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Dossier Zimbabwe : Quel bilan après trente ans d’indépendance ?

Accès à la terre : une réforme agraire nécessaire mais ratée

, par CRIDEV

La question du droit foncier est historiquement sensible au Zimbabwe. En effet, la minorité blanche possédait l’essentiel des terres durant la période coloniale, laissant aux citoyens noirs les terres les moins productives. L’accès à la terre pour tous est donc une des principales revendications de la lutte pour l’indépendance.

En 1990, lorsque les accords de Lancaster House garantissant la propriété foncière pour la minorité blanche arrivent à terme, le gouvernement de Robert Mugabe adopte la réforme agraire : l’Etat pourra acquérir des terres en échange d’une indemnité aux propriétaires, afin de les redistribuer à des familles noires.
Mais son application reste inégalitaire, profitant quasi-exclusivement à des proches du pouvoir. Mugabe rend les fermiers blancs et le gouvernement britannique responsables de la lenteur de la réforme agraire. La Grande-Bretagne refuse de continuer à financer une réforme faite par un gouvernement corrompu.

1998 marque le début d’une forte crise économique (45% de la population est au chômage) accompagnée d’une pénurie alimentaire (causée par des périodes de sécheresses répétitives) et l’opposition au régime incarnée par le MDC progresse.

A partir des années 2000, le régime de Mugabe se radicalise. Face aux revendications foncières, le gouvernement organise les premières expropriations de fermiers blancs : en juin 2000, un quart des fermes blanches sont occupées, une dizaine de fermiers blancs est assassinée. Une deuxième vague d’expropriations violentes a lieu en 2002 : dans la province du Matabeleland, 90% des expulsions seraient l’œuvre de la police.

Cette réforme agraire, argument principal de la campagne pour les élections de 2000, va amener le pays dans une situation catastrophique : les terres sont accaparées par les proches du pouvoir, présentés officiellement comme vétérans de la lutte pour l’indépendance, mais qui n’ont pas les compétences pour les exploiter. L’Etat, fortement endetté, ne peut fournir les outils nécessaires à l’exploitation agricole aux nouveaux propriétaires ; en conséquence, la production agricole chute. En outre, l’expropriation de fermiers blancs entraîne l’augmentation du taux de chômage des ouvriers agricoles employés dans ces fermes. L’occupation des fermes n’a rien à voir avec une authentique réforme agraire, réclamée par tout le monde, mais constitue une manœuvre politique contre le MDC et ses partisans.

Le Zimbabwe était historiquement le grenier agricole de l’Afrique Australe, aux capacités agricoles fortes et à la sécurité alimentaire assurée ; mais aujourd’hui près de cinq millions de zimbabwéens n’ont pas accès aux ressources alimentaires et doivent solliciter l’aide internationale. Plusieurs ONG actives au Zimbabwe dénoncent, dès l’année 2000, une redistribution de la nourriture de manière discriminatoire, en particulier contre les partisans du MDC : la nourriture est utilisée comme arme politique par le gouvernement. En 2004, le gouvernement déclare la crise alimentaire terminée et restreint l’aide alimentaire internationale. Pourtant les provinces du Matabeleland et du Masvingo, zones de sécheresse récurrentes, connaissent toujours des pénuries alimentaires. Les événements climatiques (les mois de décembre 2007 et janvier 2008 sont marqués par des pluies violentes, suivies en février 2008 d’une longue période de sécheresse extrême) détruisent les cultures céréalières, amenant le pays vers un nouvel épisode de déficit alimentaire. En octobre 2008, le gouvernement autorise l’intervention des ONG pour apporter de l’aide alimentaire.

Les conséquences de ce déficit sont tragiques : la sous-alimentation, la pénurie en eau potable et les conditions sanitaires dramatiques, affaiblissent la population zimbabwéenne. En décembre 2008, l’état d’urgence est décrété face à une épidémie de choléra majeure (14000 cas recensés dès décembre 2008), la plus importante au monde depuis 1994.
Au premier trimestre 2009, 55% de la population zimbabwéenne est sous le seuil de pauvreté alimentaire. Le Zimbabwe, qui était le premier exportateur céréalier de la région, est aujourd’hui totalement dépendant de l’aide alimentaire internationale.

En février 2009, un gouvernement de coalition est constitué avec le MDC, parti d’opposition. Il nourrit les espoirs de la fin des expropriations et des inégalités d’accès à la terre : un audit foncier exhaustif est programmé afin de déterminer officiellement l’état de la propriété foncière,
Finalement l’audit sera suspendu en septembre 2009, faute de financements et d’accord politique. En outre, l’invasion de fermes commerciales continue : en juin 2010, les fermiers blancs expulsés portent plainte devant la SADC estimant que leurs droits de citoyens ont été bafoués par le gouvernement zimbabwéen sur des motifs de race. Il reste en 2010 environ 400 exploitants blancs alors que 4500 ont été chassés de leurs terres.
La sécurisation de l’accès au foncier est désormais une priorité pour redonner à l’agriculture du Zimbabwe toutes ses potentialités.

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