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COP 20 de Lima : un bilan mitigé

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, par Rédaction

Après deux semaines de négociations à Lima, la 20ème Conférence des parties (COP 20) a pris fin le 13 décembre dernier, laissant un goût amer devant le contraste entre les dangers que fait peser la question climatique sur l’avenir de l’humanité et l’inaction des gouvernements. L’enjeu était pourtant bien d’aboutir à un texte ambitieux qui serve de base pour l’adoption d’un nouvel accord climatique lors de la COP 21. Le défi reste entier pour cette prochaine conférence climatique qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Pour rappel, en 2009, l’échec de la COP 15 de Copenhague avait mené à reporter à 2015 la signature d’un accord climatique contraignant prenant la suite du Protocole de Kyoto, adopté en 1997 et qui fixait un taux de réduction des gaz à effet de serre d’au moins 5% entre 2008 et 2012 par rapport à 1990. Lima constituait par conséquent une étape importante du processus de négociations puisque son objectif était de parvenir à définir les grandes lignes de l’accord qui doit être signé en décembre 2015, date butoir d’adoption du nouvel accord climatique dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2020.

Des objectifs ambitieux pour faire face à la menace climatique

Au Pérou, les négociations avaient notamment pour but de parvenir à un consensus, reposant sur trois piliers essentiels à un accord équitable, qui permettrait d’éviter un réchauffement supérieur à 2° d’ici 2050 :

- les efforts de mitigation de chaque État, c’est-à-dire leurs engagements en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) avant 2020
- les réductions de GES post-2020
- les engagements de chaque État au-delà des efforts de mitigation, c’est-à-dire le transfert de technologie mais surtout les contributions financières nationales au Fonds Vert pour le climat, destiné à permettre aux pays en développement de s’adapter aux impacts du changement climatique.

S’il est vrai que les 190 États présents ont réussi à se mettre d’accord sur un document appelé "Llamado de Lima para la Acción Climática" ("Appel de Lima pour l’action en faveur du climat"), cet accord est loin d’être à la hauteur de l’urgence climatique. En effet, il met à nouveau en évidence le refus des pays développés d’établir des engagements nationaux de mitigation, d’adaptation et de soutien financier qui maintiennent le principe des responsabilités communes mais différenciées acquis depuis le Protocole de Kyoto. En d’autres termes, l’opposition se situe au niveau de la création d’un mécanisme visant à réparer les pertes et les dommages subis par les pays en développement, particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique et qui se considèrent victimes des activités des pays du Nord.

Un consensus final a minima lourd de conséquences

Pour le Réseau Action Climat (RAC), les grands enjeux sont restés sans réponse : aucune mesure immédiate pour freiner le réchauffement climatique censée figurer dans l’accord de Paris n’a été présentée ; aucune règle n’a été définie concernant les futurs engagements de réduction des émissions à communiquer dès le premier trimestre 2015 ; et enfin, aucun engagement clair n’a été pris à propos des contributions financières des pays développés au Fonds Vert.

Pour Pablo Solón, ancien ambassadeur de la Bolivie aux Nations Unies, désormais directeur de Focus on the Global South, le coût du consensus a été extrêmement élevé puisque toutes les mesures et engagements restent à la merci de la volonté de chaque État : "Il est maintenant certain que nous aurons un accord pire que celui de Kyoto. Celui-ci incluait des taux, des engagements de réduction des émissions qui étaient de véritables engagements. Mais le langage a changé : les engagements sont devenus des promesses. Et comme les critiques ont été nombreuses, un nouveau petit mot a été inventé pour occulter le fait qu’il ne s’agit que de promesses : contributions".

Pire, selon Maxime Combes, militant écologiste et membre d’ATTAC : "cet accord hypothèque tout accord historique à Paris fin 2015".

Des relations internationales complexes

Le blocage des pays développés et notamment celui de l’Europe et des États-Unis, est une des raisons qui explique les difficultés à obtenir un accord ambitieux. Ces États sont chaque fois plus réticents à une contribution financière quantifiable au nom de la justice climatique, alors que l’ensemble des pays développés s’étaient engagés à cette aide en 2009, à Copenhague et ce, à hauteur de 100 milliards de dollars d’ici 2020. Depuis, l’objectif à été revu à la baisse puisqu’il est maintenant seulement de 10 milliards de dollars et plusieurs pays comme l’Australie, la Belgique ou encore l’Irlande refusent de contribuer au Fonds Vert pour le climat.

Les États-Unis et l’Europe souhaitent que les contributions se concentrent sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En d’autres termes, que le processus de négociations se limite à un sujet de mitigation, ce que nombre de pays en voie de développement ont refusé. C’est notamment le cas des pays africains, qui ne représentent qu’environ 3% du total des émissions de GES et qui exigent que soit clairement mentionnée la nécessité d’un soutien financier et de transfert de technologie.

Les tensions de cette COP ont également illustré les nouveaux rapports de force qui se jouent sur la scène internationale, notamment entre le bloc des trois plus gros pollueurs : les États-Unis et l’Europe, mais également la Chine, qui à eux trois sont responsables de 50% des émissions mondiales. Malgré son récent accord avec les États-Unis concernant ses futures réductions d’émissions carbone, le géant asiatique revendique son droit à polluer au nom de son développement.

Par ailleurs, les clivages ne se résument plus à l’opposition entre le Nord et le Sud. Il s’agit également du refus des pays émergents - les BRICS - d’assumer le coût économique qu’impliquerait la baisse de leurs émissions de GES, actuellement en hausse. Aussi, de nombreux pays exportateurs de matières premières ou d’énergies fossiles se trouvent en pleine contradiction puisque les négociations climatiques peuvent affecter leurs exportations.

Les seules exceptions se situent peut-être au niveau des États insulaires qui subissent déjà de plein fouet les impacts du changement climatique et qui ne peuvent plus attendre la mise en œuvre de mesures concrètes.

Le secteur privé s’accapare la question du climat

Autre source de blocage : la large présence des entreprises privées au sein du processus de négociations. Contrairement à Varsovie, où la conférence était clairement financée par les grandes entreprises, notamment celle de l’industrie du charbon, Lima n’a affiché aucun financement du secteur privé. Néanmoins, il était bien présent en tant qu’observateur. Une présence presque normale au Pérou, où le poids des multinationales est considérable, tout particulièrement dans l’industrie extractive. De grandes entreprises n’ont pas manqué de saisir l’opportunité de se réunir le 10 décembre, le jour même de la marche pour la Terre Mère, au sein du World Climate Summit, événement qui a réuni 700 participants, parmi lesquels une large majorité de chefs d’État et de directeurs de grands groupes industriels ou financiers. Un sommet largement dénoncé par le Corporate Europe Observatory, pour qui les entreprises souhaitent obtenir le même statut que les États au sein des COP de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ! Une connexion forte existe déjà entre les politiques et les multinationales, qui mènent de fortes campagnes de lobbying et de greenwashing au sein de l’ONU, mettant ainsi en péril les besoins des populations.

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Rassemblement à Lima, au pied du Hilton, lieu du World Climate Summit

Il semblerait qu’à l’image des traités de libre-échange, les négociations climatiques s’orientent chaque fois davantage vers une dérégulation des normes climatiques existantes.

Une société civile force de proposition

L’issue de ces négociations conforte nombre d’organisations de la société civile, ONGs, mouvements sociaux ou encore simples citoyens que l’enjeu se situe avant tout sur l’importance de pointer les causes structurelles de la crise climatique ainsi que d’impulser de vraies solutions via une mobilisation citoyenne renforcée.

En effet, parallèlement à la COP, du 8 au 11 décembre s’est tenu le Sommet des Peuples, dont l’ouverture a réuni plus de 3000 personnes. Au sein du Parque de la Exposición, dans le centre de Lima, de nombreuses organisations nationales et internationales, des réseaux militants, des mouvements sociaux, des jeunes, des femmes, des paysans, des populations autochtones, des syndicalistes ainsi que des citoyens du monde entier ont participé a différents ateliers et conférences pour dénoncer les fausses solutions, la surconsommation, l’exploitation des ressources fossiles, l’impunité des multinationales ou encore la financiarisation de l’ensemble de la nature, pour demander explicitement aux pays développés d’assumer leurs responsabilités et leur dette écologique historiques envers les pays du Sud.

Des revendications inscrites dans la Déclaration issue du Sommet des Peuples (disponible également ci-dessous en français) qui s’est organisé sans aucun soutien financier ni matériel du gouvernement, et dont l’une des activités marquantes a sans aucun doute été la Marche Mondiale pour la Défense de la Terre Mère. Organisée le 10 décembre, journée mondiale des droits de l’Homme, cette manifestation pacifique pour "Changer le système, pas le climat" a rassemblé presque 20 000 personnes, ce qui en fait la mobilisation pour la justice climatique la plus importante que le Pérou ait connu, voire une des plus grande d’Amérique Latine.

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Arrivée de la marche à la Place San Martin, centre historique de Lima

Une mobilisation inspirante en vue de la prochaine conférence climatique, dont la France sera le pays d’accueil. Les organisateurs du Sommet des Peuples ont passé le relais à la Coalition Climat 21, en charge du prochain rassemblement citoyen parallèle à la COP 21, avec pour objectif celui « d’agir pour que le monde prenne conscience des risques vitaux du réchauffement global et se saisisse de l’importance des enjeux climatiques au regard des exigences de justice sociale, de transition écologique et de solidarité internationale. »
Un défi qui reste de taille après Lima, tant pour les gouvernements que pour les mouvements écologistes et sociaux, mais nécessaire à relever pour stopper la crise climatique déjà amorcée.

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