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Dossier Introduction

Burkina Faso : Un souffle pour la démocratie

, par MDH

Suite au soulèvement populaire du 30 octobre 2014, Blaise Compaoré doit quitter le pouvoir. Ce jour-là doit se voter, à l’Assemblée nationale, une réforme de la constitution qui aurait permis à celui qui a été président du Burkina Faso pendant 27 ans de se porter une nouvelle fois candidat en 2015. C’était sans compter sur les forces vives d’une société civile lassée d’attendre le changement et indignée de voir, comme dans bien d’autres pays d’Afrique, un chef d’Etat cherchant à tout prix à s’accrocher au pouvoir.

Depuis l’indépendance, la vie politique du pays a souvent été marquée par des révoltes populaires accompagnées de coups d’Etat militaires. Michel Kafando, nommé président par intérim après les événements d’octobre 2014, est le premier civil à occuper cette fonction depuis le renversement en 1966 du premier président Maurice Yaméogo. La tension permanente existant entre les aspirations de la société civile et la volonté des militaires de tenir les rênes du pays s’est d’ailleurs illustrée dans les événements récents : on a ainsi pu constater la grande habileté du lieutenant colonel Yacouba Isaac Zida - numéro deux en charge du régiment de sécurité présidentielle - à gérer opportunément la situation en parvenant à prendre le pouvoir à la chute de Blaise Compaoré. La montée au créneau des forces vives de la société civile et des partis politiques d’opposition a abouti à ce que la haute fonction de président soit attribuée à un civil, tandis que Yacouba Isaac Zida occupe la fonction de Premier Ministre.

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Ouagadougou, manifestation contre la vie chère, 2010. Photo : Benkamorvan

Des assassinats politiques et le contrôle du jeu politique

Du début jusqu’à la fin, la présidence de Blaise Compaoré est marquée par des assassinats, le plus souvent politiques, et par sa capacité à contrôler le jeu de la vie politique.
La prise du pouvoir de Blaise Compaoré est sanglante : lors d’un putsch militaire, le 15 octobre 1987, son ami et frère d’armes, le colonel Thomas Sankara, est assassiné avec douze de ses compagnons. La veuve et les enfants ne cessent de demander à la justice de leur pays de mener une enquête. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies a condamné le Burkina Faso pour « refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de l’ancien chef d’Etat ». Plusieurs dizaines d’autres personnes sont à leur tour exécutées dans les mois qui suivent. Au fil des années, les assassinats se poursuivent, à un rythme cependant moins effréné, touchant à la fois des militaires, des commerçants, des journalistes, des policiers, des professeurs et même des paysans... Leur nombre a très certainement dépassé les 100 morts. A ce bilan, on peut aussi ajouter une trentaine de personnes décédées suite aux événements d’octobre 2014 et comptabilisées par un comité d’experts désigné par le nouveau Premier ministre Yacouba Isaac Zida.

Dès le début de sa présidence, l’officier parachutiste Blaise Compaoré s’impose comme chef d’Etat. Il lance une période dite de « rectification de la révolution » pour liquider l’héritage révolutionnaire de Sankara, qui consiste essentiellement à répondre aux exigences des institutions financières internationales et à satisfaire les desiderata de l’ancienne puissance coloniale française. Cependant, malgré l’existence d’un multipartisme très relatif, ce n’est guère du côté des partis politiques que sont perçues des perspectives de changement. Durant toute cette période, le parti dominant (le Congrès pour la Démocratie et le Progrès - CDP) ainsi que divers partis satellites sont restés majoritaires à toutes les élections (le plus souvent autour des 80 % des suffrages exprimés), les véritables partis d’opposition se retrouvant très fragmentés et minoritaires. Cette situation conduit de plus en plus d’électeurs à s’abstenir. Lors des dernières élections présidentielles de 2010, 80 % des suffrages exprimés, représentant seulement 1,4 million de voix, se portent sur la candidature de Blaise Compaoré. Malgré des tensions très fortes et une scission au sein de son parti, le CDP, Blaise Compaoré réussit le tour de force de trouver une majorité à l’Assemblée nationale qui aurait pu voter la réforme de la constitution le 30 octobre 2014 s’il n’y avait pas eu le soulèvement populaire.

Le Burkina Faso sur l’avant-scène internationale mais à quel prix ?

Thomas Sankara qui arrive au pouvoir en 1982, à la faveur d’un coup d’Etat, n’a pas été irréprochable en matière de respect des droits humains et de la liberté d’expression. Il a cependant donné un certain prestige à la Haute-Volta, qu’il a renommée Burkina Faso (« Le pays des hommes intègres »). Avec beaucoup de conviction et de charisme, il porte, au-delà même des frontières et du continent, les valeurs du tiers-mondisme, du panafricanisme (la solidarité entre les peuples africains) et de la résistance aux impérialismes occidentaux.

Blaise Compaoré a marqué l’histoire, avec une image moins romanesque que son prédécesseur. Francis Kpatindé, journaliste à Jeune Afrique au moment de la chute de Campaoré, n’hésite pas à le qualifier de « pompier pyromane de la région ». On peut se souvenir des complicités que le « Blaiso » (autre nom fréquemment employé par les habitants du pays) a mis en place avec des acteurs aussi peu fréquentables que le Libérien Charles Taylor et le Prince Johnson. Les implications de troupes venues ou formées au Burkina Faso alimentant les guerres civiles aussi meurtrières que sanglantes comme celles du Libéria ou de la Sierra Léone ont marqué les esprits. D’autres liaisons dangereuses du président burkinabé sont également évoquées, comme les liens établis avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi et les guérilleros de l’UNITA en Angola. Compaoré a acquis une certaine expérience dans ses relations avec des mouvements de rébellion, contribuant aussi bien à déstabiliser la situation politique d’un pays qu‘à se donner un rôle important pour résoudre les crises. C’est le cas par exemple en Côte d’Ivoire avec les mouvements de rébellion du nord du pays, durant la crise ivoirienne des années 2000, et au Mali à travers les liens établis avec les islamistes d’Ansardine ou le mouvement touareg du MNLA, au moment de la prise de contrôle de la moitié nord du pays.

Au niveau international, Blaise Compaoré a su construire de solides relations avec la France et les Etats-Unis. Il lui a été reproché son application à se soumettre aux exigences des institutions financières internationales, aux intérêts des sociétés transnationales ou à s’inscrire dans des objectifs politico-économiques tels que ceux de la « Françafrique ». Il a excellé dans ce rôle de « bon élève » et certains lui sont reconnaissants pour son interventionnisme dans les institutions inter-africaines.

Son habileté à s’imposer comme un acteur important sur la scène internationale, malgré le poids relativement modeste du pays sur le plan géostratégique et économique, lui permet aussi de faire oublier à la communauté internationale ses incartades au regard du droit international. De même, sur le plan intérieur, il réussit à faire oublier les insuffisances de sa politique économique et sociale en se donnant un certain prestige grâce à son implication dans la résolution des crises régionales qu’il a contribué parfois à exacerber.

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