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Deux idées reçues sur les multinationales

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« Si les multinationales sont en effet devenues plus grandes et plus puissantes que les gouvernements, pourquoi ne seraient-elles donc pas sujettes aux contrôles de responsabilité et de transparence que nous exigeons de nos institutions publiques ? »
Naomi Klein, No Logo, 2000

Idée reçue n°1 : Les citoyens n’ont aucun pouvoir face aux intérêts des multinationales

Shell, Total, GDF Suez, Veolia, Alstom, Sanofi... autant de noms qui nous rappellent qui sont les géants économiques et politiques du XXIe siècle. De l’Argentine à l’Ukraine, de l’Australie à l’Afrique du Sud en passant par les États-Unis, la Chine ou la Tunisie, ces multinationales ont des activités aux 4 coins de la planète. Fait notable, elles opèrent de plus en plus dans les pays du Sud, profitant de la richesse de leurs territoires en matières premières et en ressources extractives, mais sans pour autant se soucier de redistribuer la rente liée à leurs activités aux populations qui y vivent. Pire, pour mener à bien leurs activités et dans la recherche d’un profit maximal, elles n’hésitent pas à violer massivement le droit à la terre des personnes qu’elles déplacent ou expulsent, elles polluent et contaminent les sols et les rivières pour des siècles, posant ainsi de graves problèmes de santé publique et d’atteinte à la biodiversité.

Ces violations des droits humains s’exercent-elles en toute impunité ? Par leur force de frappe, les multinationales semblent échapper à tout contrôle ou régulation. Mais les citoyennes et citoyens se battent à chaque violation pour obtenir justice et réparation et réclament désormais des règles contraignantes pour les multinationales. Depuis quelques années, ce combat de David contre Goliath commence à tourner en faveur des peuples : victoire de la population vénézuélienne contre Exxon, victoire du peuple maya contre Monsanto, victoire des Chiliens contre le géant minier Antofagasta... A ces victoires particulières s’ajoutent deux événements récents :

  • en juin 2014, 85 États mobilisés depuis plus d’un an par l’Équateur ont obtenu du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies (CDH) le lancement d’un processus d’élaboration de nouvelles normes internationales sur les entreprises multinationales. Une avancée historique pour les droits humains.
  • En France, en mars 2015, l’Assemblée nationale a adopté une loi pour que les grandes entreprises françaises soient reconnues légalement responsables des violations des droits humains et dommages environnementaux que peuvent provoquer leurs activités ainsi que celles de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs à l’étranger. Leur responsabilité pourra ainsi être engagée devant le juge en cas de manquement à cette obligation de vigilance.

Ces avancées incitent à l’optimisme et prouvent que le pouvoir des citoyen-ne-s est réel.

Idée reçue n°2 : Depuis la crise financière de 2007-2008, les banques françaises ont adopté une éthique sociale et environnementale dans leurs investissements

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Tour Société Générale, La Défense, Paris, juillet 2010. Photo Alpha du Centaure cc-by 2.0

En 2008, la spéculation des banques a entraîné un quasi effondrement du système financier mondial et une crise qui ne cesse de s’aggraver. On aurait pu penser que ce tournant majeur allait pousser les banques à réorienter leurs politiques d’investissements de façon à être socialement utiles et écologiquement responsables. Il n’en est rien. Malgré leurs promesses et les arguments qu’elles déploient autour de leur éthique, les banques ont continué leurs politiques désastreuses, notamment la spéculation sur les matières premières et le financement d’industries et projets polluants, au mépris des droits de la grande majorité. Alors qu’elles signent des pactes internationaux où elles s’engagent à respecter les droits de l’Homme, le droit du travail et l’environnement, les banques françaises n’appliquent pas ces principes. Le Crédit Agricole finance de nombreux projets controversés : industries nucléaires et extraction de gaz de schistes, mines de charbon aux États-Unis, centrales à charbon en Afrique du Sud, sables bitumineux au Canada... Leurs impacts négatifs sur l’environnement sont immenses.

Pas mieux pour BNP Paribas et la Société Générale qui ont à peu près les mêmes politiques sectorielles sur les énergies fossiles que leur concurrent et qui financent comme lui l’entreprise minière Vedanta Resources, présente en Inde, Zambie, Australie et Tanzanie, et tristement connue pour ses violations en matière de droits humains et dommages environnementaux.

Pour mieux cerner les politiques d’investissements et de crédits des banques, de nombreuses initiatives permettent de dévoiler aux citoyen-ne-s la face cachée des banques. Les Amis de la Terre, Oxfam, Attac ou Basta ! ont ainsi passé au peigne fin leurs pratiques et mettent en avant la poursuite de leurs irresponsabilités sociale, environnementale et éthique. Alors, on attend quoi pour changer de banque ?

Que peut-on faire ?

  • Participer aux campagnes du collectif Ethique sur étiquette, qui agit contre la violation des droits de l’homme au travail  www.ethique-sur-etiquette.org
  • S’informer des activités des multinationales sur le site de l’Observatoire des multinationales www.multinationales.org

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