauver, nous aider, résoudre nos problèmes, soulager nos douleurs, nous offrir la justice dont nous avons besoin et que nous méritons.

Nous ne comptons que ce nous faisons, nous les hommes et les femmes zapatistes, chacun selon son calendrier et sa situation, selon son nom collectif, sa réflexion et son action, son origine et sa destinée.

Et nous avons aussi appris, nous les zapatistes, que c’est seulement avec de l’organisation que tout cela est possible.

Nous avons appris que si, un homme, une femme, toute personne sans importer son genre, se révolte, c’est beau.

Que si beaucoup de personnes, qu’importe une fois de plus le genre, se révoltent, alors une lumière s’allumera dans un coin du monde et sa lueur parviendra à éclairer pendant quelques instants toute la surface de la Terre.

Mais nous avons appris aussi que si ces cris d’indignation s’organisent... Alors là ! Ce n’est pas une lumière momentanée qui éclaire les chemins terrestres...

C’est alors comme un bourdonnement, comme une rumeur, une secousse qui commence à retentir doucement en premier et beaucoup plus fort ensuite.

Comme si ce monde allait donner naissance à un autre monde, un monde meilleur, plus juste, plus démocratique, plus libre, plus humain… ou plus humaine, qu’importe son genre.

C’est pourquoi, nous commençons aujourd’hui cette partie de notre discours par des mots déjà prononcés avant, mais qui continuent à être nécessaires, urgents, vitaux : nous devons nous organiser, nous préparer à lutter, afin de changer cette vie, pour créer une autre forme de vie, une autre forme de gouvernance, nous, le peuple zapatiste.

Parce que si nous ne nous organisons pas, nous serons réduits à plus d’esclavagisme.

Nous ne pouvons pas faire confiance au capitalisme. Absolument en rien. Nous vivons déjà depuis des centaines d’années sous ce système, nous subissons déjà les 4 piliers du capitalisme : l’exploitation, la répression, la spoliation et le mépris.

Désormais, il ne nous reste plus que la confiance entre nous, les hommes et les femmes zapatistes, car oui, nous savons comment bâtir une nouvelle société, un nouveau système de gouvernance, pour la vie digne et juste que nous désirons.

Parce que maintenant plus personne n’échappe à la tempête de l’hydre capitaliste qui détruira nos vies.

Les autochtones, les paysans, les ouvriers, les enseignants, les femmes au foyer, les intellectuels, les travailleurs et les travailleuses en général, parce qu’il y a beaucoup de travailleurs qui luttent pour survivre au quotidien, que ce soit avec un patron ou sans, tous vont sombrer dans les griffes du capitalisme.

En d’autres termes, point de salut dans le capitalisme.

Personne ne va nous diriger, c’est nous qui nous dirigeons, en prenant en compte la manière avec laquelle nous pensons résoudre chaque situation.

Parce que si nous pensons qu’il y a quelqu’un qui nous dirige car nous avons déjà vu comment ils nous ont dirigés durant les cents dernières années, sous le système capitaliste et que cela ne nous a jamais servi à nous les pauvres emmerdeurs. Mais pour eux, oh que oui cela a servi ! Parce que là oui, il leur a suffi de s’asseoir, et ils ont gagné de l’argent pour vivre.

Ils ont dit à tout le monde “votez pour moi”, je vais lutter pour mettre fin à l’exploitation et dès qu’ils arrivent au poste où l’on gagne de l’argent sans effort, ils oublient automatiquement tout ce qu’ils ont pu dire, commencent à générer plus d’exploitation, à vendre le peu qu’il reste de la richesse de nos pays. Ce sont eux qui vendent nos patries, ce sont des gens inutiles, des hypocrites, des parasites qui ne servent à rien.

C’est pourquoi, chers Camarades, la lutte n’est pas terminée, nous venons à peine de commencer, cela ne fait que 32 ans dont seulement 22 publiquement.

C’est pourquoi, nous devons nous unir davantage, mieux nous organiser afin de construire notre propre barque, notre maison, c’est-à-dire notre autonomie, parce que c’est elle qui va nous sauver de la grande tempête qui s’approche, nous devons renforcer davantage nos domaines de travail et nos travaux collectifs.

Nous n’avons pas d’autre voie possible que celle de nous unir et de nous organiser, afin de lutter et nous défendre contre la grande menace que représente le système capitaliste malfaisant, parce que les démons du capitalisme criminel qui menacent l’humanité ne vont respecter personne. Ils vont tout balayer, sans distinction de races, de partis, de religion, parce qu’ils nous ont déjà démontré durant de nombreuses années qu’ils ont toujours mal gouverné, menacé, persécuté, emprisonné, torturé, fait disparaître et assassiné nos peuples ruraux ou citadins et ce à travers le monde entier.

C’est pourquoi, nous vous disons haut et fort, à vous chers camarades, à vous nos enfants, à vous nos jeunes, à vous les nouvelles générations qui êtes le futur de notre peuple de notre lutte et de notre histoire mais qui devez comprendre que vous avez une tâche et une obligation : vous devez suivre l’exemple de nos premiers camardes, de nos camarades les plus anciens, de nos pères et de nos anciens et tous ceux qui ont engagé cette lutte.

Ils et Elles, nous ont montré le chemin, maintenant c’est à notre tour de suivre et de poursuivre ce chemin, mais nous y parviendrons seulement si nous arrivons à nous organiser, génération après génération. Comprendre cela, c’est déjà s’organiser pour cela, et ainsi jusqu’à parvenir à la fin de notre lutte.

Parce que vous les jeunes, vous êtes une partie importante de notre peuple, vous devez participer à tous les niveaux de travail de notre organisation et dans tous les domaines de notre autonomie. Chaque génération doit nous mener vers notre destinée de démocratie, de liberté et de justice, comme nous l’ont enseigné nos premiers camarades.

Camarades, hommes et femmes, nous sommes tous sûrs que nous allons réussir un jour à réaliser ce que nous voulons : Tout, pour tous, c’est-à-dire notre liberté, parce que maintenant notre lutte est en train de gagner du terrain peu à peu, et que nos armes sont notre résistance, notre révolte et notre parler vrai. Aucune montagne ni frontière ne peut nous l’interdire, quoi qu’il arrive nous parviendrons aux oreilles et aux cœurs de nos autres frères et sœurs, à travers le monde entier.

Nous sommes déjà plus nombreux, ceux qui comprennent la lutte contre la gravissime situation d’injustice dans laquelle nous sommes et causée par le malfaisant système capitaliste, dans notre pays et dans le monde.

Nous sommes conscients aussi que tout au long de notre lutte, il y a eu et il y aura, des menaces, des répressions, des persécutions, des expulsions, des contradictions, des moqueries provenant des trois niveaux des gouvernements malfaisants, mais nous devons garder en mémoire que si le gouvernement malfaisant nous déteste, c’est parce que nous sommes sur la bonne voie ; et s’il nous applaudit, c’est que nous sommes en train de dévier de notre véritable lutte.

N’oublions pas que nous sommes les héritiers de plus de 500 ans de lutte et de résistance. Dans nos veines coule le sang de nos ancêtres, ceux dont nous avons hérité l’exemple de lutte et de révolte, le rôle de gardien de notre mère nourricière, parce que c’est d’elle que nous naissons, parce que c’est par elle que nous vivons et en elle que nous mourrons.

Chers Camarades, hommes et femmes zapatistes,
Mes chers amis de tout genre de la Sexta [1]
Mes frères et mes sœurs,
Ceci est notre premier discours de cette année qui débute.
Plus de mots, plus de réflexions viendront encore.
Peu à peu nous vous montrerons à nouveau notre vision, notre cœur.

Pour l’heure, nous voulons conclure ce discours seulement en vous disant que pour honorer et respecter le sang de ceux qui sont tombés, il ne suffit pas de se rappeler, de regretter, de pleurer, ni même de prier, mais nous devons suivre leur exemple et continuer la tâche qu’ils nous ont laissée, mettre en pratique le changement que nous souhaitons.

C’est pourquoi chers Camarades, en ce jour si important, il est temps de réaffirmer notre volonté de lutter et de nous engager à aller de l’avant, quoi qu’il en coûte et quoi qu’il arrive, nous ne permettrons pas que le malfaisant système capitaliste détruise ce que nous avons conquis, ni le peu de ce que nous sommes parvenus à construire grâce à notre travail et à nos efforts durant plus de 22 ans : Notre Liberté !
Ce n’est plus le moment de reculer, de se décourager ou de se reposer, nous devons lutter plus fermement, conserver inébranlablement les mots et les exemples que nous ont laissé nos premiers compagnons : n’abandonnons pas, ne nous laissons pas acheter, ne capitulons pas.

DÉMOCRATIE !
LIBERTÉ !
JUSTICE !

Depuis les montagnes du Sud-est mexicain,
Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Autochtone
Le Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.
Le Sous-commandant, Rebelle, Moisés.
Le Sous-commandant, Rebelle, Galeano

Mexique, 1er Janvier 2016.

Notes

[1La Sixième déclaration de la forêt Lacandone, dite « la Sexta » et datant de 2006, renforce la relation entre les zapatistes et leurs groupes de soutien, c’est-à-dire les secteurs non-indigènes. Elle est disponible ici, http://enlacezapatista.ezln.org.mx/sdsl-fr/

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