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Au Guatemala, le mouvement du peuple maya met en échec la loi Monsanto

, par Upside Down World

Cet article a été traduit de l’anglais au français par Sévane Fourmigué, traductrice bénévole pour Ritimo. Retrouvez l’article original publié le 11 Septembre 2014 sur le site Upside Down, ici : Mayan People’s Movement Defeats Monsanto Law in Guatemala

Écrit par Christin Sandberg

Guatemala - Le 4 Septembre, après dix jours d’importantes manifestations contre l’expansion du géant de la biotechnologie, Monsanto, sur le territoire guatémaltèque, les groupes de populations autochtones, rejoints par les mouvements sociaux, les syndicats ainsi que les organisations d’agriculteurs et les organisations de femmes ont remporté une victoire : le congrès a finalement abrogé la loi qui avait été approuvée en Juin.

Les manifestations se sont concentrées à l’extérieur du Congrès et de la Cour Constitutionnelle de la ville de Guatemala pendant plus d’une semaine. Elles se sont déroulées en même temps que les actions de plusieurs communautés et organisations mayas défendant la souveraineté alimentaire au moyen d’injonctions judiciaires afin d’empêcher le Congrès et le Président, Otto Perez Molina, de laisser d’appliquer la nouvelle loi sur la protection des variétés végétales, connue sous le nom « loi Monsanto ».

Le 2 Septembre, les communautés mayas de Sololá, une région montagneuse à 125 km à l’ouest de la capitale, sont descendues dans les rues et ont bloqué plusieurs routes principales. Dans le même temps circulait une liste des membres du Congrès indiquant leur vote sur l’approbation de la législation en Juin.

Lorsque le Congrès s’est réuni le 4 Septembre, des Mayas attendaient à l’extérieur une réponse en faveur de leur mouvement, exigeant une annulation complète de la loi - quelque chose de très rarement vu au Guatemala. Mais cette fois, leurs manifestations n’ont pas été vaines. Après quelques batailles entre le Patriotic Party (PP - Parti Présidentiel Patriotique) et le Renewed Democratic Liberty Party (LIDER - Parti Démocratique Libéral Renouvelé), le Congrès a finalement décidé non pas de revoir la loi, mais simplement de l’annuler.

Lolita Chávez, du Conseil du Peuple Maya, a résumé l’essence de ce qui était en jeu lors de ces dernières semaines de manifestations pacifiques : « Le maïs nous a beaucoup appris, à nous le peuple maya, sur la vie en communauté et sur sa diversité, parce que quand on cultive le maïs on se rend compte que de nombreuses autres cultures telles que les herbes et plantes médicinales dépendent aussi de la culture du maïs. Nous voyons que dans cette coexistence le maïs n’est pas égoïste, le maïs nous montre comment résister et comment être en interaction avec le monde qui nous entoure ».

Une loi très controversée

La loi Monsanto aurait donné à une poignée d’entreprises transnationales l’exclusivité sur les semences brevetées. Les Mayas et les organisations sociales ont affirmé que la nouvelle loi violait la Constitution et le droit du peuple maya à la culture traditionnelle de leurs terres dans leurs territoires ancestraux.

Antonio González du National Network in Defense of Food Sovereignty and Biodiversity (Réseau National pour la Défense de la Souveraineté Alimentaire et la Biodiversité) avait commenté, lors d’une conférence de la presse le 21 Août : « Cette loi est une attaque contre un système traditionnel de culture des Mayas, basé sur le maïs mais comprenant également les haricots noirs et des herbes ; ces aliments forment une partie importante de l’alimentation de base des populations rurales ».

La nouvelle législation aurait ouvert le marché aux semences génétiquement modifiées ce qui aurait représenté le risque de les voir supplanter les graines naturelles et aurait menacé de mettre fin à leur diversité. Elle aurait créé un déséquilibre entre les sociétés transnationales et les producteurs locaux du Guatemala, où environ 70 pour cent de la population consacrent leur vie à des activités agricoles à petite échelle. Ceci constitue une menace grave dans un pays où de nombreuses personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté et dans l’extrême pauvreté, et où les enfants souffrent de malnutrition chronique et meurent souvent de faim.

La loi a été approuvée en Juin sans discussion, sans information ni participation préalables des personnes les plus concernés. Elle était une conséquence directe de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, ratifié en 2005. Toutefois, récemment, les protestations ont commencé à croître et ont atteint un pic, il y a quelques semaines, avec de nombreuses discussions, déclarations et manifestations.

Au début, le gouvernement a ignoré les protestations et s’investissait plutôt dans des actions superficielles de charité, comme la fourniture d’aide alimentaire, tout en ignorant les facteurs structurels plus globaux qui causent et perpétuent la pauvreté au Guatemala, tels que la distribution inégale des terres, les inégalités profondément ancrées, ou encore le racisme, pour n’en citer que quelques-uns.

Mais il a décidé, assez rapidement, d’agir. Même si les politiciens ont affirmé ne pas céder aux revendications sociales, il s’agit sans aucun doute d’une décision prise suite à une énorme pression de différents groupes sociaux dans la société.

La criminalisation du peuple maya... une fois de plus

Il y avait un important risque que la loi Monsanto ne criminalise les petits agriculteurs, déjà réprimés, qui tentent simplement de joindre les deux bouts et de continuer à faire ce qu’ils ont toujours fait depuis des générations : cultiver le maïs et les haricots noirs pour leur propre consommation. La loi Monsanto signifiait qu’ils n’auraient pas pu cultiver ou récolter quoi que ce soit provenant de graines naturelles. Les agriculteurs auraient violé les lois si ces graines naturelles s’étaient retrouvées mélangées à des graines brevetées d’autres cultures suite à la pollinisation ou au vent, à moins qu’ils n’aient obtenu un permis pour la semence brevetée d’une société transnationale comme Monsanto.

Un autre risque relevé par les écologistes était la crainte que les coûts des semences brevetées ne provoquent une hausse des prix, aggravant la crise alimentaire pour les familles ne pouvant pas se permettre d’acheter une licence pour les semer.

Les universitaires, avec le peuple Maya, craignaient également que la loi intensifie les conflits sociaux violents déjà existants, entre les communautés mayas locales et les entreprises transnationales, dans un pays historiquement et violemment déchiré.

Le peuple maya et la Terre-Mère

Actuellement les entreprises internationales sont très motivées pour prendre le contrôle des ressources naturelles riches et abondantes du Guatemala . Seulement il y a un problème : les Mayas - et en réalité la plupart des gens - au Guatemala ne sont pas d’accord avec l’idée que la nature soit traitée comme une marchandise pouvant être vendue morceau par morceau, en particulier quand ils ne reçoivent rien en retour. Il est très difficile d’affirmer que c’est une opération rentable pour la société guatémaltèque dans son ensemble, et moins encore pour les communautés locales ; car c’est une élite économique relativement petite mais puissante qui en profite, aux détriment de l’environnement, de la nature et de la société.

Que se passe-t-il quand le peuple s’organise pour défendre son territoire ? Les entreprises internationales sollicitent le gouvernement et lui font utiliser tous les moyens nécessaires pour éliminer ceux qui sont sur leur chemin, afin de construire des mégaprojets comme des mines ou des barrages hydroélectriques, ou encore pour étendre la monoculture dans les régions qui les intéressent, sans trop se soucier de ceux qui pourraient être affectés.

Le mois dernier, trois hommes sont morts car la police a utilisé la violence pour expulser une communauté dont la population s’était organisée pour s’opposer à un mégaprojet hydroélectrique dans leur communauté à Alta Verapaz. Des centaines de policiers ont été envoyés sur place sur ordre du ministère de l’Intérieur, Mauricio López Bonilla. Ce ne fut pas un événement isolé.

Le conflit actuel

Quant à la loi Monsanto, il suffit de regarder les États-Unis pour connaître la direction que tout ceci allait très probablement prendre. Food Democracy Now, une communauté locale prônant un système alimentaire durable affirme, à propos des graines de soja OGM Roundup Ready de Monsanto, producteur de semences et leader mondial des entreprises chimiques et biotechnologiques, que ce dernier admet avoir déposé 150 poursuites judiciaires contre des petits agriculteurs américains, tout en réglant à l’amiable 700 autres cas, pour des montants non divulgués. Ceci a causé du ressentiment et de la peur dans l’Amérique rurale et a provoqué la faillite de dizaines d’agriculteurs.

Il est impossible de prédire comment cette controverse se terminera, mais la réalité au Guatemala aujourd’hui est marquée par un conflit qui se perpétue entre le gouvernement et le peuple maya, qui représente plus de la moitié de la population.

Nim Sanik, un Maya Kaqchikel de Chimaltenango, commente la victoire sur la loi Monsanto : « La lutte pour préserver la propriété collective des communautés mayas, comme les semences de légumes qui ont toujours été une source de développement et de survie pour la civilisation maya, est un moyen de s’opposer aux brèches que les gouvernements néolibéraux ont largement ouvertes en faveur de sociétés nationales et transnationales qui modifient génétiquement et commercialisent l’alimentation de l’humanité. Nous venons seulement de faire le premier pas d’un long voyage dans notre lutte pour conquérir la souveraineté du peuple au Guatemala ».

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