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Dossier Sensibiliser, former, mobiliser les habitants pour faire valoir leurs droits

Burundi : Favoriser l’intégration sociale et la protection des droits des albinos

, par Juristes Solidarités

L’article a été réalisé à partir d’un entretien avec Albinos sans Frontières.

Face aux exactions commises contre les albinos au Burundi, Albinos Sans Frontière (ASF), a été créée en 2002 dans l’ambition d’améliorer les conditions de vie de ces derniers et de mettre fin aux discriminations dont ils sont victimes, notamment en matière d’accès à la santé et à l’éducation. Pour ce faire, l’association organise des temps de sensibilisation pour changer à la fois le regard que la société porte sur les albinos et la perception trop souvent négative que ces derniers ont d’eux-mêmes. L’association tente également d’influer sur la sphère publique en vue de l’élaboration de politiques publiques prenant en compte les besoins spécifiques des albinos.

Être albinos au Burundi : des conditions particulièrement difficiles

La situation des albinos au Burundi est très préoccupante, tant sur le plan des violences et discriminations dont ils sont victimes que de leur accès limité aux droits économiques, sociaux et culturels. Dans nombre de pays d’Afrique, l’albinisme est considéré comme un phénomène surnaturel. L’albinos est donc perçu comme un être à part, doté de pouvoirs bénéfiques ou maléfiques selon les croyances locales, et subit de ce fait toutes sortes d’exactions. Le Burundi ne fait malheureusement pas figure d’exception. Les albinos y subissent fréquemment mépris, discriminations, persécutions diverses pouvant aller jusqu’à des enlèvements et des massacres, comme ceux qui ont été perpétrés entre fin 2008 et 2009. 18 personnes albinos, en grande majorité des enfants, en ont été victimes et les dernières exactions datent de mai 2012. On a également assisté à la démolition des tombes de personnes albinos en août 2012 à Bugarama dans la province de Muramvya. La recrudescence des violences à cette période peut s’expliquer par une montée en puissance des croyances selon lesquelles les organes d’albinos, dont les sorciers extraient des « gris-gris », peuvent apporter richesse et puissance à celui qui les possède, engendrant un trafic d’organes très prospère.

La situation des personnes albinos est d’autant plus précaire qu’ils n’ont pas les ressources financières suffisantes pour se procurer le traitement médical qu’ils doivent suivre tout au long de leur vie. Les problèmes de santé qui en résultent sur leur peau et leurs yeux, ont d’importantes répercussions sur leur apprentissage scolaire. L’intégration des enfants albinos au système scolaire est donc difficile et leur réussite se voit ainsi compromise.

Sensibiliser les albinos, leur entourage et l’ensemble de la population : un enjeu de taille pour réduire les violations de droits

Souvent rejetés depuis l’enfance, les albinos ont une basse estime d’eux-mêmes et se considèrent comme des personnes anormales. Le premier travail de l’association consiste donc à leur faire accepter leur propre condition. Pour entrer en contact avec eux, ASF réalise un travail préalable de recensement. En effet, depuis les massacres dont ils ont été la proie en Tanzanie et au Burundi fin 2008, beaucoup d’entre eux vivent reclus dans la peur et sont difficilement accessibles.

ASF sensibilise également l’ensemble de la population pour faciliter l’intégration des albinos. A commencer par les membres de leur famille car ce sont souvent les premiers à les exclure, même lorsqu’il s’agit de parents à priori avisés et instruits comme Emmanuel, parent de 4 enfants albinos, de la commune Musongati, aujourd’hui enseignant dans la commune de Nyabitsinda (Est du Burundi). Les représentants de l’association se rendent en outre dans différents lieux stratégiques, comme les administrations et les établissements scolaires, pour échanger avec les enfants afin d’éviter l’exclusion sociale dès le plus jeune âge. ASF diffuse également ses messages par voie radiophonique et par des affiches collées dans les lieux publics.

Dans tous les cas, il s’agit de fournir des explications rationnelles à l’albinisme en démontrant que les personnes albinos souffrent simplement d’une dépigmentation de la peau, des poils, des cheveux et des yeux due à une absence de mélanine, et ne sont aucunement porteuses de malédiction.

Favoriser l’accès à la scolarité et à l’emploi

C’est au niveau de l’accès à l’éducation que la marginalisation est la plus flagrante, au moins 90% des albinos de plus de 20 ans n’étant pas scolarisés. Avant que les personnes albinos sortent de l’anonymat et que leur situation soit davantage médiatisée, les enfants albinos restaient au foyer quand leurs frères et sœurs non albinos se rendaient à l’école. Rarement alphabétisés, considérés comme peu résistants à la charge de travail, ils sont également exclus de l’emploi.

Le gouvernement devrait pourtant favoriser l’accès au marché du travail de tout albinos qui a décroché un diplôme pour stimuler la formation intellectuelle chez les autres générations d’albinos.

Ainsi, afin d’augmenter leur pouvoir économique et lutter contre la pauvreté à laquelle ils se trouvent réduits, l’association leur octroie des financements pour mettre en œuvre des micro-projets (agriculture, élevage, formation professionnelle et d’autres activités génératrices de revenu comme l’utilisation des moulins à grain). Pour ceux qui sont parvenus à poursuivre leurs études, ASF plaide pour que soient mises en place des politiques d’aide prioritaires dans l’accès à l’emploi des albinos.

Élaborer des politiques publiques protectrices des droits des albinos

Au Burundi il n’existe pas de politique clairement définie pour protéger les droits des albinos. Depuis 2002, ASF interpelle donc les pouvoirs publics à ce sujet et leur transmet des recommandations, qui ne sont malheureusement pas toujours suivies d’effets. Pour parvenir à faire évoluer les politiques en place, l’association mène un plaidoyer auprès de différents acteurs aux fonctions clefs : les gouverneurs des provinces, les administrateurs communaux, les présidents des tribunaux de grande instance, les directeurs provinciaux de l’enseignement, les organisations ou ligues de défense des droits de l’homme, les commissaires provinciaux de la police, les commandants des régions ou des camps militaires.

Parmi les recommandations émises par ASF, la mise en place d’un enseignement gratuit de l’école primaire jusqu’à l’université pour les albinos, à l’instar de la Tanzanie, apparaît comme une nécessité. Cela permettrait de rendre effectif le plan d’action national « Éducation pour tous » promu par le Gouvernement qui doit répondre aux objectifs fixés d’ici à 2015. ASF recommande également la gratuité des soins de santé au niveau de la peau et des yeux car le cancer de la peau et la cécité totale menacent aujourd’hui la vie des personnes albinos burundaises.

ASF incite en outre le Gouvernement à encourager la participation des albinos aux instances de décision telles que le Parlement, le Sénat ou le Gouvernement. Cela favoriserait un changement des mentalités et l’élaboration de lois prenant en compte les besoins des albinos. Si en 2008, une femme albinos a été élue au Parlement, la représentation des albinos dans la sphère politique reste un phénomène minoritaire.

La collaboration d’ASF avec le Gouvernement burundais commence peu à peu à se mettre en place, malgré un début difficile. A la création de l’association, les statuts ont été refusés par le Gouvernement sans même qu’une rencontre préalable ne soit organisée. Aujourd’hui l’association travaille avec le ministère de la solidarité nationale et participe aux rencontres organisées entre acteurs gouvernementaux et acteurs de terrain, ce qui témoigne d’une évolution de la perception des albinos par les pouvoirs publics et par d’autres organisations de la société civile.

Problèmes liés au fonctionnement général d’Albinos Sans Frontières

Malgré le fait qu’elle ait pu se doter de son propre siège social depuis juillet 2012, ASF se heurte aux problèmes liés au manque du personnel. L’association n’a pas les moyens financiers de prendre en charge les intervenants ni les frais occasionnés par les déplacements. Ses projets sont dans les tiroirs suite au manque de bailleurs de fonds qui peuvent les financer afin d’atteindre une intégration socio-économique de la personne albinos burundaise. Seuls les représentants d’ASF donnent de leur temps bénévolement pour essayer de parvenir aux objectifs que l’association s’est fixés.

ASF interpelle la communauté nationale et internationale pour qu’elle soutienne ses actions afin que les personnes albinos burundaises se sentent intégrées d’une façon effective dans la société.

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