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Dossier Agrocarburants, les choix aventureux de l’agrobusiness

Brésil : "le géant vert"...

, par CITIM

L’approche ci-après émane de deux sources : d’une part, deux rapports établis par des sénateurs français qui ont rendu visite aux acteurs économiques de ce pays émergent, impliqués dans la question des agrocarburants ; d’autre part, le point de vue de João Pedro Stedile, l’un des leaders du Mouvement des sans-terre (MST) au Brésil, dans une conférence donnée à Brasilia le 18 novembre 2007.

Le développement des agrocarburants au Brésil remonte aux années 1970, avec le plan Proalcool mis en place par le gouvernement de la dictature militaire à la suite du premier choc pétrolier. Il s’agissait de produire du bioéthanol en substitution à l’essence.
L’essor récent est lié à la diffusion des véhicules flex-fuel [1], qui représentent désormais entre 80 et 90 % des ventes de véhicules neufs. Le succès du pays dans ce domaine repose d’abord sur la culture de la canne à sucre (470 millions de tonnes en 2006-2007). Le Brésil dispose en effet de réels points forts : conditions agro-climatologiques favorables, replantation de la canne seulement tous les six ans, utilisation de la bagasse [2] comme source d’énergie dans les usines d’agrocarburants. La canne à sucre offre, par ailleurs, le meilleur rendement pour la production d’éthanol (7 000 litres à l’hectare, contre 3 000 pour le maïs aux Etats-Unis).

Les surfaces consacrées à la culture de la canne (6 millions d’hectares) pourraient théoriquement être étendues : il reste en effet 90 millions d’hectares de terres disponibles. Toutefois, l’objectif du gouvernement du président Lula de doubler la production d’éthanol d’ici à 2015 (17 milliards de litres en 2007, dont 20 % exportés), se heurte à de sérieuses difficultés : d’une part, les terres de savane (« cerrado ») ne conviennent pas à ce type de culture, pas plus que celles de l’Amazonie ; d’autre part, même si, selon les autorités brésiliennes, la déforestation ne peut pas être imputée au développement des agrocarburants, l’extension de la culture de la canne à sucre créerait une pression sur les autres usages de la terre. En ce qui concerne l’outil industriel de fabrication de l’éthanol, le pays est très performant, avec près de 500 usines en service ou en projet. Développée au départ avec des subventions publiques, la filière est désormais déréglementée. L’éthanol brésilien est compétitif par rapport à la production américaine et l’Europe ne pourrait soutenir la concurrence sans protection douanière.

Le biodiesel, substitut au gazole, fait l’objet d’une attention plus récente que celle portée à l’éthanol. Bien qu’il soit réservé depuis les années 1970 aux véhicules utilitaires et de transport collectif, le diesel reste le carburant le plus consommé au Brésil. L’incorporation de 2 % de biodiesel dans le diesel fossile, facultative depuis la loi de janvier 2005, est obligatoire depuis janvier 2008, avec un objectif de 5 % en 2013 (peut-être dès 2010). La matière utilisée pour sa fabrication est essentiellement le soja mais aussi l’huile de palme, le jatropha et le ricin. Selon le ministère du Développement agraire, le biodiesel brésilien répondrait à une triple vocation : économique (la facture du diesel représente 46 % du marché national des carburants) ; écologique (réduction des GES conformément au protocole de Kyoto) ; sociale (aide à plusieurs centaines de milliers de petits producteurs de régions peu développées, Nordeste en particulier, pour sortir de la misère). Rappelons toutefois que près de 12 millions d’hectares de terres brésiliennes (soit l’équivalent de 60 % des terres cultivées en France), sont déjà consacrés à des cultures génétiquement modifiées, du soja pour l’essentiel, avec des règles d’autorisation assouplies depuis 2007.

Le Mouvement des sans-terre

“Nous sommes très inquiets. Ce que nous observons, c’est une puissante alliance entre les trois secteurs du capital transnational : les compagnies pétrolières, qui veulent réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole ; les entreprises automobiles, qui veulent continuer à profiter du modèle actuel de transport individuel, et les entreprises agroindustrielles, telles que Bunge, Cargill et Monsanto, qui veulent continuer de monopoliser le marché mondial de l’agriculture."
João Pedro Stedile, un des leaders du Mouvement des sans-terre au Brésil. Lire la suite.

Notes

[1Se dit des véhicules pouvant utiliser indifféremment de l’essence, de l’éthanol ou un mélange des deux, le choix se faisant en fonction des prix respectifs des deux produits.

[2Résidu végétal issu de l’usinage de la canne à sucre et qui peut être utilisé dans une chaudière pour la production du courant électrique.

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