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Dossier Namibie : une transition démocratique pour un pays plus égalitaire

Agriculture : l’héritage colonial encore prégnant

, par CRIDEV

Le pays connaît une très faible densité de population sur un vaste territoire soumis à un climat aride et au fort risque de sécheresse, la dernière en 2013, a été la plus longue sécheresse depuis 30 ans. La production agricole (hors pêche) est centrée essentiellement sur l’élevage extensif. La production céréalière et horticole, tributaire des conditions climatiques, reste en dessous de la demande et nécessite des importations. Si l’agriculture n’est pas un secteur très lucratif, il représente pour autant la première source d’emplois avec notamment 36 000 ouvriers agricoles travaillant pour les fermiers propriétaires et permet de faire vivre 60 % de la population namibienne.

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La pluviométrie en Namibie Source : Namibian Statistic Agency, 2013

Le clivage, hérité de l’époque coloniale, entre les terres dites « communautaires », correspondant à peu près aux anciennes réserves (Homelands) et les terres dites « commerciales » appartenant aux descendants de colons existe toujours. Près de 140 000 familles (soit la moitié de la population nationale) se concentrent sur 36,5% des terres pour y pratiquer une agriculture vivrière et l’élevage de bovins et caprins, tandis 43,3 % des terres sont aux mains de 4 000 fermiers blancs qui y développent l’élevage de bovins et surtout d’ovins.

La barrière vétérinaire (VCF : Veterinary Cordon Fence) surnommée « Red line » a été tracée en rouge sur la carte par les colons allemands en 1911 qui souhaitaient contrôler les déplacements des populations indigènes. Cette frontière a été plusieurs fois changée depuis les années 1960 mais aujourd’hui, sous couvert de protection sanitaire elle isole les régions du nord du pays Ovamboland, Kunene, Caprivi et Kavango. En pratique, elle interdit tout déplacement et donc toute commercialisation vers le sud de tous les produits d’origine animale issus de ces régions. Cette entrave au développement commercial touchant les populations les plus pauvres dont le bienfondé sanitaire est régulièrement remis en cause par les médias namibiens [1] est actuellement encore exigée par la Communauté Européenne.

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Poste de contrôle de la barrière sanitaire, Photo : Hannelise Bester, 2013

La réforme agraire

Depuis l’indépendance, les gouvernements successifs ont lancé des programmes de redistribution des terres. Tout d’abord en appliquant une politique de discrimination positive (AALS : Affirmative Action Loan Scheme), l’Etat propose des prêts bancaires préférentiels en vue d’achat de terres agricoles en faveur de la population noire à faibles revenus. Puis en appliquant le principe du « vendeur-consentant » et « acheteur-consentant » (willing seller, willing buyer) l’Etat achète des parcelles de terres à des fermiers blancs au prix du marché et propose un bail de 99 ans à des fermiers noirs. Face à une forte demande de la population, le gouvernement veut accélérer la réforme et lance un programme d’expropriation des terres commerciales en 2004. Parallèlement, il incite au développement de l’utilisation de terres communales non exploitées et propose une réforme de la gestion des terres communales.

Cependant les résultats sont décevants tant quantitativement que qualitativemet. Notamment en 2005, on compte 660 achats de fermes via le programme AALS et environ 1550 familles bénéficiaires de baux sur les terres commerciales. Contrairement à l’objectif initial, les bénéficiaires ne sont pas issus des classes les plus pauvres mais plutôt des classes moyennes. D’autre part, une bonne partie des fermiers connaissent régulièrement des difficultés de remboursements. Ainsi se pose le problème de la taille minimale nécessaire et de la viabilité des projets. De plus, des problèmes environnementaux apparaissent dans ce pays particulièrement aride. La multiplication des lopins de terre engendre une concentration des pâturages et l’installation de clôtures souvent illégales entravent les déplacements des petits troupeaux de fermiers communautaires et l’accès aux points d’eau.

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