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Amérique du Sud : le triomphe du post-extractivisme en 2015

, par La Jornada

Cet article a été traduit de l’espagnol au français par Paloma Pérez et Virginie de Amorim, traductrices bénévoles pour Ritimo. Retrouvez l’article original sur le site de la Jornada : Sudamérica : el triunfo del post extractivismo en el 2015

Par Joan Martínez Alier.

Certains dirigeants politiques sud-américains, néolibéraux ou nationalistes populaires, s’obstinent à promouvoir les exportations primaires et assurent même que pour sortir de l’extractivisme, il faut plus d’extractivisme (selon le président Rafael Correa), pourtant, les données démontrant un échec économique s’accumulent.

Nous avons constaté qu’en 2014, le Brésil a enregistré un déficit de 3,93 milliards de dollars de sa balance commerciale, le premier solde dans le rouge en 14 ans. Alors que les exportations ont atteint 225,10 milliards de dollars (7 % de moins par rapport à l’année dernière), le montant des importations a été de 229,03 milliards. La raison : les bas prix du minerai de fer et du soja. Le Brésil continue à exporter beaucoup plus de tonnes que ce qu’il importe, mais il vend bon marché, « à prix de banane », comme on dit en portugais. La réaction irrationnelle de certains ministres est de promouvoir davantage les exportations primaires.

En Colombie, entre janvier et novembre 2014, le déficit commercial a atteint 4,81 milliards de dollars, et cela ne risque pas de s’améliorer, car les prix du charbon et du pétrole sont toujours bas du fait d’une surproduction mondiale. La valeur des importations a augmenté de 7,5 % sur les 11 mois analysés en 2014, à 55,87 milliards de dollars, comparativement à la même période l’année précédente. En revanche, les exportations colombiennes ont totalisé 51,06 milliards de dollars, ce qui équivaut à une chute de 4,7 %.

Il y a seulement quelques années, on parlait de « maladie hollandaise » en Amérique du Sud : l’entrée de devises augmentait grâce au bon prix des exportations. Cela faisait grimper la valeur de la monnaie nationale et lésait l’industrie face aux importations bon marché (comme cela était arrivé en Hollande en son temps, il y a des décennies, bien avant l’euro, lorsque le florin fût apprécié par une exportation de gaz). Aujourd’hui il n’y a pas de maladie hollandaise, mais une dépréciation du peso ou du réal. Il y a une « contagion chinoise ». L’économie chinoise éternue et va encore éternuer, et l’Amérique du Sud attrape la grippe et même la pneumonie.

Le Pérou a enregistré en 2014 le plus important déficit commercial de son histoire, du fait de la chute des cours internationaux des métaux, qui représentent 60 % de ses exportations. Le déficit commercial du Pérou a atteint l’année dernière (2014) les 2,55 milliards de dollars, alors qu’en 2013 le chiffre était seulement de 40 millions de dollars. Les exportations péruviennes ont chuté, en 2014, de 9,3 %, pour se situer à 38,25 milliards de dollars, tandis que ses importations ont représenté 40,81 milliards de dollars, soit une chute de 3,3 %. En Colombie, les importations ont augmenté mais au Pérou, elles ont déjà chuté.

Pourtant, le Pérou, le Brésil et la Colombie exportent, en tonnes, beaucoup plus que ce qu’ils importent, mais ils n’arrivent pas à payer leurs importations. L’Équateur est dans le même cas, en enregistrant en 2014 un déficit de sa balance commerciale de 727 millions de dollars à cause de la chute des entrées liées à la vente de pétrole, selon une information de février de la banque centrale. Ici, en Équateur, la « contagion chinoise » se ressent de manière singulière : un rythme moindre de l’économie chinoise diminue généralement la demande de matières premières et en Équateur (comme dans les autres pays sud-américains), les dettes financières envers les chinois augmentent en même temps, parfois cachées par des ventes anticipées de matières premières.

Beaucoup de dommages environnementaux et sociaux sur les lieux d’extraction et de transport de matières premières, beaucoup de pollution de l’eau, beaucoup d’intrants chimiques qui affectent la santé et, pourtant, ces pays n’arrivent même pas à payer leurs importations. On a désigné comme « post-extractivistes » les auteurs, activistes et quelques ex-ministres (des gens comme Eduardo Gudynas, Maristella Svampa, Alberto Acosta, Carlos Monge, Edgardo Lander, Raúl Prada Alcoreza) qui, en plein essor des prix des matières premières, éloignés des gouvernements néolibéraux ou nationalistes-populaires, ont alerté sur les maux sociaux, environnementaux et économiques des politiques extractivistes, même quand elles étaient liées à une plus grande capture de rentes et à leur redistribution à la population. Ils ont signalé que les termes de l’échange étaient structurellement négatifs (en moyenne, une tonne importée a toujours été plus chère qu’une tonne exportée, même en plein boom des prix des matières premières) et que, de plus, un cycle de diminution des matières premières pouvait arriver. Ils ont appuyé les centaines de protestations sociales de l’écologie populaire. Ils se sont appelés « post-extractivistes ». Leur heure arrive.

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