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Deux idées reçues sur l’information

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? »
Amin Maalouf, écrivain franco-libanais.

Idée reçue n°1 : Les médias français sont guidés par les goûts et les envies de leurs publics

Malgré un regain de crédibilité au début de l’année 2015, les médias souffrent globalement d’une désaffection croissante de leurs usagers. Si, aujourd’hui, 58 % des Français-e-s ont pleinement confiance dans les informations qu’ils véhiculent [1], une remise en cause et en question des médias s’est bel et bien installée, notamment au niveau de l’indépendance des journalistes, de plus en plus mise en doute. Comme les médias doivent désormais être rentables, les directions des rédactions et des chaînes de radio ou de télévision ont considérablement réduit les moyens consacrés à l’information, ce qui nuit à sa qualité : les reportages sur le terrain sont devenus rares, les médias privilégient l’événement ou le vécu au détriment de l’histoire ou de l’analyse, la pensée utilitariste prédomine, le nombre de sources et de variétés d’opinions est très limité… Autant d’éléments qui font que les citoyen-ne-s ne se sentent pas informé-e-s correctement.

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« Too much information ». Photo Leo Hidalgo cc by-nc

Pour répondre aux critiques visant leurs pratiques, les professionnels de l’information affirment suivre les goûts et envies de leurs usagers. Qu’en est-il réellement ?
Des études réalisées sur les pratiques audiovisuelles des jeunes montrent qu’ils placent en tête de leurs programmes préférés les émissions de télé-réalité, les magazines people ou les séries américaines. Pour autant, les acteurs de l’éducation aux médias et à l’information constatent qu’ils sont également très intéressés par l’univers médiatique qui les entoure et sensibles à la découverte d’autres médias et habitudes de consommation.

Tout le monde est en capacité d’apprécier une information de qualité, si son prix est démocratique et ses contenus accessibles à tous. Des projets assez récents prouvent que l’information qualitative et exigeante répond aux aspirations des publics : les articles et reportages sur les enjeux sociaux et environnementaux publiés dans Bastamag (450 000 lecteurs par mois en 2014), les nouvelles de l’écologie lues dans Reporterre ou encore les portraits et récits illustrés au long cours qui composent la Revue XXI (50 000 ventes par numéro) en sont autant d’exemples.

Reste à plaider pour un meilleur soutien (de l’État, par ses aides à la presse) à ces projets éditoriaux ou audiovisuels, notamment les pure players accessibles gratuitement, afin qu’ils s’installent dans le paysage médiatique de façon durable et qu’ils puissent témoigner qu’une autre information est possible et souhaitable.

Idée reçue n°2 : Avec l’explosion des thèses conspirationnistes, des rumeurs et de la désinformation sur Internet, il vaut mieux retourner à des formes traditionnelles d’information (presse, radio, télévision)

Parmi les supports d’information, Internet est jugé le moins crédible : toujours selon le Baromètre TNS/La Croix 2015, les Français ne sont que 39 % à penser que les choses se sont à peu près passées comme Internet les montre. Et ils sont 71 % à ne pas faire confiance aux informations diffusées sur les réseaux sociaux. C’est dire si la production d’informations par toutes et tous suscite la défiance ! Et à raison : en attestent le retour des conspirationnistes, qui contestent les versions officielles de l’Histoire et voient des complots partout pour mieux nous cacher des vérités inavouables, ou encore les rumeurs et hoax qui font passer des informations mensongères à dessein de stigmatiser certaines populations...

Dans sa logique d’ouverture, Internet est donc devenu un outil de propagation idéal pour la désinformation. Mais sa vitesse de propagation se double également d’une vitesse de rectification : alors que les rumeurs imprimées dans un journal au début du siècle dernier nécessitait au minimum une journée, une information erronée ou mensongère peut être décelée dans la seconde.

Malgré les écueils d’Internet et le fait qu’il faille redoubler de vigilance par rapport à l’information, d’où qu’elle provienne, on aurait tort de se priver de ce support. En effet, grâce à Internet, l’information est diffusée quasiment en temps réel. La multiplicité des sources (à condition de les vérifier) permet également de se forger sa propre capacité critique en se nourrissant d’analyses et de points de vue divergents, notamment en provenance de pays dont on n’entend jamais parler car Internet gomme les frontières. En théorie, Internet peut donc nous sortir d’une vision européo-centrée du monde. L’information est également moins descendante : chacun peut théoriquement y participer, en apportant ses commentaires, ses rectifications, ses prolongements par la mise en ligne de contenus multimédias.

Enfin, Internet a fait éclore les médias alternatifs, ces médias qui s’opposent à la logique marchande de l’information, qui redonnent la parole à ceux qui en sont exclus et qui agissent main dans la main avec les acteurs sociaux pour démocratiser l’information et redonner envie aux gens d’agir et de s’engager pour un monde plus juste. Les enjeux ne tournent pas autour d’Internet en tant qu’outil mais autour de son utilisation, pour une citoyenneté formée et responsable.

Que peut-on faire ?

Notes

[1Sondage TNS Sofres réalisé pour le journal La Croix, janvier 2015

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