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Dossier La longue marche des Roms vers la conquête de leurs droits

Conditions de vie et statuts pour les différents pays d’Europe

, par CIIP

Les Roms en Europe

Les Roms présents dans tous les pays d’Europe en plus ou moins grand nombre et davantage sédentaires que nomades constituent le groupe social [minoritaire] le plus victime d’ostracisme et de discriminations (habitat, santé, accès à l’éducation, services administratifs, emploi).

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Manisfestation au Pertuis
Alain Keler

Les profonds bouleversements qui ont affecté l’Europe dans le dernier quart du 20e siècle - l’éclatement de l’empire soviétique et de la Yougoslavie se sont accompagnés d’une montée de sentiments agressifs vis-à-vis de la population rom, devenue le bouc émissaire dans les difficiles restructurations des nombreux nouveaux États.
Les Roms ont dû, à maintes reprises, reprendre le chemin de l’exil, ballottés d’un pays à l’autre, d’une contrée à l’autre, d’un camp à l’autre, sans pouvoir combattre les forces qui leur étaient hostiles.
Mais au niveau des États européens de l’Ouest surtout, émerge la conviction qu’un état de droit, souverain doit s’appliquer à tous les individus vivant sur le sol européen : droit à une nationalité, accès aux droits économiques, sociaux et politiques.
Le succès de cette nouvelle orientation dépend de la volonté d’associer les populations roms à l’élaboration des réformes nécessaires à l’amélioration de leur condition de vie.
L’Union européenne s’est saisie progressivement de la "question rom". Il apparaît que les institutions européennes prennent conscience de ce problème. Mais ʺles États européens ne font pas barrage à la discrimination, à l’intimidation et aux violences envers les Roms, et parfois même les favorisentʺ. (Communiqué d’Amnesty International, 08/04/2014 http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/En-butte-aux-violences-les-Roms-Europe-reclament-justice-et-protection-11374).

Études, rapports et autres documents établis par des groupes d’experts et des commissions soulignent, expliquent et alertent sur de telles difficultés. Cette prise de conscience, progressive au travers de l’histoire des institutions européennes s’est accompagnée par la suite de mesures pour y remédier. Force est de constater toutefois que sommets après sommets, un rapport s’ajoutant à un autre, peu de mesures contraignantes ont été prises et la situation des Roms ne fait qu’empirer.

Statuts et conditions de vie

Les itinéraires suivis par les Roms depuis leur arrivée en Europe, entre 11e et 12e siècle, dans les territoires faisant partie de l’Empire Byzantin, ont en partie déterminé leur statut et leurs conditions de vie ; Arrivés dans le Péloponnèse où ils ont été identifiés au 12e siècle le long des côtes, ils se construisaient des cabanes, étaient forgerons, et vivaient à l’écart.

Au cours des siècles suivants des groupes sont partis vers la Sardaigne, la Sicile, l’Italie du Sud et enfin l’Espagne (fin 15e siècle) où ils sont restés sédentaires ou nomades.

D’autres groupes sont partis plus vers le nord-ouest : Roumanie, Bulgarie, Serbie et les Balkans, toutes contrées qui sont passées plus ou moins rapidement sous la domination ottomane après la défaite de l’Empire byzantin dans la 2e moitié du 15e siècle.

Dans les contrées sous administration ottomane, les Roms, qu’ils soient sédentaires ou nomades, n’ont généralement pas été soumis à l’esclavage tant qu’ils s’acquittaient, pour chaque individu, d’un impôt annuel qui leur valait protection. Ils ont pratiqué de nombreuses formes de commerce et d’artisanat et étaient réputés aussi pour leur art musical.

En revanche leur sort a été plus dur dans les pays chrétiens sous tutelle ottomane telle la Roumanie, la Bulgarie, ou telle la Slovaquie sous tutelle des Habsbourg. Les Roms y ont été d’emblée soumis à l’esclavage jusqu’à son abolition au milieu du 19e siècle.

Au 20e siècle, un autre statut leur a été réservé dans les pays devenus membres du Pacte de Varsovie ou non (telle la Yougoslavie) mais qui tous se référaient au système soviétique : la volonté affirmée, mais sans terreur, d’assimiler les Roms dans la nouvelle culture prolétarienne en les sédentarisant et en leur attribuant un emploi continu et fixe. La chute de l’empire soviétique, puis l’éclatement de la Yougoslavie ont amené les populations Roms à rechercher des stratégies d’adaptations qui leur permettent de survivre en gardant leur identité.

Un certain nombre de mythes et préjugés largement répandus et profondément ancrés dans la population européenne doivent voler en éclat :

  • Préjugé n°1 : les Roms sont tous des nomades Sur les 10 à 12 millions de Roms vivant en Europe, 5 à 20 % seulement de l’ensemble sont des nomades. Le mode de vie de ceux qui sont itinérants mérite toutefois d’être protégé comme l’a confirmé la Cour européenne des droits de l’homme.
  • Préjugé n°2 : tous les Roms viennent de l’étranger (le mythe de l’envahisseur) Les Roms font partie de la société européenne depuis environ 700 ans. Une écrasante majorité de Roms ont la nationalité du pays dans lequel ils vivent. La proportion de Roms par rapport à l’ensemble de la population des pays est faible (0.12% en Allemagne à 10 % en Bulgarie)
  • Préjugé n°3 : les Roms sont tous illégaux La plupart des migrants roms se déplacent dans le cadre de leur droit à la libre circulation inscrit dans la législation communautaire.
  • Préjugé n°4 : les Roms sont paresseux et vivent de mendicité De nombreux Roms qui ont émigré d’un Etat membre de l’UE vers un autre où ils ont pu s’installer l’ont fait grâce à un emploi indépendant ou à la prestation de services… Toutefois dans certains pays comme la France, des mesures transitoires restreignent l’accès des ressortissants de la Roumanie ou de la Bulgarie au marché du travail. Leur accès au travail n’étant pas respecté comme il devrait l’être dans un Etat de droit, les migrants roms sont réduits à travailler dans l’illégalité : ramassage des ordures, bâtiment, agriculture, mendicité…

Tableaux récapitulatifs par pays des conditions de vie et statuts des Roms en Europe

Remarques générales sur les tableaux :
Les chiffres varient car lors des recensements, beaucoup de Roms ne spécifient pas ou cachent leur identité rom, ou bien ils n’ont pas de documents administratifs et sont donc "inexistants" au regard des recensements officiels. C’est pour cela que les chiffres donnés sont systématiquement des estimations minimales.
Les langues parlées sont le romani (plus ou moins pratiqué) et la langue du pays d’installation. La religion dominante de la communauté rom reflète la religion dominante du pays d’installation.

Les pays de l’est de l’Europe (Roumanie, Hongrie, Pologne, Russie)

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Les Balkans (Bulgarie, Albanie)

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Les pays de l’ex-Yougoslavie (Yougoslavie, Monténégro, Serbie, Kosovo, Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie)

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Europe centrale (République tchèque, Slovaquie)

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Europe occidentale (Allemagne, Autriche, Suisse, France), du sud (Grèce, Italie, Espagne, Portugal), du nord (Suède, Finlande)

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Turquie (considérée en dehors de l’Europe sur les plans administratif et politique, les institutions mises en place par l’Union européenne n’existent pas en Turquie).

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