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Deux idées reçues sur l’agriculture

, par RITIMO, SOL , Agenda de la Solidarité Internationale

Chaque mois, l’Agenda solidaire 2014 décortique deux idées reçues sur une thématique de solidarité internationale : migrations, énergies, non-violence, droits des femmes, etc.
En ce mois printanier d’avril, parlons... Agriculture !

Retrouvez 24 idées reçues démontées sur la solidarité internationale dans l’Agenda solidaire 2014 !

« La protection de nos paysans est un « protectionnisme vital ». Le protectionnisme est vu comme un « péché », car la dérégulation a été érigée en norme. Non ! C’est un devoir social, c’est un devoir écologique. » Vandana Shiva, écologiste indienne, féministe, citée dans Bastamag, 4 juillet 2011.

Santo Domingo de Acobamba, Andes péruviennes. © David Delhommeau

« Avec les agrocarburants, l’agriculture va fournir l’énergie de demain »

Les agrocarburants de première génération, issus principalement de céréales, canne à sucre, betteraves et oléagineux, n’ont fourni en 2010 que 0,5 % de la production d’énergie mondiale, tout en mobilisant 5,9 % de la production agricole végétale.
Avec, déjà, des conséquences catastrophiques...

Ainsi la production d’agrocarburants a été l’une des causes essentielles de la flambée des prix alimentaires intervenue depuis 2007 et des émeutes de la faim qui ont suivi.
De plus, pour satisfaire la demande d’agrocarburants pour les pays du Nord, les multinationales de l’agroalimentaire n’hésitent pas à s’accaparer des terres dans les pays en développement. Depuis 2007, ce sont 10 millions d’hectares par an qui sont accaparés, selon l’association GRAIN. Ces phénomènes entrainent des déplacements importants de populations, privant les habitants locaux de la terre qui subvenait à leurs besoins ; ils sont contraints alors à des emplois précaires dans des situations plus que douteuses.
Enfin, les conséquences environnementales sont importantes puisque les agrocarburants entrainent avec eux déforestation, monoculture, et disparition de la biodiversité. Leur production provoque en général plus de gaz à effets de serre que les carburants fossiles.

Qui finance cette destruction humaine et environnementale ? Pour partie le contribuable car les producteurs d’agrocarburants profitent d’exonération d’impôts, indépendamment des aides directes reçues par les producteurs de céréales, betteraves et oléagineux. Non, l’agriculture n’est pas vouée à fournir l’énergie de demain !

« L’agriculture biologique est moins productive que l’agriculture intensive »

Certains avancent que la transition à une agriculture biologique généralisée causerait la mort de 2 milliards de personnes, en ne permettant pas une production de masse comme l’agriculture conventionnelle.

Une étude de l’Institut de recherche pour l’agriculture biologique en Suisse , utilisée aussi bien par ceux qui défendent le bio que par ses détracteurs, révèle deux faits marquants : les rendements de l’agriculture bio sont dans les pays industrialisés seulement 20 % plus bas que ceux de l’agriculture intensive et d’autre part, dans les pays en développement, les cultures biologiques ont une production identique voire supérieure aux fermes qui se développent sur le modèle occidental. Deux chercheurs de l’Université d’Essex ont même démontré que les rendements du bio pouvaient dépasser ceux de l’agriculture conventionnelle, notamment en Inde, où certaines plantations de coton, de blé et de piment voyaient leur production s’élever de près de 20 % au-dessus des rendements moyens.

La question du long terme mérite également d’être posée. Si notre modèle agricole intensif (modèle qui optimise la production sur une surface cultivée) a accru ses rendements de décennies en décennies, c’est grâce à des investissements financiers et une recherche énormes, dont le bio ne pourrait même pas rêver. Mais il n’est plus farfelu aujourd’hui de dire que ce système n’est pas viable à long terme : la santé de l’homme est menacée par les intrants pétrochimiques utilisés dans l’agriculture, la biodiversité détruite et les sols meurent rapidement. En Inde par exemple, après un accroissement fulgurant des rendements, on observe une stabilisation et une diminution de la production ces dernières années.

Enfin, le rendement n’est pas la question primordiale, car la production agricole mondiale est suffisante pour nourrir l’humanité : les crises alimentaires viennent d’une mauvaise répartition, du gaspillage et d’une spéculation sur les coûts, non pas d’un manque à produire. Les enjeux de demain sont de recréer un lien entre l’Homme et la Nature, sans renier l’apport technologique, et d’assurer la souveraineté alimentaire des peuples, par et pour eux-mêmes. A ces questions, seule une agriculture biologique non intensive et non industrielle, apporte une réponse concrète et viable.

Que peut-on faire ?

- Soutenir les organisations et réseaux qui travaillent sur l’agriculture paysanne et les accaparements de terre
www.grain.org/fr
www.agter.org
www.solidarite.asso.fr
www.viacampesina.org

- Adhérer à une AMAP pour soutenir les producteurs locaux
www.reseau-amap.org
- Soutenir des associations qui agissent pour une agriculture biologique locale et équitable
www.bioconsomacteurs.org

- Participer au festival de films Alimenterre, sur l’agriculture et l’alimentation. Nombreuses ressources sur le site
www.alimenterre.org

- S’impliquer dans la campagne « Cultivons ensemble », pour transformer notre système agricole et alimentaire afin de pouvoir nourrir 9 milliards d’êtres humains
www.oxfam.org/fr/cultivons

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