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Dossier Les conflits oubliés du Soudan

Au Darfour, les violences se poursuivent

, par Forum Réfugiés-Cosi

La région du Darfour [1] est en proie à de violents affrontements depuis 2003. Entre dissensions culturelles et ethniques, et bataille pour le contrôle des ressources naturelles, ce conflit rappelle celui qui a opposé le Sud et le Nord durant 20 ans. Depuis 2008, aucune statistique n’a été publiée sur les ravages humains de cette guerre. Le compte tenu par les Nations unies s’est arrêté à 300 000 morts et 2 millions de déplacés. Depuis, pourtant, les exactions continuent. La situation s’aggrave même selon certains observateurs : de janvier à juin 2015, 150 000 personnes ont dû quitter leur foyer pour éviter les violences qui atteindraient des « niveaux inégalés depuis 10 ans » [2].

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Camp de Zam Zam pour les déplacés internes du Nord Darfour, mai 2013. Photo UNAMID cc by-nc-nd

Si le conflit est « officiellement » né en 2003 lorsque des tribus marginalisées par le pouvoir central de Khartoum prennent les armes et affrontent les troupes gouvernementales, les origines du conflit remontent à une époque bien antérieure. En 1985, le régime militaire du Général Nimeiri s’effondre à la suite d’un coup d’Etat et est aussitôt remplacé par un régime parlementaire, faisant naître de grands espoirs démocratiques. Cette année-là est dans le même temps désastreuse pour les populations du Darfour, qui subissent de plein fouet la sécheresse au Sahel et la famine qui l’accompagne. Un premier conflit oppose la principale ethnie de la région, les Four, et les populations arabes pour des raisons essentiellement de territoires et d’accès aux ressources, entre 1987 et 1989. Déjà à cette époque, les milices arabes sont appelées les janjawids. Les Four ont même tendance à appeler tout arabe, miliciens ou non, un janjawid.

Sadik al-Mahdi qui prend le pouvoir en 1986 en promettant un régime démocratique semble se ranger du côté des populations arabes du Darfour au détriment des populations noires. Les élites non-arabes se rangent cependant du côté du pouvoir, permettant au conflit de s’apaiser un temps. La contestation du régime central se fait donc discrète et est principalement menée par des jeunes originaires du Darfour venus étudier à Khartoum : ils se rendent alors compte que leur région d’origine est délaissée par le pouvoir central, et qu’il est ainsi quasiment impossible en étant originaire du Darfour ou de tout autre région périphérique, quelque soit son origine ethnique, d’atteindre des postes au sein de l’administration publique ou militaire.

Cette frustration mène des opposants à la lutte armée en 2001, avec la création du Mouvement de libération du Darfour, rebaptisé en 2003 Armée de libération du Soudan (SLA selon l’acronyme anglais), et du Mouvement pour la Justice et l’Egalité (JEM selon l’acronyme anglais). Si ces deux mouvements ont officiellement un discours portant sur la critique de la marginalisation du Darfour, ils ont assis leur légitimité au sein de la population rurales darfouries et mettant en avant les origines ethniques respectives de leur leaders afin d’obtenir leur soutien des chefs de tribus. Cette situation a participé à l’exacerbation des conflits ethniques, opposant les ethnies arabes et non-arabes d’un côté, et entre les ethnies majoritaires non arabes de l’autre : Zaghawa, Four et Massalit.

Selon Jérôme Tubiana, chercheur spécialisé notamment sur le Soudan, le Darfour possède un « système foncier unique, très élaboré et très ancien ». Selon ce système, certains groupes, dont une grande partie des groupes ethniques non-arabes, possède un « droit moral sur la terre ». Ce droit n’interdit cependant pas aux autres groupes de s’installer sur ces terres. Les déplacements de populations causés par les grands épisodes de sécheresse des années 1980, ont mené de nombreuses tribus à nomades à se déplacer plus loin qu’à leur habitude : des terres appartenant historiquement aux Four ou aux Massalit ont ainsi commencé à être revendiquées par des populations arabes nomades. Selon Jérôme Tubiana, de simples vols de chameaux ont ainsi rapidement dégénérés en conflits meurtriers.

L’absence de négociation et d’intervention d’une autorité centrale capable de gérer ces conflits a envenimé la situation et accentué la frustration des populations non-arabes délaissées depuis plusieurs années. Pire encore, le gouvernement va rapidement s’appuyer sur ces populations arabes pour venir à bout des mouvements armés qui se créent au Darfour, en les armant.

C’est donc en avril 2003 que débute réellement la guerre au Darfour, à la suite d’une attaque menée par la SLA et le JEM contre la capitale du Darfour du Nord, El-Fasher : cette attaque est une humiliation pour Khartoum qui sous-estimait jusque-là les capacités d’action de ces deux groupes. La politique contre-insurrectionnelle menée par Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989 est dévastatrice. Dès cette attaque, les forces armées recrutent au sein des populations arabes et soutiennent massivement les milices janjawids. Ces dernières agiront en toute impunité durant des années. Le conflit perd peu à peu de sa substance politique, pour ne devenir qu’affrontements ethniques où les alliances se font et se défont [3]. Les groupes rebelles éclatent en plusieurs factions et les milices soutenues par le gouvernement sont devenues incontrôlables. C’est ce conflit meurtrier qui vaut aujourd’hui au président soudanais d’être accusé par la Cour Pénale Internationale de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, et crimes de génocide : entre 2003 et 2008, les milices janjawids ont été accusées de procéder à un nettoyage ethnique de la région en toute impunité et avec le concours des forces armées régulières de Khartoum.

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