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Deux idées reçues sur l’agriculture

, par Agenda de la Solidarité Internationale

« L’agroécologie est pour nous bien plus qu’une simple alternative agronomique. Elle est liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du Vivant. » Pierre Rabhi.

Idée reçue n°1 : Les projets d’agriculture climato-intelligente prônés par la Food and Agricultural Organisation (FAO) et l’agroindustrie sont une solution pour lutter contre le réchauffement climatique

« Agriculture climato-intelligente »… Intelligence et climat réunis dans un même mot à la sonorité presque magique et qui semble porter en lui seul la solution ultime au redoutable réchauffement climatique ?
Que recouvre cette expression nouvelle ? Peut-être moins une solution vertueuse qu’une arme marketing vicieuse. Dans ce terme fourre-tout se croisent des outils aussi divers que des semences, des drones, des techniques d’irrigation ou des plantes bio-fortifiées. Avec l’agriculture climato-intelligente, paysans et agriculteurs se voient ainsi proposer des variétés de semences capables de résister aussi bien aux herbicides qu’à la sécheresse et aux intempéries. Grâce à des systèmes informatiques les connectant directement à leurs exploitations, ils peuvent également être renseignés en direct sur les besoin en azote de chacune de leurs cultures, le tout pour renforcer leur résilience face aux aléas climatiques. Tout autant de « solutions » présentées comme révolutionnaires et indispensables.

Or, les multinationales en charge de développer et de commercialiser ces technologies de pointe ne sont autres que celles qui développent et commercialisent OGM, pesticides et autres soi-disant vecteurs d’efficacité et de performance agricole, aux antipodes de l’écologie : Monsanto en est l’exemple le plus évident. Ces mêmes multinationales qui nient depuis des décennies les réalités agricoles locales, dans leur dimension humaine, sociale, culturelle. L’agriculture climato-intelligente n’est pas une solution pour lutter contre le réchauffement climatique : c’est un appui nouveau à la mondialisation et l’uniformisation de l’agriculture par des grands groupes mus par les seules valeurs d’efficacité et de productivité.

En niant la diversité agricole mondiale, en niant le droit des paysans à utiliser leurs savoirs traditionnels, à perpétuer et à adapter leurs propres méthodes de résistance au changement climatique, à réutiliser leurs semences locales, l’agriculture climato-intelligente empêche toujours un peu plus une révolution agricole pourtant urgente.

La solution au réchauffement climatique que devrait prôner la FAO est une solution écologique, sociale et humaine, qui n’en serait pas moins moderne et romprait avec le cercle vicieux de l’endettement paysan. Une agriculture paysanne et durable. En somme, une agriculture intelligente.

Idée reçue n°2 : L’agroécologie ne peut pas se développer à grande échelle

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Association Emmaüs Kudumbam qui pratique l’agroécologie, Inde. © Didier Gentilhomme.

Le terme « agroécologie » ne possède pas de définition précise. Néanmoins, en mêlant « agriculture » et « écologie », il évoque un système de production agricole nouveau qui comprend des techniques novatrices issues de la recherche scientifique, mais qui prend également en considération les techniques et les savoirs paysans transmis depuis des générations et constamment réadaptés aux environnements locaux. C’est là la clef de l’agroécologie : une agriculture paysanne adaptée aux réalités de l’écosystème dans lequel elle se déploie et qui est par conséquent respectueuse de l’environnement et des hommes.

Sur la base de cette définition, on peut bel et bien affirmer que l’agroécologie peut se développer à grande échelle : c’est même très recommandable. Mais cette extension ne peut avoir lieu que de manière ascendante, à partir d’un ancrage local solide. En effet, dans la mesure où aucun agrosystème n’est identique, où chaque territoire présente ses propres caractères topologiques et climatiques, où les modes de production correspondent à des traditions culturelles particulières, une agroécologie à grande échelle ne peut exister que par une transmission horizontale des savoirs et une adaptation systématique aux réalités locales.

Une organisation verticale, avec une transmission de savoirs technico-scientifiques imposés d’en haut à des paysans qui s’en trouvent dépendants, relève au contraire de l’agriculture industrielle. Certes son étendue géographique est immense, mais elle est aussi proportionnelle à l’étendue des dégâts sociaux et environnementaux qu’elle cause.

Une agroécologie à grande échelle, du fait de cette exigence sociale et culturelle, est plus difficile à mettre en place qu’une agriculture industrielle, mais elle n’est pas impossible. La condition sine qua non de son changement d’échelle est l’intégration des producteurs au processus de recherche, afin qu’ils se réapproprient et adaptent ces techniques nouvelles partout où l’agroécologie est mise en œuvre.

Que peut-on faire ?

- Lire le Rapport sur l’agriculture climato-intelligente rédigé par Attac France et la Confédération Paysanne avec ses pistes d’actions
https://france.attac.org/IMG/pdf/note_climate-smart.pdf

- S’informer, se former et participer au développement de l’agroécologie par le biais d’acteurs investis sur cette question
http://terre-humanisme.org
www.cariassociation.org
http://collectif-agroecologie.fr

- Agir contre Monsanto
http://combat-monsanto.org

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