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Dossier L’écologie industrielle, des alternatives à l’économie dominante

A Genève, deux quartiers se rafraîchissent et se chauffent à l’eau du lac

, par LaRevueDurable

Au bord du bout du lac, non loin de la gare ferroviaire de Genève, les Ateliers Sécheron, jadis fleuron de l’industrie électrique suisse, ne sont plus, à la fin du XXe siècle, qu’une de ces innombrables friches industrielles qui parsèment les centres urbains. Un axe majeur d’accès au centre-ville traverse le quartier auquel il donne son nom. La dense colonne d’automobiles qui l’emprunte chaque jour envoie son lot de nuisances aux riverains – bruit, particules fines, etc. – et ses gaz à effet de serre aux générations futures. L’hiver, les chauffages des organisations internationales toutes proches détériorent encore un peu plus la qualité de l’air.

En 2001, les autorités publiques lancent un plan de réhabilitation du quartier. Côté transport, la ligne de tram numéro 13 est prolongée depuis la gare pour le desservir. Des parkings relais et une politique restrictive de places de parking encouragent les usagers à délaisser leur voiture. L’arrêt du futur RER transfrontalier devrait les aider encore un peu plus à franchir le pas.

Côté énergie, des bâtiments économes en énergie et les énergies renouvelables sont à l’ordre du jour. Les nouveaux bâtiments publics – crèches, école, résidence pour personnes âgées – respecteront les standards Minergie, label suisse qui garantit une consommation d’énergie pour le chauffage et l’eau chaude environ trois fois moindre par rapport à la moyenne.

C’est sur la friche de ce quartier en pleine mutation que l’entreprise de biotechnologie Serono choisit d’installer son siège mondial. Contribuant à densifier le centre-ville, ce choix est rationnel du point de vue de la consommation d’énergie. Cependant, bien qu’économe en énergie, son bâtiment devrait faire tripler la consommation d’énergie du quartier, qui passerait de 6 à 19 millions de kilowattheures/an.

Couper la poire en deux

Pour satisfaire une partie de ses très importants besoins, Serono se tourne vers la source d’énergie renouvelable la plus proche : le lac. L’astuce n’est pas inédite. Dans les années 1920 déjà, l’Ecole polytechnique de Zurich puisait dans le lac de Zurich pour rafraîchir ses bâtiments. Et depuis 2000, l’Université Cornell, aux Etats-Unis, fait de même avec l’eau du lac Cayuga.

Le principe est d’une simplicité enfantine. L’été, l’eau, dont la température oscille entre 6 et 10°C, rafraîchit les bâtiments en circulant dans les conduites. L’hiver, une pompe à chaleur puise des calories dans l’eau du lac pour chauffer l’eau du circuit fermé du bâtiment jusqu’à 48°C, ce qui est assez pour chauffer un bâtiment bien isolé.

Là où le scénario devient vraiment exceptionnel, c’est lorsque le Service cantonal de l’énergie décide d’étendre l’approche à d’autres bâtiments et au quartier voisin, Nations, où nombre d’organisations internationales sont installées et maints grands bâtiments sont climatisés. Tous tireraient profit d’un raccordement à une source de froid et/ou de chaleur renouvelable.

C’est le début du projet Genève Lac Nations, exemple probant de synergie de mutualisation. Pour financer les coûts très importants des conduites d’aspiration, de transport et de rejet de l’eau, d’une station de pompage et de tronçons communs de conduites souterraines, mieux vaut se mettre à plusieurs. C’est ainsi que, pour faire profiter de ces installations à d’autres bâtiments, le canton se joint à l’initiative de Serono pour doubler la capacité de la station de pompage, portant le débit à 4900 m3 d’eau/heure. Les travaux pour la partie commune sont achevés en juin 2005.

Genève internationale à l’heure de Kyoto

En échange d’une concession de trente ans, les Services industriels de Genève (SIG) investissent 35 millions de francs pour poser 5 kilomètres de canalisations. L’installation, d’une puissance de 20 mégawatts (MW), correspond aux besoins en chauffage d’environ 2000 foyers (7000 habitants). L’investissement total devrait être amorti en vingt-cinq ans.

Le Comité international de la Croix-Rouge, le Bureau international du travail, l’Office météorologique mondial, l’Organisation des Nations unies et les organisations mondiales de la santé, pour la protection intellectuelle et du commerce, un collège et un hôtel cinq étoiles sont aujourd’hui raccordés ou sur la voie de l’être. D’autres bâtiments à basse consommation d’énergie rejoindront le réseau plus tard.

Les SIG prévoient qu’en 2015, Genève Lac Nations desservira une vingtaine de grands bâtiments. Ce qui éviterait 1200 tonnes de CO2/an et réduirait leur consommation d’énergie globale de 30 %. Synergie supplémentaire, une partie de l’eau de rejet arrosera jardins et zones vertes, se substituant à 75 000 m3/an d’eau potable.

Projet phare

Genève Lac Nations est un exemple phare de concrétisation de la politique de planification énergétique du territoire que le canton de Genève mène depuis 2007.

A compter de cette date, le canton adopte l’objectif de la Société à 2000 watts, vision helvétique d’un avenir compatible avec la contrainte climatique et le pic pétrolier. Pour cela, il cherche à réduire d’un tiers sa consommation d’énergie fossile par rapport au niveau de 1990 le plus vite possible.

Or, les calculs indiquent que se limiter à adapter les bâtiments permettra d’atteindre « seulement » un quart de cet objectif. Pour faire mieux, il faut évaluer chaque projet en regardant où il se situe sur le territoire, étudier les possibilités locales d’équipements et leur mode d’utilisation en tenant compte des irréversibilités qu’ils engagent.

Chaque site envisagé est analysé en intégrant les sources de chaleur ou de refroidissement disponibles et les évolutions susceptibles d’affecter les zones voisines. Enfin, la loi genevoise sur l’énergie prévoit que l’État peut contraindre un utilisateur à se raccorder à une source de chaleur s’il s’agit de la meilleure solution pour l’intérêt collectif [1].

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