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D’autres médias sont possibles

, par RITIMO

Cet extrait du guide S’informer, décrypter, participer présente le travail des journalistes qui placent au cœur de leurs pratiques l’information citoyenne, blogueurs passionnés, citoyennes et citoyens témoins du monde qui les entoure, prennent leur place dans le concert médiatique et font de plus en plus entendre leurs voix. Notamment à travers les « irréductibles » médias alternatifs, qui contribuent à construire une information plus équilibrée, aux sources plurielles et de qualité.

Qu’est-ce que les médias alternatifs ?

Les médias alternatifs proposent une information différente de celle produite par les médias traditionnels ou institutionnels. Ils se sont construits en opposition à un discours standard sur la société et veulent incarner une « autre vision possible », basée sur des valeurs de solidarité, d’équité, de justice sociale. Souvent, les médias alternatifs se définissent par rapport à ce qu’ils ne sont pas... ou ne veulent pas être !
C’est pourquoi leur définition et leurs caractéristiques font toujours l’objet de vifs débats, chacun retenant et privilégiant un critère plutôt qu’un autre.

Une terminologie indécise

Alternatifs, libres, communautaires, associatifs, citoyens... les qualificatifs associés à ces médias qui se veulent différents sont multiples et il est parfois difficile de savoir de quoi et d’où on parle. De nombreuses tentatives de définitions ont été faites sans toutefois obtenir l’unanimité, surtout à l’échelle internationale, les contextes culturels et/ou politiques distincts pouvant apporter une nuance de contenu importante.

Les militants de l’information au Brésil parlent de « médias libres » ou de « médias indépendants » pour désigner des médias affranchis de toute dépendance économique (du fait de l’absence de publicité) et politique (sans financements publics).
En France, la presse libre étant définie comme « une presse qui n’est pas contrôlée par un pouvoir politique, une autorité ou un gouvernement » et la loi de 1982 garantissant la liberté de la communication, toutes les entreprises de presse sont donc, en théorie, libres. S’inscrivant d’une manière ou d’une autre dans le secteur marchand, beaucoup de médias ne sont pas réellement libres. Mais le terme libre fait écho aux médias qui revendiquent leur indépendance, tout comme celui d’alternatif. Côté radiophonique, les premières radios libres (non contrôlées par l’État) sont autorisées en France à partir de 1981. A l’époque, beaucoup d’entre elles sont des radios non-commerciales qui produisent une information de qualité (certaines subsistent encore). Mais la part belle accordée aux stations commerciales depuis lors, peut faire sourire quant au qualificatif de libre.
En 2006, à la suite des Rencontre des médias associatifs et indépendants, c’est la notion de « tiers-secteur des médias » qui a vu le jour, sans pour autant être véritablement reprise par l’ensemble des acteurs concernés. Elle renvoie à la notion de tiers-état, pour revendiquer l’existence d’un secteur médiatique ni public, ni privé.

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Dessin Claire Robert / Ritimo

La spécificité des contextes régionaux

Ce concept de tiers-secteur perd de sa pertinence dans certains pays où les médias alternatifs sont de fait des médias privés, les seuls à proposer d’autres contenus que ceux de la propagande du secteur étatique. C’est le cas notamment du Niger où seule la presse privée propose une voix dissonante et alternative aux médias dominants, la radio, la presse et la télévision publiques se contentant depuis longtemps de relayer la propagande du gouvernement. Les médias privés nigériens ont une grande liberté de ton, abordent de multiples sujets (comme par exemple les thématiques sociales ou culturelles, rarement traitées par ailleurs) et gardent un regard critique sur le pouvoir.

Idéales ou avérées, des caractéristiques communes

  • L’indépendance Foncièrement opposés à la marchandisation de l’information, les médias libres aspirent à être autonomes financièrement. Ils souhaitent créer la dissonance, le décalage. Leur liberté de ton et de rédaction est primordiale. Les médias libres s’affichent comme engagés, se préoccupant de ce qui n’est pas couvert par les autres médias. A l’échelle locale comme internationale, ils agissent souvent comme des « poils à gratter », n’ayant pas peur de dévoiler des « affaires » et de faire ainsi trembler les gouvernements ou les multinationales…
  • Une structure démocratique Généralement, l’organisation du travail dans les rédactions des médias libres est davantage horizontale et collective, permettant une liberté de décision pour les équipes rédactionnelles. Pour traduire cette organisation plus démocratique du travail au niveau de leur structure, de nombreux médias libres se sont constitués en associations ou plus récemment en coopératives (SCOP ou SCIC).
  • Des sources multiples et diversifiées Les médias libres s’attachent à diversifier leurs sources et valorisent la parole des citoyens. Ils sont attentifs à ce dont on ne parle jamais : les exclus, les minorités, les sujets ou zones géographiques sans arrêt oubliés. Ils veillent à éviter les écueils des médias traditionnels, par exemple en ce qui concerne la sur-représentation masculine. Dans ces médias, les femmes ont leur place toute l’année (en tant que témoins, expertes, invitées...) et pas seulement une fois par an comme ce peut être le cas dans les autres médias, à l’occasion de la journée internationale qui leur est dédiée. Les médias libres visent l’élargissement du pouvoir d’expression médiatique, en réfutant la logique des « bons clients », ce tout petit cercle d’experts qui « parlent bien ». Acteurs sociaux, ONG, simples citoyens… ont au contraire de nombreuses possibilités d’expression dans les médias libres qui se veulent aussi parfois le reflet des mouvements sociaux, en relayant par exemple les revendications et les avancées altermondialistes. C’est le cas d’Indymedia, qui a été créé à l’origine pour couvrir la protestation anti-OMC à Seattle en 1999. Aujourd’hui, il constitue un réseau international impressionnant de sites citoyens décentralisés.
  • Le copyleft et les licences Creative Commons En général, les médias libres refusent de céder les droits de reproduction ou de rediffusion à titre payant. Les informations sont donc souvent libres de droits d’auteur, dans le respect du copyleft (indication de la source et de ses coordonnées), par opposition au copyright de la presse classique. Certaines publications ou productions audiovisuelles sont diffusées sous licence Creative Commons. Inspirées par les logiciels libres* et le mouvement « open source », ces licences autorisent l’utilisation et la réutilisation d’œuvres pour faciliter l’échange et la créativité, en précisant dans quelles conditions elles peuvent être réutilisées.
  • Une tribune citoyenne, populaire et participative Les médias libres ont pour vocation d’être lisibles par le plus grand nombre grâce à un vocabulaire accessible à tous, qui évite les jargons. Tout le monde doit pouvoir y participer grâce à des espaces d’expression et de communication avec les auteurs des contenus médiatiques ou en proposant soi-même de produire des contenus. Cette participation peut par exemple exister au travers de conférences de rédaction ouvertes (invitation de non-journalistes pour proposer et décider des choix des sujets) comme les proposent Place Publique ou le site grenoblois Le Crieur de la Villeneuve, d’enquêtes participatives comme celles d’Agoravox, où les internautes apportent informations ou témoignages et donnent un avis sur le travail qui se fait sous leurs yeux par des professionnels… ou un « journalisme participatif encadré », comme le propose le site StreetPress, avec ses enquêtes et reportages sur la société, la vie urbaine, la politique ou la culture, qui sont confiés à des reporters bénévoles, encadrés par des journalistes professionnels. Les possibilités de participation à ces médias sont multiples et souvent assez innovantes. Enfin, pour pouvoir s’adresser à un large public, les médias libres doivent également répondre à l’enjeu de maintenir un prix abordable, tout en conservant leur indépendance et en permettant à leurs salariés d’avoir des conditions de travail et de salaire dignes.
  • Des médias pour l’action Un des objectifs des médias libres est de stimuler l’action, la création alternative et le changement vers plus de justice en montrant et en partageant différentes expériences d’engagement citoyen et solidaire. Dans le cadre de mouvements sociaux, comme le Mouvement des Sans-Terre (MST) au Brésil par exemple, la mise en place d’un média alternatif communautaire a permis de dialoguer avec le reste de la société et de contrecarrer la désinformation médiatique sur le mouvement social. En formant leurs propres communicateurs populaires, les militants du MST souhaitent élever l’engagement et la conscience du peuple brésilien sur un sujet qui est écarté des grands médias ou, lorsqu’il est abordé, est traité de façon biaisée.
  • Une mission d’éducation populaire A côté de leur mission d’information, de nombreux médias alternatifs et citoyens sont actifs dans l’éducation populaire. Compétents pour former les jeunes scolaires au journalisme participatif, impliqués vis-à-vis des publics éloignés de l’écrit, notamment ceux des quartiers défavorisés, ces médias veulent rompre avec les sentiments d’impuissance et d’isolement de certaines populations face à des problématiques de nos sociétés. En renforçant les capacités d’expression et de diffusion d’idées des personnes qui portent un regard différent sur leur quartier ou sur leur société, en organisant des débats citoyens, ou par des animations en milieu scolaire, ces médias créent de la richesse culturelle et assurent le pluralisme sur leurs territoires.

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